La Nouvelle Tribune

Burkina : La démocratie… au bout du fusil

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Les Burkinabè n’étaient pas peu fiers de la leçon de démocratie qu’ils ont donnée à l’Afrique par le soulèvement populaire qui a contraint le dictateur Compaoré à quitter précipitamment le pouvoir en octobre dernier. Et ils avaient raison ! Car personne (même pas l’opposition d’alors qui ne réclamait que le renoncement à la modification de l’article 37 de la loi fondamentale), personne n’avait pu prédire ni même imaginer que quelques jours de mouvement de rue auraient suffi pour déboulonner une dictature  vieille de trois décennies dont le chef avait réussi à s’imposer dans toute la sous-région ouest-africaine comme une personnalité forte et incontournable dans la résolution des conflits notamment.

Les émeutiers d’octobre 2014 de Ouaga et de Bobo ont admirablement bravé l’entêtement de Compaoré  à opérer un passage en force pour obtenir la modification de la constitution. Ils ont  surfé aussi sur la bienveillance des forces armées  qui ont étrangement laissé faire. Les précédents  libyen et malien  étaient encore frais dans les mémoires et le dictateur a préféré la fuite à  une résistance qui aurait pu se révéler  suicidaire. Ainsi,’’ la révolution’’ pacifique burkinabè a été à juste titre célébrée de par le monde et surtout en Afrique où le mouvement dit  du balai citoyen a égalé dans le cœur des démocrates africains les exploits du mouvement sénégalais ‘’y en a marre ‘’.

Cependant, le coup d’état qui vient  d’être perpétré par le général Diendéré, puschiste invétéré et exécutant des basses besognes de Compaoré depuis les années Sankara, rappelle brutalement les Burkinabè à la triste réalité  que le pouvoir restera encore pour longtemps en Afrique (à l’exception de quelques rares pays) au bout du fusil. Pendant cette courte transition  de moins d’un an, les rapports de force  au sein de la société burkinabè et singulièrement au  sein de  l’armée  n’ont jamais été favorables aux autorités de la transition. Le fameux régiment spécial de la sécurité présidentielle n’a rien perdu de son pouvoir d’antan, pouvoir en terme de puissance de feu s’entend, malgré la mise à la touche récemment  de son chef incontesté, le général Diendéré. Les atermoiements du très débonnaire Kafando, diplomate de carrière et l’amateurisme des dirigeants de la transition (gouvernement et Cnt confondus) ont suffi  pour faire  le lit des putschistes. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour déclarer les anciens dirigeants inéligibles et demander leur traduction en justice ?  L’argument de l’exclusion d’une partie de la classe politique brandi par les putschistes n’est qu’un prétexte. La vraie raison de ce putsch visiblement bien préparé par Diendéré en complicité active ou passive de son mentor Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire toute proche est de remettre tout à plat, pour revenir à cette démocratie dite consensuelle où l’impunité règne en maître.

 De ce point de vue, les Burkinabè n’ont d’autre choix que de recourir au pouvoir de la rue, pour ’’ finir le job’’ qu’ils ont commencé en octobre dernier. Cependant,  au regard de l’actualité récente en Afrique (la reprise en main dans les pays du printemps arabe et le cas du Burundi), on peut à juste titre se demander si la rue pourra rééditer son exploit passé. On se souvient qu’au Burundi, l’autocrate Pierre, Nkurunziza a bravé , des mois durant, l’insurrection populaire, pour imposer le troisième mandat interdit par la constitution et se faire réélire dans un fauteuil. A ce moment-là, tout le monde évoquait le précédent burkinabè et pariait sur sa chute. Mais c’est le contraire qui est arrivé. Parce que le pouvoir politique burundais  s’est fortement appuyé sur la puissance de feu d’une armée totalement acquise à sa cause, pour imposer son diktat à toute la population. Au nez et à la barbe de ce qu’on appelle la communauté internationale !Instruits par l’exemple burundais, les putschistes burkinabè qui ont brandi à l’intention de la communauté internationale l’idée d’une démocratie inclusive aux contours flous, ont parfaitement  les moyens de rééditer l’exploit de la soldatesque de Nkurunziza. Ils auront pour les applaudir l’ancien dictateur Compaoré et avec lui, tous les dirigeants du continent qui rêvent de s’éterniser au pouvoir.