La Nouvelle Tribune

Cinq mois de crise en Libye : une «Odyssée» qui porte trop bien son nom

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L’OTAN s’essouffle en Libye. L’opération « Aube de l’Odyssée » est entrée dans son cinquième mois. Sans que le statu quo réalisé aux premières heures des frappes ait véritablement évolué. Mouammar Kadhafi résiste. Beaucoup mieux que prévu. La coalition internationale ne sait donc plus où donner de la tête. Il faut peut-être remarquer que pour une guerre voulue brève, le nom était tout de même mal choisi.

L’Odyssée d’Homère rapporte une suite d’aventures longue. Très longue. Et parsemée de péripéties diverses. Celle de la Libye en prend le chemin et inquiète. Et c’est toute la stratégie et l’unité de la coalition internationale anti-Kadhafi qui s’en trouve remise en question.

L’histoire regorge d’exemples d’invasions qui ont échoué pour avoir compté et trop compté sur le soulèvement des peuples de l’intérieur. Ce n’est pas aux Etats-Unis qu’il faut l’apprendre. La Baie des cochons à Cuba leur en a sans doute donné un meilleur et douloureux souvenir. Ce n’est pas non plus à la France qu’il le faut rappeler. L’attaque de Bob Denard sur le Bénin en 1977 en est une illustration historique. C’est encore moins à la Grande Bretagne qu’il faut le signifier. La longue tradition guerrière du royaume n’en manque pas d’exemples. Et pourtant. En attaquant le régime du Colonel Mouammar Kadhafi en mars 2011, la coalition internationale menée par ces trois pays espérait pouvoir compter avec le soulèvement des Libyens de l’intérieur, de Tripoli à Misrata, de Benghazi à Ajdabiya. Mais il faut bien admettre que si le Guide libyen est effectivement contesté dans une partie du pays, l’autre n’a pas encore opéré sa révolution. La faute peut-être à un régime omnipuissant qui embrigade et réprime comme on l’a vu dans le sang toute tentative de soulèvement. Mais la faute peut-être aussi à une partie du peuple qui préfère encore son « Guide » aux incertitudes incarnées par le Conseil national de Transition (CNT), organe politique de l’insurrection armée.

Il y a donc de quoi que la guerre s’éternise. D’autant plus que les forces armées aguerries et capables de déloger en peu de temps le Colonel Mouammar Kadhafi, les troupes occidentales, sont contraintes de s’en tenir à une opération air-sol sans débarquement. La résolution 1973 qui autorise les opérations, même dans son interprétation la plus élastique, ne laisse pas de place à une intervention au sol. Les forces spéciales américaines, britanniques et françaises n’ont sans doute pas non plus envie de se frotter de trop près à une situation qui peut rapidement dégénérer comme celles de l’Irak, de l’Afghanistan ou de la Somalie. On peut donc comprendre qu’au bout d’environ cinq mois de bombardements acharnés, de mise en action des hélicoptères de combat, de largage d’armes et de munitions au profit des rebelles, la France finisse par se rendre à la conclusion que cette guerre ne se gagnera pas qu’avec les armes : il faut dialoguer. Annonce surprenante qui a pris de court certains partenaires de Paris au sein de l’OTAN, elle s’explique également par le coût plus ou moins élevé supporté par la France en ces temps de crise : un million d’euros environ chaque jour. Et Gérard Longuet, Ministre français de la défense ainsi que son homologue Alain Juppé des affaires étrangères d’expliquer qu’il existe une possibilité pour le Guide libyen de  demeurer en Libye à l’issue d’une transition politique de laquelle il aura tout de même été exclu, occupant même, s’il le désire une partie du Palais présidentiel, pour autant qu’il renonce au pouvoir et à son titre. Ce qui n’a pas empêché le Parlement français de proroger la participation de l’armée nationale aux opérations militaires.

Au moment où la paralysie s’installe sur le front en dépit de l’affaiblissement sans doute trop lent des troupes du Colonel, la question se pose avec de plus en plus d’acuité de savoir comment achever ce qui a été commencé. Il est en tout cas exclu, même avec le soutien de l’aviation, que les rebelles du CNT parviennent seuls à prendre Tripoli. Il est tout autant exclu que le Conseil de Sécurité de l’ONU vote une nouvelle résolution pour autoriser une attaque au sol. Si les voix des Etats africains du Conseil de sécurité n’y suffisent pas, le Brésil, la Chine et la Russie peuvent à eux seuls faire échouer le projet. C’est bien dommage de devoir le reconnaître, on ne se débarrassera pas du dictateur avec quelques largages de bombes. Le crépuscule de l’Odyssée libyenne dont l’aube n’en finit plus de perdurer ressemblera peut-être au triomphe d’Ulysse sur ses ennemis lors de son retour à Ithaque. Mais dans le cas d’espèce, qui donc du CNT et du Guide, porte le mieux les idéaux nobles qui étaient ceux du héros légendaire ? Qui ?