La Nouvelle Tribune

Côte d'Ivoire : Reporters sans frontières fustige la suspension d'une émission sur une chaîne béninoise

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Sur pression des autorités ivoiriennes, les émissions « devoir de vérité » diffusées sur la télévision privée béninoise Canal 3 ont été suspendues. Reporters sans Frontières crie à une atteinte au pluralisme des médias audiovisuels. Le régime Ouattara explique le bien-fondé de sa démarche.

Par une correspondance en date du 14 mai 2014, la ministre ivoirienne de la Communication a protesté auprès de son homologue béninois contre la chaine de télévision Canal 3, qui diffuse les émissions « devoir de vérité » et « devoir de vérité actu». Ces émissions, diffusées sur Canal 3 Bénin et Canal 3 Monde constituent des espaces de communication pour le Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo.

Les autorités ivoiriennes estiment que les deux émissions violent les règles déontologiques du journalisme, sont partiales et mettent à mal le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire. Me Affoussiata Bamba-Lamine, la ministre ivoirienne de la Communication a alors exhorté son homologue béninois à y « mettre un terme ». Quelques jours plus tard, sur instruction de la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac-Bénin), les deux émissions ont été suspendues.  Cela a suscité l’indignation de Reporters Sans Frontières (Rsf).

Sur pression de la Côte d’Ivoire, la Haac fait suspendre l’émission « devoir de vérité » de Canal 3

L’organisation internationale de défense de la liberté de l’information dénonce l’atteinte au pluralisme des medias. Rsf « souhaite vous faire part de son étonnement à la lecture de votre lettre adressée à votre homologue béninois», écrit Christophe Deloire Secrétaire général de l’organisation dans sa correspondance à la ministre ivoirienne de la Communication. « Nous avons pleinement conscience du caractère partisan et de la présentation partiale des faits par ces deux émissions, néanmoins cela ne nous semble pas justifier une telle ingérence dans l’audiovisuel privé d’un pays voisin », a-t-il ajouté. Avant de demander à la ministre ivoirienne de la Communication de « réaffirmer au plus vite » son « attachement au pluralisme des médias audiovisuels » et de mettre un terme à «ces mesures interventionnistes.»

Procédures administratives classiques

« Le Gouvernement ivoirien est profondément attaché aux valeurs de liberté et ses corollaires, que sont la liberté de pensée et d’expression», ont réagi les autorités ivoiriennes à la lettre de Rsf. A travers un courrier signé par Viwami Ebenezer BlaiseConseiller Technique chargé des Télévisions d’Etat et des Télévisions internationales, le pouvoir Ouattara précise qu’il ne fait nullement « ingérence dans l’audiovisuel privé d’un pays voisin ».

L’interpellation de Cotonou « s’inscrit dans le cadre des procédures administratives classiques dictées par les relations qui unissent deux pays frères, comme le sont la Côte d’Ivoire et le Bénin », clarifie Abidjan. Et en demandant la suspension de « devoir de vérité » et « devoir de vérité actu »,  le gouvernement ivoirien dit n’exhorter qu’à « l’équilibre nécessaire au bon traitement de l’information.» Et ceci, dans l’optique « d’éviter  les dérives  qui ont conduit en d’autres temps à des massacres innocents».