La Nouvelle Tribune

Le monde arabe entre révolution démocratique et réaction islamiste

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Le philosophe allemand Karl MARX demeure le savant en sciences sociales le plus génial de tout le deuxième millénaire, selon un magazine scientifique anglais. Soit, mais le militant auteur du Manifeste du Parti communiste, l’activiste fondateur de l’Association Internationale des Travailleurs (Première Internationale), a eu moins de chance : tous les systèmes basés sur les idées-forces du manifeste communiste en filigrane ou clairement exprimées, comme la dictature du prolétariat, l’hégémonie du parti (unique) de la classe ouvrière, se sont tous écroulés comme des châteaux de cartes, victimes à la fois de la loi dialectique (marxienne) de la négation d’une thèse par son antithèse, et de la régularité sociologique de la lutte des classes comme moteur de l’Histoire.

La société communiste, la négation de ces deux énoncés centraux du matérialisme dialectique et historique qui sont les condensés de la philosophie et de la sociologie de Karl MARX, est irrémédiablement vouée à l’échec.

L’analyse marxiste reste encore la seule approche théorique efficace pour comprendre ce qui se passe actuellement dans le monde arabe. Les pays arabes, mondialisation oblige, sont intégrés dans le Système Mondial Capitaliste (SMC) et en demeurent donc des périphéries du Centre constitué par les pays développés du Nord. Ils ne peuvent donc ni échapper à l’évolution infrastructurelle du système, ni à sa surdétermination superstructurelle. Certes, des ventres mous de cette périphérie du Système (le monde arabo-islamique) croient à une déconnexion possible, rêvent de balayer l’hégémonie structurelle et systémique du SMC; mais tout ceci est illusoire. D’ailleurs, ces maillons faibles de la chaîne capitaliste qui croient à un retour vers un monde précapitaliste et semi-féodal arc-bouté sur l’islamisme et la Charia, sont plutôt des damnés de la terre au sens où l’entendait Frantz FANON, des laissés pour compte désespérés et misérables qui n’ont ni pétrole, ni gaz. Ce ne sont souvent pas de vrais pays arabes qui eux ploient sous le poids des pétrodollars, mais des pays pauvres d’ailleurs islamisés de fraîche date : l’Afghanistan, le Pakistan, la Somalie et le Nigéria du Nord. Quant aux élites des vrais pays arabo-musulmans fatalement intégrés au SMC, elles ont certes gardé une bonne partie de la religion musulmane et de la culture arabe, mais celles-ci sont largement débarrassées de leurs aspects conflictuels avec la modernité occidentale. Ces élites sont acquises aux valeurs de la démocratie occidentale pendant que leurs pays s’intègrent chaque jour un peu plus dans le SMC ! Il en est ainsi de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. On voit bien que les pantalonnades, les tocades et les foucades du Colonel Mouammar KHADAFI ne peuvent qu’amuser lors donc qu’avec une idéologie certes apparemment nationaliste, il pense imposer au monde entier sa Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire et Socialiste, et se soustraire à « l’impérialisme occidental ». En effet, une telle révolution, « populaire et socialiste » donc nationale, est totalitaire par essence ; elle n’a rien de matérialiste, quoique apparemment dialectique (Robert DOSSOU). Le Guide libyen a pu égratigner, surtout irriter pendant longtemps les pays occidentaux, mais il n’a hélas rien fait pour soustraire vraiment la Libye au SMC. Aussi en virant de plus en plus dans le despotisme, voire la tyrannie comme ses congénères de la Tunisie et de l’Egypte, Mouammar KHADAFI s’est-il mis à dos toutes les classes moyennes libyennes et les élites nationales certes acquises au nationalisme panarabe et libyen, mais foncièrement pro-occidentales ! L’impérialisme occidental serait-il donc une fatalité ? Le comble pour un ancien étudiant en France qui a passé toutes ses jeunes années à lutter contre « l’impérialisme international, surtout français », serait de répondre par l’affirmative. Que non ! Le SMC semble traversé actuellement par ces crises structurelles qui selon Karl MARX portent en elles-mêmes les germes de son effondrement. Cependant, il est plus juste de dire que son Centre va plutôt se déplacer et s’enraciner dans les puissances asiatiques. Nous assisterions aux derniers soubresauts du capitalisme occidental, miné par la malédiction de cette contradiction fondamentale inhérente au système : la compulsion de la péréquation du taux de profit et la baisse tendancielle de ce même taux de profit ; d’où les surendettements et la crise des finances publiques. Que faire ? Il s’agit pour nous autres pays africains et arabes de ne pas nous assujettir derechef au Centre asiatique, mais de nous battre pour susciter les conditions d’une nouvelle économie mondiale qui ne sera plus le mode de production capitaliste dans sa forme actuelle. Dans notre univers bénin, ce combat peut prendre la forme de cette émergence que nous baptisons actuellement par cette métaphore séduisante : la refondation. Evidemment, cette révolution structurelle salutaire a un prérequis : une révolution morale qui doit commencer par une guerre sans merci contre la corruption sous toutes ses formes.