La Nouvelle Tribune

Election de Muhammadu Buhari : le choix d’un dur pour un Nigéria plus fort

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A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Mieux, dit-on, aux grands maux, les grands remèdes. Les Nigérians ont indiqué par la voie des urnes l’option qu’ils ont faite pour la gouvernance de leur pays malmené par la secte terroriste Boko Haram.

Il s’agit du choix qu’ils ont porté sur l’ex-général de l’armée nigériane, Muhammadu Buhari, du scrutin présidentiel face au président sortant Goodluck Jonathan. Il apparaît que les Nigérians ont choisi de faire appel à un dur pour restaurer l’image de puissance africaine qu’avait leur pays.

Le dur

A 72 ans, Muhammadu Buhari doit son retour au pouvoir aux qualités qu’on lui connaît et dont ont besoin les Nigérians avec les problèmes d’insécurité, d’attaques jihadistes de Boko Haram. Il est réputé être un homme de caractère. Contrairement au président sortant qui, tergiversant, a étalé son impuissance face au problème que constitue Boko Haram, le Général Muhammadu Buhari sait prendre des mesures radicales face à des situations difficiles. Bien que terrible, on se rappelle l’expulsion au milieu de 1984 vers 1985, de milliers de Nigériens vivant au Nigéria confronté comme ses voisins d’Afrique de l’Ouest à une grave famine. Il avait jugé cette mesure utile pour permettre aux Nigérians d’avoir une autosuffisance alimentaire. Dans sa rigueur, il ne permettait pas les fraudes, les retards dans l’administration et autres tares comme la corruption sans oublier son aversion pour les narcotrafics. Le revers de cette méthode dure était les violations des droits de l’homme sous son régime, alors militaire, autoritaire. Chassé du pouvoir pour cette intransigeance rigoriste, maintenant il s’est engagé à gérer le pays de façon démocratique, dans le consensus. Ce qui veut dire qu’il va démocratiser sa rigueur pour donner une nouvelle impulsion au Nigéria. Face à Goodluck Jonathan, les Nigérians ont trouvé en ce musulman du nord-Nigéria, l’homme courageux qui peut faire fléchir les soutiens invisibles de la secte Boko Haram. Il s’était déjà illustré, pendant ses 20 mois de gestion du pays, de 1983 à 1985, à travers une chasse implacable aux hommes politiques et hauts cadres corrompus.

Une puissance militaire à relever

Première puissance économique africaine, le Nigéria est d’abord une puissance militaire sur le continent. Seulement, la gestion catastrophique faite de la crise sécuritaire instaurée avec la montée en puissance de Boko Haram, l’a fragilisé, le présentant comme un géant au pied d’agile. Le principal défi du nouveau président est donc la sécurité. Celui à qui on a découvert des talents de grand soldat alors qu’en tant que commandant de peloton, il dirigeait en 1963, la Garnison d’Abeokuta, doit remotiver l’armée, lui donner les moyens et instaurer la discipline. Beaucoup s’étonnent de l’incapacité d’une une grande armée comme celle du Nigeria face aux combattants amateurs de Boko Haram. Le pays faut-il le rappeler jouissait d’une grande réputation même au niveau de dirigeants occidentaux comme l’ancien président français Jacques Chirac qui lors d’une conférence de presse à Abuja le 23 juillet 1999, a dit qu’il «souhaite que le Nigéria soit membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu ».