La Nouvelle Tribune

Burkina : les observations de l’Unité d’Action Syndicale sur la proposition de la CEDEAO

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Suite au coup d’Etat perpétré par des éléments du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), avec prise en otage du Président, du Premier Ministre et des ministres du Gouvernement de la Transition, leurs Excellences Yayi Boni et Macky SALL ont séjourné au Burkina dans le cadre d’une « médiation ». Dans la soirée du lundi 21 septembre 2015, il a été rendu public un projet d’accord de médiation.

Au vu de son continu, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) du Burkina, fidèle à ses prises de positions devant l’histoire, tout en s’assumant pleinement pour plus de dignité aux peuples africains fait les remarques suivantes :
1. Dans le contenu du Communiqué de la 544ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) sur la situation au Burkina Faso en son titre 12 et (ii) , il est écrit : « qualification des officiers supérieurs du RSP impliqués dans l’enlèvement et la séquestration du Président de la Transition, du Premier Ministre et de certains membres du Gouvernement comme éléments terroristes, dans le cadre de la Convention de l’OUA de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme et de son Protocole de 2004. À cet effet, le Conseil prie la Commission de compiler immédiatement une liste, qui doit inclure des membres de la junte, et de la circuler à tous les États membres, ainsi qu’aux partenaires internationaux, dès l’expiration du délai fixé plus haut; ». Est-il acceptable qu’on discute avec des terroristes ?

2. Au 7e point du communiqué, il est écrit : « Le Conseil national de la transition s’abstiendra de légiférer sur des sujets autres que ceux relatifs à l’organisation des élections et la mise en œuvre du présent accord ». Les causes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, avec 34 vies humaines perdues et des dizaines de blessés, avaient elle pour seule préoccupation l’organisation d’élections ?

3. Au 8e point du communiqué il est écrit : « Les personnes dont les candidatures ont été invalidées sur la base des articles 135 et 166 de la loi électorale du 7 avril 2015 seront autorisées à participer aux prochaines élections. A cet égard, les dispositions seront prises avant le 30 septembre 2015 ». En France, aux Etats Unis et même au SENEGAL, l’armée intervient elle pour remettre en cause des décisions d’un conseil constitutionnel ?

4. Au 9e point du Communiqué il est écrit : « Toutes les questions nécessitant un traitement à long terme, tel que la réforme du secteur de la sécurité et de la défense, y compris le RSP, seront laissées à l’appréciation du président et du gouvernement issus des prochaines élections ». Puisque le CPS de l’UA a traité les éléments du RSP de terroristes conformément aux textes en vigueur au niveau international, donc à la moindre mesure des rebelles, dans quelle armée on cajole des rebelles en attendant un autre gouvernement pour les enrailler ?

5. Au point 12 du projet on peut lire : « L’acceptation du pardon et l’adoption d’une loi d’amnistie au plus tard le 30 septembre 2015 sur les évènements consécutifs au coup d’Etat du 17 septembre 2015 ». d’abord, en même temps qu’on dit au CNT au point N°7 que « « Le Conseil national de la transition s’abstiendra de légiférer sur des sujets autres que ceux relatifs à l’organisation des élections et la mise en œuvre du présent accord » ; il invoque un contenu contradictoire au point 12. Ensuite, l’amnistie n’est-elle pas une prime à l’impunité ? Enfin, en assurant l’amnistie aux putschistes, la CEDEAO a-t-elle un remède aux morts entassées dans nos morgues, personnes tuées par les mêmes éléments du RSP ?

Au vu de tout ce qui précède, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) du Burkina Faso :
- condamne avec la plus grande vigueur cette forfaiture déguisée en médiation ;
- rend cette médiation de la CEDEAO responsable pour tout dérapage et aggravation de la crise au Burkina Faso ;
- interpelle les intellectuels africains au sein de la CEDEAO à combattre et rejeter ce projet qui ouvre le portail de l’enfer en termes de recul démocratique en Afrique.
Dans tous les cas, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) poursuivra la lutte ferme, à travers la grève générale jusqu’à nouvel ordre sur l’ensemble du territoire national, pour le respect de la dignité humaine et pour plus de démocratie, non seulement au Burkina Faso, mais aussi aux côtés des peuples frères dans le monde"

Bassolma BAZIE
François de Salle YAMEOGO
Président de Mois des Centrales Syndicales Président de Mois des Syndicats Autonomes

Secrétaire Général de la CGT-B Secrétaire Général du SYNATEB
Porte-parole du Mouvement Syndical du
Burkina Faso