La Nouvelle Tribune

Aux Noirs africains de Libye : «la Libye libre, on la quitte (mort) ou on la quitte (vif)»

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Il ne fait pas bon être Noir en Libye par les temps qui courent. Les insurgés libyens ont depuis bien longtemps décidé que seuls peuvent combattre pour le compte du Guide quelques « traitres » libyens et surtout les cohortes de mercenaires recrutés un peu partout au sud du Sahara par les chefs de guerre au service du Colonel Kadhafi. C’est donc depuis six mois le dilemme pour les milliers d’immigrés noirs qui avaient un jour rêvé de venir faire fortune en Libye d’une façon ou d’une autre. Maintenant que le dictateur est tombé, le choix est unique : partir ou partir. Quitter la Libye mort ou vif. Mort, c’est quand on n’a pas voulu la quitter. Vivant, c’est quand on a eu la chance de la quitter.

Du colonel Kadhafi et du Conseil national de Transition, organe politique de la rébellion qui vient de prendre le pouvoir à Tripoli, on est à se demander qui fait ou qui a fait le plus de tort aux populations noires de la Libye. Le premier, durant son long règne, a fait des immigrés noirs présents dans son pays des bêtes de somme, des boucs émissaires et même des miliciens à la solde de ses ambitions de déstabilisation des pays voisins et de maintien de son régime. C’est en effet sans complexe, que certains Africains noirs de Libye, se sont donnés à corps perdu dans les travaux difficiles que les Libyens autochtones considéraient comme dévalorisants ou déshumanisants. Cireurs de chaussures, chauffeurs de taxi, dockers, ouvriers du bâtiment, vendeurs à la sauvette… C’est ainsi que de temps à autres, le Guide libyen se chargeait de les expulser massivement dans leurs pays respectifs pour répondre aux besoins d’emploi de certains de ses compatriotes, si ce n’est à la manifestation ostentatoire de la xénophobie d’autres qui voyaient trop de personnes de couleur dans les rues du pays. Mais Mouammar Kadhafi ne se privait pas non plus de se servir de quelques autres de ses alliés noirs soit pour déstabiliser leurs pays d’origine selon le désir du Guide, ou pour servir dans ses forces de protection recrutées à l’extérieur.

De fait, il y a de quoi, pour les rebelles se méfier de certains de ces gens restés au service du Colonel jusqu’au bout. De certains, ai-je dit, pas de tous. Car, quel stupide amalgame que de croire que la majorité des Noirs demeurés en Libye ces derniers jours le sont restés pour combattre aux côtés des hommes du Guide ?! Stupide, mais surtout meurtrier amalgame. Qui coûte vie et liberté à tant et tant de gens dont le seul tort en ces heures de braise, aura été d’être Noirs et de se trouver dans un pays où ils ont été chercher un peu de pain pour acquérir chez eux la paix et le respect. Les insurgés libyens ne font pas de distinction entre les vrais combattants et les travailleurs immigrés pris au piège de la guerre. Quand ceux-ci ne sont pas tout simplement exécutés, ils sont jetés en prison en attendant un jugement hypothétique pour des crimes qu’ils ont pu ne jamais avoir commis. Les rares noirs épargnés étant ceux qui peuvent prouver être ressortissants de l’un des pays ayant reconnu la légitimité du CNT sur tout le  territoire de la Libye. De quoi comprendre l’empressement de certains pays comme le Bénin à s’aligner sur les positions de ceux qui ont désormais voix au chapitre dans les rapports de force en cours. De fait, les Sénégalais, entre autres sont relativement épargnés quand ils peuvent faire la preuve de leur nationalité.

La seule alternative pour les autres, se terrer, attendre et espérer que ça change. Avec le risque, s’ils sont découverts, d’être considérés comme des miliciens en fuite. On ne saurait en effet autrement expliquer leur « cavale ».  C’est vraiment la quadrature du cercle : fuir, tout perdre et risquer de se faire tuer en cours de route, se cacher, être découvert et arrêté comme un mercenaire en escapade. Si l’on peut appeler ça une alternative…

S’ils sont les combattants de la liberté qu’ils proclament être, les dirigeants du CNT doivent prendre des mesures. Mais rien n’est moins sûr. C’est encore sur la communauté occidentale qui leur fournit l’essentiel de l’assistance logistique dont ils disposent qu’il faut compter pour les raisonner et les amener à faire cesser ces exactions. Pendant que l’Union africaine, plus soucieuse de rester cohérente avec elle-même dans ses positions sur le conflit, par son refus de reconnaître l’autorité légitime du CNT, ne fait que prolonger un peu plus le calvaire de ses fils présents en Libye et pour lesquels rien n’a été véritablement fait depuis le début de cette guerre. Pauvres Nègres. Pas vernis chez eux, encore moins chez autrui.