La Nouvelle Tribune

Burkina : menace de carnage après la calamiteuse médiation de la Cedeao

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Arrivés en pompiers, c’est en pyromanes que sont présentés les médiateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à Ouagadougou

Par leur méprise de la délicatesse de la situation, ils ont fait passer une étrange journée internationale de la paix aux Burkinabès. Lundi, au lendemain de son annonce, le « projet d’accord politique » proposé par la médiation de la Cedeao, loin d’être la panacée qui sortirait le pays de la crise comme l’ont indiqué ses auteurs, s’est révélé explosif. La tension a atteint son paroxysme et le pays des hommes intègres a, de justesse, échappé de sombrer dans l’hécatombe. S’en est fallu de peu avec la parade de colonnes blindées de l’armée loyaliste à l’entrée de Ouagadougou tenant pour mot d’ordre, libérer le pays des mains du Général Gilbert Diendéré et ses hommes qualifiés de « terroristes » par l’Union africaine.

Fourvoiement de la Cedeao

Macky Sall, Boni Yayi et toute leur équipe de médiation de la Cedeao ont raté le coche à Ouagadougou. Les Burkinabè n’ont pas avalé la couleuvre des compromis « démocraticides » que la médiation de Macky et Boni Yayi ont tenté de leur faire avaler pour sortir d’affaire Diendéré et ses ouailles putschistes soupçonnés d’être au service du grand manitou chassé du pouvoir en octobre 2014. La Cedeao s’accorde-t-on de condamner, a été prise en flagrant délit de « légitimation de putsch » avec la proposition d’amnistie que de pseudo-médiateurs ont habillement glissé dans le texte de projet d’accord politique. Encore qu’il faut se demander si accord il y avait. Ni la société civile, ni le président de la transition dissoute Michel Kafando n’ont approuvé ce que les médecins après la mort de la Cedeao ont eu l’audace d’appeler « projet d’accord politique ». Il faut noter que la médiation de la Cedeao a tenté de sacrifier la volonté du peuple burkinabé pour satisfaire des militaires désavoués. En dehors d’amnistie, l’incendiaire projet d’accords range dans les casiers la question de la dissolution du teigneux Régiement de sécurité présidentiel (Rsp) et réintègre les sbires de Blaise Compaoré regroupés au sein du Cdp dont la seule ambition est de reprendre le contrôle du pays pour perpétuer un système asphyxiant pour le peuple burkinabè. En un mot, la Cedeao a cédé aux caprices de voyous armés qui se croient au-dessus du peuple.

Le peuple éveillé

Pays des hommes intègres, le Burkina Faso incarne visiblement cet autre nom qu’on lui reconnaît notamment avec le charismatique feu président Thomas Sankara dont le fantôme continue de poursuivre certains jusque dans leur dernier retranchement. Malgré la menace de mort qu’agite les putschistes, les Burkinabés massivement descendus dans les rues continuent de manifester leur détermination à ne plus faire place à l’impunité et à la pagaille au sommet de l’Etat dans leur pays. Une détermination qui n’a pas laissé le choix aux autres unités de l’armée burkinabè qui ont compris qu’il faut sauver la patrie de la folie anti-patriotique de leurs frères d’arme du Rsp dirigé par le Général Gilbert Diendéré. Et à cette détermination, il faudra composer une hymne qui servira à réveiller tous autres peuples d’Afrique qui s’estiment impuissants face aux tyrans qui les gouvernent.

Diendéré désillusionné

C’est la désillusion pour le Général Gilbert Diendéré et ses éléments au cinquième jour de leur putsch. Le cerveau de ce que l’Ua appelle à juste titre « acte terroriste » a astucieusement reconnu l’échec de leur Coup d’Etat en demandant dans un communiqué lundi, « pardon » au peuple burkinabè et à la communauté internationale. L’homme à la recherche d’un atterrissage sûr pour lui et ses agents de la honte a d’ores et déjà promis de respecter le généreux accord politique qui se prépare et était, à cet effet, dans la même journée chez le Mogho Naaba, le plus grand dignitaire du pays. Mais, avec la pression du peuple burkinabé, il aura extirpé pour ne pas compléter la liste des personnes tuées depuis qu’ils ont porté un coup de poignard dans le dos de la démocratie du pays des hommes intègres.

La limite à ne pas dépasser

On sait quand ça commence, mais jamais quand ça finit. Dans l’élan de patriotisme qui impose d’être éveillé contre toute ennemie de la nation, les Burkinabès ont aussi le devoir d’éviter de plonger leur pays dans l’hécatombe. Les autres unités de l’armée animées par le désir d’aider le peuple à s’affranchir des putschistes doivent se garder d’ouvrir le feu au risque de donner à ceux-ci, réputés comme des soldats ayant la gâchette facile, une occasion de verser davantage de sang d’innocents citoyens. La « Non –violence » de Gandhi doit demeurer l’attitude idoine afin qu’aucun bain de sang n’éclabousse des Burkinabès et n’en emporte dans ses flots.