La Nouvelle Tribune

Burkina : Kaboré entre au Kosyam avec un discours taillé sur mesure

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Finie la transition, le Burkina est à nouveau sur les rails de la démocratie. Roch Marc Christian Kaboré le tout nouveau Président élu par KO avec plus de 53 % des suffrages à l’issue de l’historique scrutin du 29 novembre 2015, a officiellement fait son entrée au Kosyam, le Palais de la présidence à travers une cérémonie d’investiture riche d’invités de taille, notamment des chefs d’Etats africains.

Cet évènement est l’aboutissement heureux d’une détermination populaire contre l’imposture qui a balayé le tout puissant Président Blaise Compaoré aujourd’hui en exil à Abidjan et a tenu tête aux putschistes amené par le disgracié Général Gilbert Diendéré. Plus qu’une investiture ordinaire de Président, l’évènement de ce mardi 29 décembre 2015 à Ouagadougou marque la signature d’un nouveau pacte, d’un nouveau contrat social entre le Président élu et l’intrépide peuple burkinabè. Et c’est en connaissance de cause que Roch Kaboré a tenu un discours taillé sur mesure et louangeur de la vaillance des Burkinabè pour s’asseoir officiellement dans l’éjectable fauteuil présidentiel. A tout seigneur, tout honneur. « Au moment où notre vaillant Peuple ferme la parenthèse de la Transition, pour s’engager résolument dans l’Etat de droit, en vue d’assurer une gouvernance vertueuse des affaires publiques, je voudrais tout d’abord lui rendre un hommage mérité » a déclaré le président Kaboré à l’entame de son discours d’investiture. Comme on pouvait s’y attendre il s’est respectueusement souvenu des martyrs de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014et du coup d’Etat des 16 et 17 septembre 2015 qu’il désigne comme de « valeureux fils et filles de la nation burkinabè, d’intrépides combattants de la liberté, de la démocratie et de la justice qui ont payé de leur vie ».

Kaboré s’engage

Ne pouvant déroger à la règle qui veut qu’un Président nouvellement élu décline les grands axes de ses actions futures, le président Kaboré s’est engagé à œuvrer à la promotion de la justice dans un esprit de réconciliation nationale, de discipline pour un Burkina fort et prospère. « Pour ma part, je prends ici l’engagement d’instaurer un dialogue social fécond avec tous les Burkinabés pour qu’ensemble nous brisions les chaines de la misère pour construire, dans la tolérance et la discipline républicaine, une nation forte, digne et respectée » a-t-il solennellement déclaré. Pour ce faire il appelle les Burkinabès à renoncer à l’incivisme et prévient que chacun assumera les conséquences de ses actes. Dans le cadre de son programme pour son quinquennat courant jusqu’en 2020, il a rappelé une triple exigence « d’amour pour la patrie, de dévouement au travail de probité et de bonne gouvernance dans tout ». Il s’agira, a-t-il ajouté d’ « un véritable changement de mentalité et de comportement » auquel il convie les Burkinabè.

De titanesques chantiers

Roch Kaboré a conscience de la tâche qui l’attend. « Les chantiers qui nous attendent sont titanesques » a déclaré le nouveau N°1 du pays des hommes intègres. Entre autres, il veut « Réformer les Institutions et moderniser l’administration pour plus de justice sociale, de démocratie et de liberté » ; « Mettre en place un nouveau modèle de développement centré sur le renforcement du capital humain » ; « Dynamiser les secteurs porteurs pour l’économie et les emplois, en faisant du secteur privé un acteur important » ;  « Réaliser un meilleur partage des fruits de la croissance à travers un nouveau contrat social ». Roch Kaboré annonce une nouvelle république, la cinquième. « La IVe République a vécu. Dès lors, mon engagement de passer à la discussion et l’adoption de la Constitution de la Ve République pour mieux réformer les institutions et engager la modernisation indispensable de l’administration qui reste au cœur de ces reformes à faire » a-t-il dit appelant les partenaires du pays à se mobiliser pour accompagner son régime, notamment les efforts pour la relance économique et d’amélioration de la gouvernance dans notre pays.

Un discours à côté des sujets qui fâchent

Le nouveau Président Burkinabè n’est pourtant pas un nouveau dans le sérail politique du pays. Ancien cacique du régime Compaoré, il n’a coupé le pont avec celui-ci qu’à moins d’un an de la présidentielle vu que les ambitions boulimiques de l’ancien chef d’Etat l’éloignait du Palais de Kosyam. Aussi, doit-il son élection à d’autres pions de l’ancien système dont le duo Salif Diallo et Simon Compaoré qui forme avec lui un trio d’acier. Lui qui a occupé de hautes fonctions dans le régime Compaoré n’est pas sans avoir part aux problèmes de mauvaise gouvernance qui se sont accentués jusqu’au renversement du beau-Blaise. Ce n’est donc pas pour rien qu’il n’a pas expressément évoqué les sujets qui fâchent à savoir les Affaires assassinat de Thomas Sankara, assassinat du journaliste Norbert Zongo et autres comme celui plus récent des écoutes téléphoniques de Soro et Bassolé relatif au putsch des 16 et 17 septembre 2015. Son discours qui n’indique pas clairement des actions fortes à entreprendre dans ces grands dossiers en attente laisse présager un astucieux revirement quand on sait que des rumeurs font état de ce qu’il aurait envoyé des émissaires à Abidjan pour rassurer Compaoré. Aussi, la présence à Ouagadougou du Président Ouattara, l’hôte de Compaoré et très introduit dans les groupes de pressions internationales, n'est pas de nature à rassurer. Celui-ci aurait pris l’engagement de «  »de l’affaire des écoutes téléphoniques avec lui, selon les déclarations de Guillaume Soro soupçonné d’être un cerveau du putsch en complicité avec Djibril Bassolé. Mais toujours est-il que les Burkinabè veillant au grain ne se feront pas avoir et ils n’hésiteront pas à reprendre la rue si cela était nécessaire.