La Nouvelle Tribune

‘Les dents de la mer’ : la maison de Senghor transformée en ‘musée présidentiel’

Espace membre

La décision du chef de l’Etat de transformer la demeure de Senghor ‘Les dents de la mer’, sis sur la corniche ouest, en Musée présidentiel n’agrée pas tous les acteurs culturels. Si certains approuvent l’idée et exigent que l’espace soit laissé en l’état, d’autres se demandent si le lieu s’y prête? Le souhait du président Abdoulaye Wade de faire de la maison de Senghor (Sur la corniche Ouest) un ‘Musée présidentiel’, exprimé en juin dernier, se confirme. Après une visite effectuée lundi dernier à la villa du poète-président, Les Dents de la mer, le chef de l’Etat a réitéré sa décision.

Cette volonté de Wade est diversement appréciée dans le milieu culturel. Pour le poète Amadou Lamine Sall, ‘la maison de Senghor est loin de se prêter à un tel espace’. Car, soutient-il,’elle doit rester la maison de Senghor.

Il ne peut pas exister de place ni pour un musée des civilisations noires, ni pour un musée présidentiel dans cette maison’. Par contre, le critique d’art Abou Sylla estime que ‘l’érection d’un musée Senghor est une bonne chose’. Mais il se demande s’il est bon de l’ériger dans sa maison ou pas ?

Pour lui, Léopold Sédar Senghor est à l’image de ces grands hommes d’art dont, après la disparition, la maison est transformée en musée pour les générations futures. Mais, précise-t-il, ‘elles sont laissées en l’état sans aucun changement’. Le président de la Maison africaine de la poésie, Sall adhère à ce principe.

Pour lui, ‘comme celle de nombreux grands hommes de par le monde, cette maison doit rester ce que Senghor en a fait et permettre aux Sénégalais, aux Africains, aux étrangers de par le monde de venir la visiter telle quelle, avec la chambre du poète, son bureau, son salon, ses jardins, sa piscine, sa bibliothèque, ses collections d’art, bref trouver là, la vraie âme de Senghor et ses propres biens culturels’.

Selon lui, il ne faut surtout pas toucher à l’architecture intérieure et extérieure de cette demeure personnelle du poète. Les professionnels des arts ne veulent pas aussi d’un musée simplement de nom comme l’on en voit à Dakar actuellement. Mais d’un Musée Senghor avec ‘des conservateurs professionnels, un programme pour les visiteurs et une politique bien définie’.

La transformation de la maison de Senghor en ‘Musée présidentiel’ soulève ainsi une vive polémique comme l’acte de vente de la maison l’a été l’année dernière. Pour le poète-écrivain Amadou Lamine Sall, le débat est loin d’être clos.

Car indique-t-il, ‘dans le contrat d’achat avec l’Etat du Sénégal, la maison de Senghor est sous usufruit. Ce qui veut dire que tant que Madame Colette Senghor, la femme de Senghor, est en vie, elle jouit de cette maison laissée à sa disposition en l’état. C’est à sa mort seulement que les autorités pourraient totalement faire de cette demeure ce qu’elles voudront bien en faire’.

Le président Abdoulaye Wade a dit lundi que la maison de Senghor transformée en Musée présidentiel contiendra, en plus de la collection du premier président du Sénégal, tous les objets offerts aux présidents sénégalais, de Léopold Sédar Senghor à lui en passant par Abdou Diouf.