La Nouvelle Tribune

Reconnaissance du CNT par l’Union africaine: la victoire de la realpolitik contre la logique

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Ce qui devait arriver est arrivé. Le Conseil national de transition (CNT) libyen a fini par obtenir la légitimation qui lui manquait. La reconnaissance de l’Union africaine, près d’un mois après la prise de la capitale Tripoli, vient mettre fin à une cacophonie africaine sans nom. Mécontente d’avoir été royalement ignorée, courroucée de n’avoir pu imposer sa feuille de route et surtout blessée dans l’amour de la souveraineté de l’un de ses membres les plus influents, l’Union africaine fait un ravalement de façade. Inévitable. La realpolitik prend le dessus. Comme d’habitude, les Africains vont boire le calice jusqu’à la lie.

Serait-ce la reconnaissance du Conseil national de transition par le Conseil de sécurité de l’Onu et l’attribution du siège de la Libye au sein de l’organisation qui ont décidé les dirigeants de l’Union africaine à se résoudre à faire ce qui était depuis la chute du régime du Guide devenu inéluctable ? Toujours est-il que la coïncidence mérite peut-être d’être soulignée. Il aura en effet fallu que s’ouvre la session annuelle de l’Assemblée générale de l’organisation avec l’autorisation donnée au CNT d’occuper le siège de la Libye resté vacant depuis les débuts de la révolution, pour voir l’institution panafricaine annoncer à son tour qu’elle reconnaissait désormais les insurgés libyens comme représentants légitimes du peuple libyen. Oubliant, semble-t-il que cette reconnaissance avait auparavant été conditionnée par la constitution d’un gouvernement de transition. L’Union africaine n’en est pas à une contradiction près. Et d’ailleurs le degré de discrédit induit par les situations de crise vécues par l’Afrique depuis le début de l’année 2011, de la Tunisie à la Côte d’Ivoire en passant par l’Egypte, est tel que plus rien n’étonne venant de la part des Chefs d’Etat et de gouvernement à la tête de l’Union panafricaine.

Il a pourtant bien dû se passer quelque chose pour que, sans vraiment que l’on s’y attende, l’UA revienne sur ses certitudes sur la crise en Libye. Il est fort probable que dans les jeux de coulisses, la diplomatie du nombre ait joué une partition non négligeable. En effet, plus de la moitié des Etats membres avaient déjà unilatéralement reconnu la légitimité du Conseil national de transition. Dans ces circonstances, il semblait évident que le refus de reconnaissance de ce pouvoir par l’Union procédait de la volonté de certaines puissances régionales, l’Algérie et surtout l’Afrique du Sud qui, d’un bout à l’autre de la crise libyenne a tenté de jouer un rôle de médiateur que lui ont dénié les puissances occidentales par leur attitude pour le moins méprisante. Mais la position de ces puissances africaines avait peu de chances d’être maintenue plus longtemps pour plusieurs raisons. En effet, la robustesse économique de l’Afrique du Sud et de l’Algérie leur donne toute latitude pour se passer de la générosité d’une Libye qui en dépit de la guerre reste un Etat riche. Or, les autres Etats africains devront, bien assez tôt compter avec la nouvelle Libye pour obtenir du nouveau pouvoir la poursuite de la réalisation des projets engagés par le régime de Kadhafi ou alors la mise en chantier d’autres infrastructures. Le risque d’une mise en minorité et donc d’une humiliation supplémentaire existait bel et bien.

Au-delà de ce fait, les puissances occidentales comme la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, si présentes et si prégnantes en Afrique ont dû recommander aux Africains de mettre un terme à une attitude certes logique avec les événements les plus récents, mais finalement ridicule et de toute façon contre-productive. Le gouvernement de transition que disait attendre l’Union africaine avant de marquer sa reconnaissance des nouvelles autorités libyennes n’étant peut-être pas prêt d’être formé avant quelques longues et inutiles semaines d’attente. Et même si aucun conseil en ce sens n’avait été donné aux instances dirigeantes de l’UA, il me semble évident qu’il existe bien de diplomates africains parfaitement en harmonie avec les notions de la realpolitik pour influencer l’orientation en ce sens de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union.

En reconnaissant le Conseil national de transition comme la nouvelle autorité légitime en Libye, l’Union africaine décide de renoncer à l’essentiel des principes qu’elle a mis en avant au plus fort de la guerre pour se positionner à son tour sur les chantiers de la reconstruction. Mais plus assurément de la reconstruction politique. Mais là encore, une fois de plus, il me semble bien que c’est peine perdue. Ceux qui décideront sont les mêmes qu’à l’accoutumée. Ces grandes puissances occidentales qui désarçonné le Guide. Sauf bien sûr si dans les rangs des insurgés, les « injonctions » venues d’ailleurs commencent d’ici là à déplaire. Ce ne sera pas pour autant que l’UA retrouvera le beau rôle. Mais tout de même, c’eut pu être une bonne raison de faire montre d’opiniâtreté et de fermeté dans ses prises de position.