La Nouvelle Tribune

Tchernobyl : 25 ans déjà… Et après ?

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Le monde se tue. Non. L’humanité se détruit. De ses propres mains. Et les erreurs des uns ne servent presque jamais d’exemple aux autres. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl a déjà 25 ans. Et dans son sillage, ces dernières semaines, par la faute d’une nature déchaînée, d’une administration publique autiste et d’une agence arrogamment sûre d’elle, le monde est passé tout près d’une nouvelle catastrophe. Elle eut pu être plus grave que celle de Tchernobyl. Plus meurtrière. Plus destructrice. Et plus déshumanisante. C’est que Tchernobyl n’a pas appris grand-chose au monde. Ces derniers jours encore, les enjeux du nucléaire et ses risques ne sont pas évalués à leur juste mesure. Propre. L’énergie nucléaire est considérée comme une énergie propre. Elle ne pollue pas. Elle ne nécessite pas de déforestation massive. Elle est tout simplement l’énergie du passé, du présent et du futur. Allez dire cela aux dizaines de milliers de riverains de la centrale nucléaire de Tchernobyl et aux centaines de milliers de familles de « liquidateurs ». Ces kamikazes au sens noble du terme. Qui, aux lendemains de l’explosion nucléaire ont été convoyés sur le site pour travailler à restaurer une partie de son étanchéité. Ils sont évalués à 600.000 personnes. Pour un travail qui aura duré plusieurs mois. Les plus jeunes avaient à peine une vingtaine d’années. Une génération sacrifiée. Immolée sur l’autel du mensonge d’Etat. L’union soviétique n’a pas cru bon devoir leur exposer les risques auxquels ils étaient exposés. Aujourd’hui, moins de cent mille parmi eux sont encore vivants. Avec des séquelles irréversibles, des maladies ignominieuses, une vie qui n’en est pas une. Et une descendance compromise.

Les ouvriers qui travaillent sur le site japonais de Fukushima sont peut-être promis au même sort. La radioactivité est un poison qui tue d’autant moins lentement que son taux est élevé. Et à Fukushima, il est bel et bien élevé. Très élevé.

Aujourd’hui, des centaines de centrales nucléaires essaiment à travers le monde. Toutes plus potentiellement dangereuses les unes que les autres. Sans que l’on sache si les gouvernements des Etats concernés par leur implantation sont conscients et capables d’adopter préventivement les mesures d’endiguement des risques dus à une catastrophe éventuelle. La Chine, dans son appétit vorace de développement à tous prix, d’ordinaire si peu soucieuse de la qualité de ses installations, notamment de ses mines, les plus meurtrières au monde, est en pole position dans le développement de l’énergie nucléaire. Les Philippines, cet anniversaire lugubre a été l’occasion de le révéler, abritent une centrale nucléaire installée dans une région à fort péril sismique, sans que l’Etat ne dispose visiblement des moyens de faire face en cas de sinistre. L’Inde, la Corée du Nord, le Pakistan et d’autres sont dans des situations similaires.

Alors, se pose à mon sens une question. Le besoin de disposer d’une énergie « propre » et abondante, besoin plus que criard en Afrique et plus généralement dans les pays du Sud, passe-t-il le besoin de sécurité et de quiétude dû aux ressortissants des Etats concernés ? A-t-on jamais convenablement réfléchi à la nécessité de posséder le nucléaire ? Ou alors, comme dans certaines contrées du Sud que je soupçonne de mauvaise foi, l’autre corollaire de l’énergie nucléaire, la capacité militaire y consécutive, emporte-t-elle les passions et annihile la raison ?

En tout état de cause, quand on a fini de revisiter l’histoire de Tchernobyl, d’Hiroshima, de Nagasaki, de Fukushima…, on a de quoi réfléchir. Le paysage est dantesque. L’argument écologique ne tient pas. Les risques du nucléaire, surtout quand il tourne au désastre sont trop nombreux. Et exposent surtout ceux qui n’y gagnent en fait que peu de chose. Le rapport cout-avantages est négativement déséquilibré. Et l’Afrique possède d’ailleurs d’autres moyens de s’échauffer ou de produire son électricité.

Le soleil brille pour tout le monde.