La Nouvelle Tribune

Conférence internationale sur la Libye : commence déjà le partage du gâteau !

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Sordide hypocrisie internationale. Qui a dit que la communauté occidentale est intervenue en Libye en vertu de la responsabilité de protéger les civils libyens de la main de fer de leur Guide qui ne se cachait pas de son intention d’en finir avec la vermine qui a osé le défier ? Même si l’intervention de l’Otan sur fond de résolution à portée extensive des Nations unies a eu la vertu de mettre fin à un pouvoir despotique vieux de plus de quarante ans, déjà tombent les masques. Une soixantaine de pays, dont les principaux bras armés de l’intervention en Libye, se réunissent à Paris pour dessiner les contours de la Libye de demain. En réalité, il s’agira pour le Conseil national de transition (CNT) désormais au pouvoir de compter ses alliés et pour les puissances, de se positionner pour la distribution des rétributions qui ne va pas tarder à commencer.

En voilà une guerre qui se termine du mieux que pouvait en rêver la communauté occidentale. Six mois d’une « aube de l’Odyssée » qui n’en finissait plus de se lever, et le bilan est plus que satisfaisant. C’est probablement l’une des toutes premières fois de l’histoire de la polémologie qu’une guerre est gagnée sans que l’une des parties au conflit ait à déplorer la moindre perte en vie humaine, ni même en matériel de combat. Pour être restés perchés là-haut dans leurs avions, les alliés européens du CNT ont laissé à ce dernier le soin de verser la rançon humaine à la libération de la Libye du joug kadhafiste. Aussi décisive qu’ait alors pu être le soutien occidental, il n’aura coûté que quelques tonnes de kérosène, de bombes et de soldes, alors qu’elle aura en plus permis de tester la fiabilité en opération de nouveaux engins de guerre (avions, hélicoptères, drones, armes, bombes etc.), utilisés pour la première fois à l’occasion de ce conflit.

Le plus intéressant, c’est que la Libye va payer elle-même le coût de la guerre qui a permis sa libération et celui de sa reconstruction. Elle ne manque surtout pas de moyens pour cela. Les dizaines de milliards de dollars d’avoirs, gelés dans les banques européennes et américaines depuis le début des événements, les bons de trésor américains entre autres, ont déjà trouvé leur destination. A l’orée de la conférence de Paris sur l’avenir de la Libye post-Kadhafi, plusieurs puissances occidentales avaient déjà décrété le dégel d’une partie des ressources libyennes disponibles sur leur territoire pour le compte du CNT. Ces immenses fortunes thésaurisés par le clan de l’ex-Guide auprès des grandes puissances occidentales sont toute trouvées pour financer l’effort de guerre, et surtout la reconstruction maintenant que le conflit est sur le point de s’achever. Il ne sera donc même pas question pour la France, la Grande Bretagne, les Etats-Unis ou encore l’Italie de prélever sur leurs ressources propres afin d’aider ceux qu’ils ont porté à bout de bras jusqu’à la victoire finale à asseoir leur légitimité. Et s’ils l’ont déjà fait, ils ont et auront de quoi se faire rembourser.

La conférence de Paris s’ouvre donc avec de belles perspectives pour les Etats vainqueurs. Il ne sera certainement pas encore question de décider de qui va bénéficier de quoi, mais dans les jeux de coulisses, l’action de la diplomatie parallèle sera de toute intensité. Ce n’est pas sans raison que la Russie et la Chine, en dépit de leur opposition à la guerre, ont choisi de répondre à l’invitation en y envoyant des délégations d’importance. Ni l’une, ni l’autre ne peut en effet se permettre de se voir évincé d’un marché international qui retrouvera sous peu ses couleurs, d’autant mieux que les sanctions de l’Union européenne sur certains ports pétroliers de la Libye sont en passe d’être levées.

Il ne faudra tout de même pas oublier que c’est officiellement pour le compte de la démocratie et de l’Etat de droit que fut menée la guerre de Libye et que sont morts les milliers de martyrs libyens. En conséquence, il sera question de parler de la mise en place d’institutions transitoires démocratiques sur le modèle occidental, de manière à préparer du mieux possible les premières élections libres et démocratiques de l’histoire de la Libye. Non seulement ce sujet sera la caution morale de cette conférence internationale, mais en plus, il est à noter qu’il tiendra à cœur pour l’avenir, à un certain nombre de participants qui savent mieux que d’autres, exploiter les faiblesses du système démocratique et de son  économie libérale.

« Ah, la belle guerre ! » doivent se dire les occidentaux avec en tête le français Nicolas Sarkozy célébré en héros à Benghazi, Misrata, Tripoli… En attendant que l’ennemi commun ne soit mis hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes, le CNT se montre bien docile, même s’il s’est dit opposé au déploiement d’une force de maintien de la paix sur place. Mais l’avenir sera-t-il bien celui que se propose  de tracer la conférence  de Paris ou alors c’est pour une fois la très sceptique Union africaine, invitée plus de forme que de fond, qui risque d’avoir raison ?