La Nouvelle Tribune

Incapacité du CNT à former un gouvernement : ça commence bien mal!

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Voici les successeurs du dictateur. Des hommes sans visage. Une combinaison hétéroclite de haines, de rancœurs mais aussi de rêves de liberté et de désirs de modernité. Le Conseil national de transition libyen n’est rien d’autre que cette agglomération de contradictions. C’est, à défaut de mieux, l’instance suprême qui, avec l’aide et la bénédiction de la communauté occidentale, a réussi l’exploit de chasser du pouvoir un despote qui y aura passé quarante-deux ans sans désemparer.

Mais à la première occasion que cette coalition a de montrer patte blanche, c’est déjà le clash. Pas moyen de s’entendre pour constituer un premier gouvernement de transition. Le gage qu’attendent les derniers sceptiques pour se résoudre à croire en les bonnes dispositions d’esprit annoncées par le CNT ne viendra pas de sitôt.

Cela est peut-être congénital des révolutions qui en sont passées par les armes pour aboutir. Surtout quand le conflit a pu être aussi long et mobiliser autant de ressources de diverses natures et de diverses origines que la guerre qui a sonné le glas du régime libyen. Le long règne de Mouammar Kadhafi ne lui a pas valu que des amis. Les milliers, voire les dizaines de milliers de combattants qui ont participé à l’assaut contre lui n’en sont pas pour autant des amis non plus. Les insurgés de Benghazi, les premiers à avoir pris les armes, les résistants de Misrata, ville martyre et ville meurtrie, les combattants venus du sud-Ouest sans qui l’assaut final n’aurait pas été aussi rondement mené, les islamistes radicaux, ennemis héréditaires de Mouammar Kadhafi… la liste est longue de ceux qui peuvent revendiquer un rôle déterminant dans la chute du régime du Guide. Entre ennemis d’hier et amis d’aujourd’hui, il paraissait plus urgent de faire « dégager » le dictateur que de chercher à régler de vieux comptes. Sauf peut-être quand un commando a fait le feu pour se débarrasser du Général Younes, ancien Ministre de la défense du Colonel Kadhafi, qui à cette époque-là, avait combattu sans concession les islamistes qu’il commandait désormais en sa qualité de chef d’Etat-major des forces insurgées.

En tout état de cause, si cette exécution venue de l’intérieur n’a pas suffi à mettre la puce à l’oreille des Occidentaux qui espèrent pouvoir compter avec le rationalisme des dirigeants du CNT, l’échec originel dans la composition du tout premier gouvernement de transition aurait dû ajouter un brin d’inquiétude sur les capacités du Conseil à gérer la Libye libre. Il est bien vrai qu’un petit échec de rien du tout ne devrait pas déclencher l’hystérie anti CNT, mais c’est encore la propension de la communauté internationale à minimiser, voire à ignorer cet état de fait qui, pour ma part, m’interpelle. Comment comprendre que face à une nébuleuse telle que le CNT, des indices d’une scission future, les prémisses d’un revirement d’alliance ou même d’une conflagration interne laissent de tant de marbre la communauté internationale ? On eût même dit que la presse internationale a été sciemment détournée de cet événement marquant pour que rien ne puisse venir troubler la confiance que les Grands de ce monde voudraient que l’opinion publique internationale place dans les nouveaux dirigeants de la Libye.

Il y a en tout cas à mon sens des signes annonciateurs de désastre futur que l’on feint d’ignorer comme si les exemples récents de l’Irak et de l’Afghanistan où les « libérateurs » ont été accueillis sous les hourrah avant d’être rejetés, n’ont servi à rien. Les Etats-Unis d’Amérique dont le Président Barack Hussein Obama a accordé un entretien en tête-à-tête au numéro 1 du CNT, semblent avoir oublié que le tristement célèbre Oussama Ben Laden était d’abord un allié contre l’Union soviétique avant de faire volte-face au début des années 1990. Et que Saddam Hussein était également un ami contre l’Iran avant de retourner sa veste en 1991. Sauf à me prouver que le Président américain a mis en garde Moustapha Abdel Djalil lors de cet entretien, je persiste à croire que l’odeur du pétrole obnubile les Occidentaux au point de les détourner de ce qui devrait être une de leurs priorités dans le processus de reconstruction d’une Libye libre, mais aussi et surtout pacifique.

Dix jours, c’est le délai que se sont désormais donnés les membres du CNT pour composer ce gouvernement d’union que les sceptiques comme moi attendent sans trop se faire d’illusions. Car il ne suffit pas d’avoir chassé (ce n’est même pas encore totalement fait) l’ennemi commun. Il faut encore pouvoir se mettre ensemble au service d’un nouvel idéal incluant les principes de liberté, d’égalité et de justice pour lesquels tant de martyrs sont tombés et continuent de tomber. Dix jours, ce n’est pas bien long. Et la supercherie de l’union fantôme peut se poursuivre d’ici là. Mais dans dix semaines, dix mois ou dix ans, on aura fini de tirer les leçons de cette guerre de Libye. Des leçons que j’espère les moins douloureuses possible.