La Nouvelle Tribune

Guinée : Inculpation de l'ancien chef de la garde présidentielle dans l'affaire des tortures de 2010

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La FIDH et son organisation membre en Guinée, l’OGDH, annoncent l’inculpation du commandant Aboubacar Sidiki CAMARA dit « De Gaulle », ancien chef de la garde présidentielle, pour sa responsabilité présumée concernant des faits de torture commis à Conakry en octobre 2010.

La FIDH et l’OGDH, à l’origine de cette procédure et parties civiles aux côtés de 17 victimes dans cette affaire, se félicitent de cette avancée importante dans cette enquête judiciaire qui laisse entrevoir la tenue d’un procès.

Le 31 juillet 2013, le juge d’instruction en charge de l’enquête judiciaire dite l’« Affaire des tortures d’octobre 2010 » a formellement inculpé et placé sous mandat de dépôt le commandant Aboubacar Sidiki CAMARA dit « De Gaulle », ancien chef de la garde présidentielle pendant la période de transition conduite par Sékouba KONATÉ, pour sa responsabilité présumée dans des actes de tortures et de traitements inhumains et dégradants en octobre 2010 dans un quartier de Conakry.

« La justice joue enfin son rôle et place les auteurs présumés face aux conséquences de leurs actes. Il faut désormais que la justice s’applique à l’ensemble des auteurs de violations des droits de l’Homme en Guinée, notamment des récentes violences survenues dans la région de Nzerekoré, ainsi que lors des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants au cours des marches politiques qui se sont tenues depuis le début de l’année. La Justice a été saisie, il faut qu’elle aille jusqu’au bout » a déclaré Thierno SOW, président de l’OGDH.

La FIDH et l’OGDH avaient, aux côtés de 17 victimes de tortures, déposées une plainte le 18 mai 2012 contre le commandant Sékou Resco CAMARA, le général Nouhou THIAM, ancien chef d’état-major et le commandant Aboubacar Sidiki « De Gaulle » CAMARA, ancien chef de la garde présidentielle. Faisant rapidement suite à la plainte de la FIDH et de l’OGDH déposée devant le tribunal de première instance de Dixinn (Conakry II), le Procureur de la République avait ouvert une enquête le 29 mai 2012, notamment pour « arrestation illégale, séquestration, coups et blessures volontaires, abus d’autorité, crimes et délits commis dans l’exercice de ses fonctions » qui avait permis de déterminer la responsabilité présumée du commandant Sékou Resco CAMARA et du général Nouhou THIAM,tous deux inculpés respectivement les 14 et 25 février 2013.

En octobre 2010, selon les informations transmises à la justice, des éléments de la garde rapprochée du Président par intérim de la transition avaient arrêté et détenu arbitrairement plusieurs individus et les avaient soumis à des actes de torture en présence et suivant les instructions de M. Sékou Resco Camara, du Général Nouhou THIAM, et du Commandant Aboubacar Sidiki CAMARA dit « De Gaulle ». Ces crimes perpétrés par des personnes en charge de l’autorité publique se sont déroulés en marge de la campagne présidentielle du deuxième tour et sans lien direct avec celle-ci. Ces graves violations demeurent cependant symptomatiques de pratiques arbitraires, héritages de violences politiques et d’un demi-siècle d’impunité en Guinée.

« Cette nouvelle inculpation démontre que l’instruction avance et que la tenue d’un procès n’est plus une hypothèse lointaine pour les victimes des violences politiques en Guinée » a déclaré Me Martin Pradel, avocat du Groupe d’action judiciaire de la FIDH et des victimes. « C’est la quatrième inculpation d’un haut responsable cette année pour de graves violations des droits de l’Homme perpétrées en 2009 et 2010, cela démontre que l’on ne peut plus commettre de tels actes en toute impunité » a-t-il ajouté.

La FIDH et l’OGDH appellent les autorités guinéennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le bon exercice de la justice, assurer la sécurité de ses acteurs et en particulier des magistrats instructeurs en charge des enquêtes sur les graves violations des droits de l’Homme à la suite de cette série d’inculpation, dont notamment celle du commandant Claude PIVI dit « Coplan », actuel chef de la garde présidentielle, le 27 juin 2013 pour sa responsabilité présumée dans le massacre du stade le 28 septembre 2009.

La FIDH et l’OGDH s’inquiètent de voir M. Claude PIVI et un de ses co-accusés dans l’affaire du 28 septembre 2009, le Lieutenant-Colonel Thiegboro CAMARA mandatés pour rétablir l’ordre public en Guinée forestière après les affrontements inter-communautaires de la région de Nzérékoré qui auraient fait une centaine de morts.

« Les avancées judiciaires réalisées en 2013 sont à saluer pour cette année déclarée par le président comme l’année de la justice, mais envoyer deux responsables de la sécurité inculpés par la justice pour des graves violations des droits de l’Homme rétablir l’ordre en province, nous semble inopportun » a déclaré Karim LAHIDJI, président de la FIDH. « Nous demandons qu’ils soient relevés de leurs fonctions jusqu’à ce que leur responsabilité dans ces faits criminels ait été tranchée par une cour de justice, qui pourra ainsi statuer en toute sérénité » a-t-il ajouté.