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Cinéma : Scandaleuse censure du film « L’homme qui répare les femmes »

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En République Démocratique du Congo et hors du pays de nombreuses voix condamnent l’interdiction de diffusion du film documentaire « L’homme qui répare les femmes » mettant en exergue le travail du gynécologue congolais philanthrope Denis Mukwege en faveurs des victimes de viol.

Quand montrer une œuvre humanitaire redonnant vie à des victimes de viols devient un acte indésirable pour des pouvoirs publics. Cela se passe en République Démocratique du Congo. « L’homme qui répare les femmes », un film documentaire réalisé sur l’œuvre du gynécologue congolais Denis Mukwege en faveurs des victimes de viol a été interdit de diffusion dans son propre pays par les autorités gouvernementales. Le documentaire selon Norbert Mende, ministre chargé des médias et porte-parole du gouvernement, a « une volonté manifeste de nuire, de salir l’image de notre armée et aucun pays au monde ne peut le tolérer ». Pourtant, il reconnaît que le documentaire a été « récompensé par plusieurs prix internationaux ». Mieux, dans un communiqué diffusé le 03 septembre, le ministre Mende assure que le gouvernement de son pays « soutient les interventions salutaires du Dr Mukwege en faveur des victimes d’une barbarie inqualifiable ». La décision de censurer un documentaire mettant en exergue ce travail au mérite reconnu paraît « inexplicable » pour son réalisateur, Thierry Michel, documentariste belge, auteur de plusieurs films sur le Congo.

De quoi s’agit-il ?

Le film qui n’a pas la bénédiction des autorités congolaises est diffusé depuis plusieurs mois en Europe. Réalisé avec la contribution de la journaliste Colette Braeckman, « L’homme qui répare les femmes » est un recueil de témoignages vivants des femmes et acteurs de la société civile qui, a expliqué Dr Mukwege, parlent de la « dure réalité vécue par des dizaines de milliers de femmes mais aussi leur faculté à retrouver la force de vivre avec dignité ». Le documentaire montre le gynécologue dans son hôpital de Panzi, à Bukavu, où il s’active à une réparation physique et psychologique des femmes victimes de viols et de « barbaries inqualifiables » comme l’a reconnu le ministre Mende. Le film était programmé pour les 8 et 9 septembre à Kinshasa et à Kivu avant la décision gouvernementale de son interdiction.

Exaspération

Depuis l’annonce officielle de cette interdiction c’est l’exaspération générale. Pour l’humaniste Dr Mukwege c’est « incompréhensible». « Nous avions hâte que nos compatriotes puissent le voir dans leur pays » dit-il. Reporter Sans frontière (Rsf) juge la décision de « scandaleuse » et se désole de l’«étroitesse d’esprit » des autorités congolaises. Le gynécologue voit une évidente volonté du gouvernement à « manipuler et contrôler » l’information. En Rd Congo a-t-il ajouté « nous vivons dans un climat d’oppression, de dégradation de la situation des droits humains et de rétrécissement de l’espace des libertés fondamentales ». De Bruxelles, le Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a regretté cette décision rappelant que « la lutte contre les violences sexuelles à l’égard des femmes est un combat universel » partagé par la Belgique et la République et la Rdc.