La Nouvelle Tribune

ONU : Ban Ki-moon reconduit pour services rendus et silence gardé

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Sitôt demandé, sitôt fait. La reconduction de Ban Ki-moon dans ses fonctions de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies sera passée comme une lettre à la poste. Six mois avant la fin de son mandat, comme il sied. Pas une voix discordante. Bien au contraire. Il s’est même trouvé le président de la république du Bénin pour juger que les qualités de l’homme méritaient un discours de déclaration de soutien de près d’une heure qui aura tenu le corps diplomatique présent au Bénin en haleine. Mais passons, il est vrai que Ban Ki-moon ne pouvait que faire l’unanimité. Autant pour de bonnes que de moins bonnes raisons. Le secrétaire général des nations unies n’est pas un super chef d’Etat qui doit accompagner la marche du monde de son regard inquisiteur et de ses critiques acerbes contre les contrevenants aux valeurs qui fondent l’organisation. En accédant aux hautes charges qui sont les siennes depuis pratiquement cinq années, Ban Ki-moon semble en avoir tenu grand compte. A l’antipode complet de son illustre prédécesseur, le ghanéen Kofi Annan qui n’hésitait pas à mettre les pieds dans les plats sans préjudice de l’Etat auquel il devait finir par s’opposer ouvertement. Kofi Annan avait du charisme et n’hésitait pas à en faire usage. Kofi Annan avait des convictions et le faisait savoir. Kofi Annan avait des principes, ceux des Nations unies et les affirmait envers et contre tout et tous. Surtout contre ceux des Etats puissants au sein de l’Onu, dont les intérêts s’opposent parfois et bien souvent d’ailleurs à la mise en application forte et impartiale des dispositions de la charte et du droit international.

C’est peut-être pour avoir succédé à une personnalité d’une telle trempe que le très diplomate Ban Ki-moon parait en fin de compte avoir si peu de charisme et de poigne. L’actuel secrétaire général de l’Onu est en effet un homme de consensus. Cela tient forcément autant de sa nature intrinsèque que de sa lecture des rapports de force qui gouvernent les relations internationales. Au contraire d’autres parmi ses prédécesseurs, il n’a, durant son premier mandat, pratiquement jamais eu maille à partir avec aucune des grandes puissances du Conseil de sécurité. Chose tout à fait compréhensible du point de vue des puissances occidentales comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni qui ont très fortement contribué à sa première élection, mais aussi de celui des Russes et des Chinois qui ont sans doute vu d’un bon œil le peu d’empressement de l’homme à s’intéresser de près à des violations des droits de l’homme qui se déroulaient sur leurs territoires respectifs ou sur celui de leurs inconditionnels satellites.

Durant les cinq années passées au poste, Ban Ki-moon aura su ne voir que ce qu’il lui fallait voir pour ne déplaire à aucune des grandes puissances, ou n’entendre que ce qu’il était admissible d’entendre. C’est déjà lui qui avait favorisé le retour progressif de l’Onu en Irak après la guerre déclenchée unilatéralement par les Etats-Unis en 2003, mais surtout l’attentat d’août de la même année qui aura coûté la vie au représentant spécial de l’Onu dans le pays, le brésilien Sergio Vieira de Mello. C’est également son absence de réactivité dans plusieurs situations de crise comme en Birmanie, en Corée du Nord, au Sri Lanka, etc. La France lui doit également une fière chandelle pour la gestion de la crise ivoirienne entre autres.

Il n’est donc pas étonnant que Ban Ki-moon ait obtenu avec une telle facilité le renouvellement d’un mandat qui avait été refusé à l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali en 1996 et a manqué de peu de l’être à son prédécesseur en 2001. Mais si toutes les grandes puissances de quelque bord qu’elles soient avaient parfaitement intérêt à ce que le secrétaire général actuel de l’Onu soit reconduit dans ses fonctions, reste à se demander quelle part prennent les Etats africains à cet intérêt. La très inattendue adresse du président béninois à l’endroit du corps diplomatique en exercice au Bénin en donne quelques indices. On retiendra surtout l’engagement de Ban Ki-moon en faveur du développement des pays africains et les nombreuses initiatives du secrétaire général en ce sens. En somme, rien qui justifiait ce discours très solennel quand on sait que le rôle du secrétaire général se limite à quelques pressions faites sur les Etats développés pour les inciter à respecter leurs engagements. Discours d’autant plus superflu que monsieur Moon était seul candidat à sa propre succession.

C’est désormais fait, Ban Ki-moon est reconduit dans ses fonctions. Pour cinq années de platitude et de consensualisme au sommet des Nations unies. Ce n’est pas pour déplaire à ceux qui ont voulu qu’il en soit ainsi. Mais attention, et si l’homme changeait ?