La Nouvelle Tribune

Procès annoncé du couple Ben Ali : effet d’annonce ou parachèvement de la révolution de jasmin ?

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Tunisie - Vous avez dit contumace ou « pour la forme » ? A quoi rime la procédure judiciaire ouverte à l’encontre de Leïla Trabelsi et Zine el-Abidine Ben Ali ? Faut-il croire en la sincérité des nouvelles autorités tunisiennes dans leur volonté affichée d’en finir avec les caciques de l’ancien régime et les pratiques de cette époque que les Tunisiens espèrent révolues ? La « chasse aux sorcières » est en cours ; peut-être bientôt fermée. Une lourde condamnation des bannis de Riyad et la révolution devrait s’en arrêter là. Net. Accomplie. Ben Ali sera jugé. Ainsi en ont décidé les autorités tunisiennes issues de la révolution de jasmin de décembre-janvier dernier. Ce ne serait en effet que justice. L’ancien président tunisien, son épouse et ses sbires se sont grassement servis sur les richesses de la Tunisie plusieurs années durant. Ils ont tout autant privé le peuple des plus élémentaires de ses libertés durant ce long règne. Et pour tous les crimes de cet ordre, ils doivent payer. Les Tunisiens l’entendent bien ainsi. Autrement, les Bouazizi et autres martyrs de la révolution n’auraient pas donné leur vie pour la cause. Pour la noblesse de la cause. Les centaines de milliers de gens qui ont arpenté les rues, battu le macadam, dormi à la belle étoile et crié leur exaspération ne l’auraient jamais fait. La Tunisie n’aurait alors jamais donné le la du gigantesque bouleversement qui, ces derniers mois fait du monde arabe un vaste champ de combats et de ruines, de répression et de représailles, mais aussi de réformes et de mutations.

Seul problème en Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali ne sera pas là pour répondre de ses forfaits. Leïla Trabelsi et son mari coulent des jours tranquilles à Riyad et de nombreux caciques du clan Ben Ali sont, soit en cavale dorée, soit bien tapis encore dans l’administration postrévolutionnaire au service du nouveau régime. A l’annonce de cette procédure par le premier Ministre Béji Caïd Essebsi, l’ancien président a tout simplement parlé de mascarade. Et ne croit pas si bien dire.

Le procès Ben Ali pourrait bien n’être qu’une simple parodie. Pour plusieurs raisons. Premièrement, les révolutionnaires tunisiens, en dépit de leur silence actuel, ont déjà plus d’une fois, démontré leur ferme désir d’obtenir une révolution achevée et accomplie. Au vrai sens du terme… Ainsi, il est clair que sans un procès rapide suivi d’une lourde condamnation plus que probable de l’ex-raïs, les jeunes émeutiers qui ont commencé à changer le visage de la Tunisie vont se convaincre que leur mission est restée inachevée. La veille citoyenne qu’ils se sont assignée et que les nouvelles autorités ressentent comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes ne s’estomperait pas de sitôt. A cause d’eux au moins, le jugement des Ben Ali et consorts est de l’ordre des priorités du nouveau gouvernement. Plus politiques, ces priorités, que judiciaires.

Deuxièmement, la refonte de l’administration tunisienne n’ayant pas eu lieu en profondeur, de nombreux larbins de la famille Ben Ali continuent de travailler au sein des services publics et même à de hauts niveaux de responsabilité. Il est donc possible que ces derniers parviennent ou tout au moins essaient de dissimuler d’éventuelles preuves les mettant directement en cause dans la gouvernance corrompue des années antérieures. De quoi entraver la manifestation de la vérité dans sa forme la plus véridique.

Dès lors, il est évident que chacune de ces circonstances est de nature à empêcher la conduite de procédures judiciaires crédibles et transparentes. Il ne faudrait pas précipiter le procès Ben Ali pour de mauvaises raisons qui tiennent plus de la politique que de la justice. Il est tout aussi important de prendre toutes les dispositions pour que la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité soit dite en son temps. Je continue donc de me demander si le moment est bien choisi et les conditions réunies.  Question à laquelle seules les premières audiences répondront.

Il est vrai que la Tunisie n’aura accompli sa mutation révolutionnaire qu’une fois ses fossoyeurs, dont les plus illustres Zine el-Abiine Ben Ali et Leïla trabelsi auront été jugés et condamnés. Leur absence au procès arrange sans doute à bien des égards certains de leurs anciens pontes qui ont fini par se retourner contre eux au crépuscule du régime. C’est en cela qu’il est attendu des 93 procès prévus que justice puisse être rendue. Béji Caïd Essebsi a promis.