La Nouvelle Tribune

Burkina Faso : Chronique d’une historique journée électorale après Compaoré

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29 novembre 2015, tout est allé très vite. Le Burkina Faso a eu l’une des plus grandes journées de son histoire. Ce dimanche a eu lieu de façon couplée, les élections législatives et présidentielles les plus libres, transparentes, démocratiques et crédibles que le pays n’a plus jamais connu après 1978. « Depuis 1978, où nous avons eu des élections véritablement démocratiques avec ballotage du chef de l’Etat de l’époque le président Lamisana c’est une victoire parce que aujourd’hui, après une éclipse de 27 ans, nous en revenons au système d’un vote pleinement démocratique, transparent, clair » a déclaré le président de la transition, son Excellence Michel Kafando. La première autorité du pays venait d’accomplir son devoir citoyen au lycée Bambata dans la commune de Ouagadougou où au moment du dépôt de son premier bulletin dans l’urne, il sonnait exactement 9H 30 heure locale. Tout comme lui, son premier ministre, le désormais Général Yacouba Isaac Zida a voté plus tôt à 08H 05 min au collège privé le Creuset et est plein de gaité après l’avoir fait. « C’est un véritable sentiment de bonheur qui m’anime ce matin. Ce jour est un grand jour, c’est un jour que nous avons rêvé depuis le 31 octobre 2014 » confie-t-il après l’acte. Bien avant Zida et Kafando, Cheriff Sy, le chef du Conseil national de la transition, le parlement transitoire a lui aussi voté à 6H33 au Lycée Réveil, dans la même commune de Ouagadougou au centre du pays. Il parle lui aussi d’un grand jour : « Pour nous les Burkinabès, c’est un grand jour. C’est la première fois que nous avons des élections avec autant d’inscrits. C’est la première fois que nous avons une élection qui donne toutes les garanties de transparence, d’équitabilité ». Les autorités peut-on dire, tiennent un discours d’auto-satisfaction. Mais erreur, les citoyens burkinabès qui eux-mêmes avaient commencé par voter dès les premières d’ouvertures du scrutin sont dans l’allégresse. Emmanuel Saba, la cinquantaine, un géophysicien qui a voté avant Sy confie «  c’est les premières élections post-insurrectionnelles. On se dit que ça va être des élections transparentes et surtout équitables. Par le passé ce n’était pas le cas. L’enjeu est suffisamment grand, les espoirs aussi sont grands ». Le jeune Franck Bonkougou, la vingtaine est encore plus heureux : « c’est un sentiment de joie parce que c’est la première fois qu’il y a des élections transparentes, démocratique ». Les femmes également sont en joie. Madame Myriam Ouédraogo, 35 ans environ vote pour la première fois dans sa vie : « Je viens de faire mon devoir en tant que citoyenne burkinabè. Je suis contente d’avoir puis faire ce vote… C’est la première fois parce que je sens que mon vote compte beaucoup maintenant. On veut le changement».

Tout le monde à l’œuvre

Pour cette journée au Burkina-Faso tout le monde est à l’œuvre. En dehors des responsables de la Commission électorale nationale informatisée (Céni) dirigée par Me Barthélémy Kere –au four et au moulin-, des autorités de la transition, les organisations de la société civile regroupée au sein d’un creuset dénommée la Codel sont actives sur le terrain avec des milliers d’observateurs déployés dans les 13 régions, 45 provinces du pays. Comme eux, des observateurs internationaux arrivés en grand nombre sont aussi à l’œuvre pour suivre le déroulement du scrutin. On observe, on prend note, on signale. La presse au fur et à mesure diffuse. Sur tous les médias, les élections constituent le chou-gras. Innovation, Faso média, un regroupement de plus de 60 chaines de radios du pays fait du direct. Les médias internationaux font également du direct. Aussi, la presse en ligne dont www.lanouvelletribune.info du Bénin qui a dépêché un envoyé spécial au pays des hommes intègres. La presse aussi active qu’elle soit, est parfois devancée par les internautes des réseaux sociaux qui ne se donnent pas la peine de traiter. On balance tout ce qui tombe sous les yeux, tout ce que les sens perçoivent. Des cellules de veilles citoyennes activées collectent, analysent les données qui parviennent du terrain et prennent des décisions immédiatement envoyées à la Céni. Wanep-Burkina Faso avec sa plateforme www.heere.wanepburkinafaso.org diffuse instantanément les incidents relevés sur le terrain puisque tout n’est d’ailleurs pas rose. La Codel avec www.burkinavote.com, rend compte des observations. N’empêche à la mi-journée la nécessité de faire un point sur le déroulement du scrutin s’est imposée. A la Céni, le président Me Kéré, après plus de deux heures de retard, fait un bilan succinct. Tout va bien malgré des couacs. La Codel de Me Halidou Ouédraogo ne dit pas autre chose. « Démarrage paisible des élections malgré quelques soucis logistiques ». Avec des statistiques, la Codel plus que la Ceni, est précise. Se basant sur les rapports de 99% des 6000 observateurs qu’elle a déployés dans toutes les 13 régions et 45 provinces, la Codel note que 86% des bureaux de vote ont ouvert aux alentours de 06H15, près de 99% étaient ouvert à 7H00. Dans le sud-ouest du pays, selon la Codel, 71% des bureaux ont ouverts aux alentours de 6H15 avec un léger retard.

Soirée d’attente

Un tour dans les bureaux de vote dans l’après-midi, autour de 15h-16H, heure locale, l’affluence de la matinée a complètement chuté. « Les Burkinabès sont sortis très tôt comme si on leur avait dit qu’on allait clôturer à 10H » commente Guy Hervé Kam, leader du mouvement le Balaie citoyen, l’une des organisations de la société civile ayant largement contribué à la révolte populaire à l’origine du départ de Blaise Compaoré. La soirée à 18H. Les premiers bureaux de vote ferment. C’est l’heure des dépouillements. Çà et là, sous la vigilance de certains citoyens mobilisés par le concept « je vote, je reste » du Balai citoyen. Ouagadougou autour de 20h est déjà calme. Il faut se rendre dans les QG des forces politiques pour avoir une idée de l’ambiance de la nuit électorale. Un tour au QG de l’Upc de Zéphirin Diabré aux environs de 22h au quartier Gounghin. Juste quelques personnes assises sur des chaises devant un écran géant diffusant de l’information d’une chaîne de télévision de la place. Avant d’aller aux chaises quasi vides, des cars portant encore l’effigie du candidat sont là. A l’entrée du QG, le logo du parti remarquable à la tête de lion vous accueille. Les murs à l’intérieur, portent les affiches du candidat avec ses slogans de campagne. Dans un coin de la maison, quelques trois responsables dont le directeur adjoint de campagne discutent et reçoivent des points par appel téléphonique. Les informations ne sont pas très réjouissantes. « Ouagadougou me déçoit » dit monsieur Sey, le premier adjoint du directeur national de campagne. Difficile de lui arracher quelques mots sur son état d’âme au soir de l’élection. Juste une question cèdera-t-il sur insistance des journalistes de la Nouvelle Tribune et de Fasozine. « On est confiant, on est confiant en bons démocrates » répète-t-il, cherchant les mots. Il constate que « la population est massivement sortie ». A cet instant il dit ne presque pas avoir de « constats majeurs ». « Je préfère attendre que nos présidents de commissions nous remontent l’information pour les irrégularités ». Néanmoins a-t-il dit « nous espérons tirer notre marron du jeu ». De là à Amdalah, au QG du second favoris de la présidentielle, le candidat du Mpp, Roch Marc Christian Kaboré, à 23H, c’est une ambiance de fête qui prévaut. Une foule massive de militants, petits et grands assis et debouts devant un écran géant diffusant les éléments sur la genèse du Mpp, la participation à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, le parcours du candidat… Ci-git un grand podium dans un splendide décor agrémenté de luminaires. La voie bondée de véhicule garée çà et là. Pendant ce temps dans les situations Room de la Codel et autres QG d’observateurs, on compile les résultats de terrain. C’est la nuit électorale dans l’attente des résultats d’une historique journée électorale qui fera les belles pages du Burkina Faso.