La Nouvelle Tribune

La diffusion pernicieuse de l’affaire Lamine Diack

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Lorsque la nouvelle est tombée au début de la semaine dernière, faisant état de la mise en examen du sénégalais Lamine Diack, 82 ans, ancien président de la fédération internationale d’athlétisme (1999-2015), et par ailleurs ancien maire de Dakar et Vice-président de l’Assemblée nationale, par la justice française, pour corruption et blanchiment aggravée, cela n’a pas ébranlé particulièrement l’opinion africaine. Surtout que le mis en cause, était accusé d’avoir fermé les yeux sur dopages des athlètes russes.

Il échangeait son silence ou sa distraction, a-t-on rapporté, contre des mallettes d’argent  de la part de la fédération russe d’athlétisme. L’opinion africaine a reçu cette révélation comme faisant partie du cyclone qui emporte depuis peu, les grands responsables des fédérations sportives à l’échelle mondiale. Surtout qu’il n’est pas le premier africain à être cité dans les affaires de corruption dans le milieu du sport.

Mais l’affaire devient plus préoccupante, lorsqu’en milieu de semaine les médias internationaux rapportent les révélations de Lamine Diack aux enquêteurs français. Celles pour lesquelles, il aurait déclaré avoir échangé son silence sur le dopage des athlètes russes contre le financement de ces derniers, de la campagne présidentielle de l’opposition en 2012 au Sénégal. Lequel financement a permis à l’opposition d’évincer le Président Wade. Au pays de la Téranga, cette révélation a produit une onde de choc. Les membres du parti de Me Abdoulaye Wade, ont exprimé une grande indignation, pendant que les partisans du Président Macky Sall, se sont sentis humiliés et choqués. Des propos malveillants des responsables du Pds à l’endroit du Président Macky Sall et de son parti, ont été proférés et  des réactions épidermiques du Pouvoir, à travers des arrestations des militants du Pds, pour outrage au Chef de l’Etat, ont été enregistrées.

Si le Pouvoir sénégalais autant que les partisans de Wade, avaient marqué un petit recul, le temps de digérer cette information, on se serait passé du climat délétère qui caractérise actuellement les rapports entre le régime et les responsables du Pds. En prenant une légère distance par rapport à cette information, aussi sensationnelle soit-elle,  les Sénégalais en général et les deux camps en particulier, auraient pu  relever quelques zones d’ombre. Celles qui portent sur l’absence de précision des supposées déclarations de Lamine Diack. Les médias qui rapportent ses propos ne précisent pas à quel(s) parti(s) de l’opposition, le million et demi d’euros a été donné. Plus encore, le montant exact qui a été donné à l’opposition ou chaque parti. Par ailleurs, on peut s’interroger sur le revirement spectaculaire de cette enquête. Parti pour être une affaire ordinaire de corruption dans le cadre du sport, on ne comprend pas comment, on s’est retrouvé dans la sphère politique. Il s’agit là d’un détail qu’il faut examiner avec perspicacité. On peut derrière cette révélation percevoir une double intention : celle de nuire au gouvernement sénégalais d’une part et au régime russe d’autre part.  C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le démenti de Lamine Diack qui nie  n’avoir pas explicitement dit qu’il ait donné de l’argent de campagne au parti de Macky Sall.

 Pour un média comme le journal le Monde dont le professionnalisme n’est pas à mettre en doute, on peut se demander ce qui motivait réellement son empressement à publier une telle information sans se soucier de la précision qui est pourtant importante ici.  Au point de se voir obligé de se dédire et de présenter ses excuses selon les médias du pays, au gouvernement sénégalais. Pourtant la première information est passée et a semé du doute dans les esprits. Il sera techniquement difficile d’extirper cette allégation de l’esprit des militants du Pds. Dans le même sillage, il est permis de penser que la diffusion de cette information tonitruante, visait aussi à discréditer la Russie comme étant un pays qui finance la déstabilisation des régimes en Afrique. Mais une lecture plus subtile de ce matraquage médiatique, emmène à penser à une opération de diversion de l’opinion des évènements brûlants, comme l’épilogue attendu du procès de Michel Platini qui encourt une radiation à vie et partant, l’évanescence des ses ambitions pour la Fifa.