La Nouvelle Tribune

Affrontements Soro-IB : les prémices d’une crise dans la sortie de crise

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Je suis prophète ! De mauvais augure, en l’espèce. Porteur de prémonitions peu rassurantes. Des appréhensions qui ne se sont pas démenties avec le temps. A l’observation desquelles la situation en Côte d’Ivoire est loin, bien loin d’avoir connu son épilogue. Aux lendemains de la capture de Laurent Gbagbo par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire, puissamment aidées, faut-il le rappeler, par les forces françaises de l’opération Licorne, j’avais identifié certains des vers qui infestent le fruit si laborieusement cueilli enfin par Alassane Dramane Ouattara.

Au nombre de ceux-ci, Ibrahim Coulibaly, alias IB. A l’observation des derniers affrontements à Abobo ayant opposé ses hommes aux FRCI, il va sans dire que j’avais raison.

 

Ibrahim Coulibaly. Rebelle de condition. Rebelle de nature. Rebelle de profession. Rebelle tout court. Le sergent-chef IB, puisque c’est le grade auquel il en était encore quand il a disparu dans la nature, est véritablement un esprit rétif. Organisateur en chef du « coup d’Etat du père Noël » ayant en décembre 1999 conduit le Général Robert Guéi au pouvoir, Ibrahim Coulibaly est resté omniprésent dans tous les coups fourrés subis par la Côte d’Ivoire depuis cette époque. Ennemi déclaré de Laurent Gbagbo en qui il a vu un usurpateur du combat mené entre 1999 et 2000 pour le bannissement de la notion d’ivoirité, IB n’en est pas pour autant un ami de Guillaume Soro, leader de la première heure de la rébellion des Forces nouvelles qui, en septembre 2002, va tenter de prendre le pouvoir des mains du Président Gbagbo. Entre les deux hommes, sans doute une guerre de leadership. Le sergent-chef, aguerri aux dures réalités militaires et meneur d’homme par lui-même, ne voyait certainement pas d’un bon œil la montée en puissance de ce civil dont le seul haut fait d’armes aura été d’avoir dirigé la truculente Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire. A chacun selon son métier et les vaches seront bien gardées.

La rivalité Soro-IB ne s’est pas arrêtée à quelques diatribes et règlements de compte verbaux. Du sang a coulé. Beaucoup. Dans cette lutte à mort, c’est le plus stratège des deux qui a fini par prendre le dessus. Des purges sanglantes font place nette aux fidèles de Guillaume Soro dans la zone sous contrôle rebelle en 2004, obligeant les proches d’IB à se rallier ou à fuir vers le Burkina Faso. Cela n’empêchera pas en 2007 l’attentat à la roquette contre l’avion de Guillaume Soro alors en visite dans son fief de Bouaké, occasionnant de nouvelles purges. Puis, IB a disparu des pages des journaux. Sans plus donner de nouvelles. Jusqu’à cette crise militaro-politique post-électorale ou sa réapparition à la tête du fameux commando invisible d’Abobo, fort selon lui de 5.000 hommes, a laissé tout le monde perplexe.

Il était attendu, à mon sens, qu’un nouvel affrontement IB-Soro ait lieu. Tôt ou tard. Guillaume Soro, premier Ministre, incontestable chef rebelle et chef de guerre, allié de première heure du Président Alassane Dramane Ouattara, avait forcément son mot à dire sur le sort à faire à Ibrahim Coulibaly et à ses hommes. Premièrement, comment récompenser la résistance héroïque de cette fameuse milice contre les chars et les armes lourdes du camp Gbagbo durant plusieurs semaines ? Ensuite, que faire du grade tout de même fantaisiste de Général que l’ex-sergent-chef s’est octroyé en réapparaissant ? Et enfin, quel rôle assigner à l’homme au sein de la nouvelle armée ivoirienne devant entrer en chantier ? Manifestement, pour Guillaume Soro, à en juger par l’attaque des positions tenues par les hommes d’IB à Abidjan, nenni ! Rien à cirer de l’éternel mutin qui, comme un serpent réchauffé en son sein, peut se retourner sous peu contre son bienfaiteur. D’autant mieux que de supposées ambitions présidentielles d’Ibrahim Coulibaly ont été mises à jour par une certaine presse. L’assaut, mené au lendemain d’une conférence de presse dans laquelle le « Général » IB appelle à la réconciliation et à la reconnaissance de son rôle est tout aussi parlant.

Seul peut mettre fin à ce bras de fer le Président Ouattara. Conscient de sa dette envers les deux frères ennemis. Et en tenant bien compte de ce que l’autorité de l’Etat se doit d’être restaurée sur toute l’étendue de la Côte d’Ivoire. Sous le contrôle d’une armée unique. Et d’un président fort, chef suprême des armées. Pour y parvenir, Alassane Dramane Ouattara devra peut-être sacrifier l’un des deux adversaires. Son silence sur le sujet ces dernières heures indique déjà peut-être lequel.