La Nouvelle Tribune

Retournement de la Chine et de la Russie contre Kadhafi : un air de fin de règne à Tripoli

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Compte à rebours à Tripoli. Le régime de Mouammar  Kadhafi semble bien avoir entamé le chemin du retour. Long chemin du retour envisagé depuis déjà quelques mois. Long chemin du retour semé de mort et de terreur. Long chemin de retour sur lequel le Guide perd de plus en plus de plumes et d’alliés. Derniers en date, la Russie, au sommet de Deauville et la Chine qui vient d’envoyer un émissaire à Benghazi sans passer par Tripoli. Un signe prémonitoire de plus de la fin plus que probable désormais du régime de Tripoli. La Chine et la Russie ne sont pas des enfants de cœur en matière de politique internationale. La stratégie des deux membres permanents les plus rétifs du Conseil de sécurité des Nations unies en matière d’intervention dans les affaires intérieures des Etats n’a jamais été en réalité qu’un rideau de fumée. Un rideau de fumée savamment entretenu par une diplomatie duale. Le premier pan tendant à la proclamation de l’opposition à l’ingérence et l’autre cultivant, au mieux des intérêts de chacun des deux Etats, des relations importantes avec des chefs d’Etats devenus des parias de la communauté internationale. En d’autres mots, le soutien apporté à des Etats comme la Syrie, la Côte d’Ivoire, le Yémen, sous le couvert de la non-ingérence et de la souveraine égalité des Etats, est tout-à-fait factice. Elle n’a d’autre buts que de créer et d’entretenir des espaces d’emprise dans des régions du monde dont la Chine et la Russie n’ignorent pas l’importance stratégique et l’utilité d’y avoir une place aux côtés des tout puissants Etats-Unis, France, Grande Bretagne… auxquels les instruments d’influence hérités de l’histoire comme la langue, la culture, la puissance économique donnent une longueur d’avance.

Il est donc aisé de comprendre que le soutien qu’apportaient, il y a quelques jours encore les dirigeants chinois et russes à Mouammar Kadhafi et à son clan était loin d’être désintéressé. Le régime libyen, comme rançon à son retour au sein de la communauté des Etats en 2007-2008 avait largement ouvert les vannes de son économie aux entreprises américaines du secteur pétrolier. Et aux autres. Vu l’appétit vorace de la Chine en matière d’énergie de même que la stratégie russe d’usage de l’arme énergétique, la certitude peut être faite de ce que ces deux Etats n’entendent plus se laisser compter les barils de pétrole à extraire du sol d’une Libye sans doute bientôt débarrassée du Guide. C’est probablement dans cette perspective que le président russe Dmitry Medvedev a ouvertement, au sommet du G8 de Deauville, invité le colonel Kadhafi à quitter le pouvoir et que la diplomatie chinoise a cru bon devoir prendre langue avec les insurgés de Benghazi. Repositionnement tactique dans une crise militaro-politique dans laquelle les deux Etats ont tour à tour tenu le rôle d’alliés passifs de Tripoli, d’alliés vindicatifs et maintenant d’adversaires.

Mais plus qu’une impérieuse nécessité de repositionnement sur la crise libyenne, l’attitude de la Chine et de la Russie donne un signal. Le signal d’un glas qui tinte de plus en plus fort. Le signal d’un decrescendo inexorable. Le signal d’une fin inéluctable. En renonçant à soutenir le Guide Libyen, les dirigeants chinois et russes, si cette volte-face se confirme définitivement, s’en ouvrent sur leur scepticisme sur les capacités de résistance qui restent au régime de Tripoli. Surtout par les temps présents où la capitale libyenne est sous le feu de plus en plus nourri des avions de l’OTAN et où, avec l’entrée en scène des hélicoptères de combat, la guerre se rapproche un peu plus du sol. Les perspectives pour Mouammar Kadhafi sont donc pour le moins sombres et ses chances de conserver le pouvoir réduites.

Il faudra néanmoins sans doute encore du temps, des larmes et du sang avant que « l’aube de l’Odyssée » ne signe le crépuscule du dictateur. Le Guide libyen l’a encore annoncé récemment, il est prêt à mourir « en martyr ». Mourir pour un pouvoir qu’il a tant aimé. Mourir pour des privilèges qu’il a tant chéris. Mourir pour un honneur qu’il a déjà perdu.