La Nouvelle Tribune

Arrestation de Laurent Gbagbo: la rançon de l’entêtement

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Il rêvait d’une monarchie à la Mobutu et tenait à son pouvoir comme à la prunelle de ses yeux. Hier, son rêve s’est achevé dans l’ignominie. Le « Laurent Gbagbo » que montraient hier les chaînes satellitaires n’a rien du président téméraire et humoristique qu’on voyait naguère. Juste un vil bonhomme, le regard hagard, l’air dépité, à peine vêtu d’une chemise débrayée et malmené par des sentinelles. En quelques heures, Gbagbo est passé de la gloire à la déchéance à cause de son seul entêtement.

Chute prématurée pour un homme qui rêvait aller loin. Hier, les Forces Républicaines de la Côte d’Ivoire ont mis fin au règne autocratique de Laurent Gbagbo, celui de rester au pouvoir en dépit de tout et contre le gré de son peuple. Terré dans son bunker de Cocody, protégé par un arsenal d’armes lourdes,  le président Gbagbo qui croyait jusque là avoir bien joué le jeu a été simplement arrêté sans une riposte majeure de sa garde rapprochée et des mercenaires qui lui font encore allégeance. Ses armes lourdes chèrement acquises avec les ressources de l’Etat ivoirien ne lui ont pas été très bénéfiques. Les hommes pour les manier n’existaient plus. Et c’est ainsi que la chute a été banale. Ce qu’on croyait être un baobab n’était un arbuste de savane. Il est tombé sans grand bruit, plus vite que ce qu’on croyait. Laurent Gbagbo qui affirmait urbi et orbi sa volonté de mourir au pouvoir n’a pu concrétiser. Mais avant d’arriver là, Gbagbo aura résisté de toute sa force des mois durant. Tout est parti de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 aux termes duquel la Cena annonce la victoire de son adversaire Alassane Ouattara. Vingt quatre heures après, coup de tonnerre à Abidjan. Le président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’dré- reconnu comme membre influent du Fpi- qui devait proclamer les résultats définitifs annule les voix de plusieurs milliers de votants dans les fiefs de Ouattara et proclame Gbagbo président. L’Onu qui a englouti assez d’argent dans ce processus d’établissement de la liste électorale, conteste les résultats et montre qu’en fonction des résultats, c’est Ouattara qui est élu. Ainsi s’ouvre une longue période de réclamation de légitimité. Alors que l’Onu et toute la communauté internationale disent que c’est Ouattara qui a gagné les élections, Gbagbo rejette cette décision et se fait investir président, comme Ouattara aussi qui a cette fois-ci le soutien de Guillaume Soro. C’est le ballet diplomatique  à Abidjan où Laurent Gbagbo reçoit plusieurs délégations qui lui demandent de céder le pouvoir à Ouattara élu par le peuple et soutenu par la communauté internationale. Plusieurs portes de sortie lui sont proposées, des plus honorables aux plus indignes. Il avait la possibilité  des asiles dorés pour se la couler douce avec sa fortune et sa famille, de bénéficier de postes juteux au plan international ou parfois même d’être nommé premier ministre avec de larges parcelles de pouvoir dans l’appareil d’Etat. Une à une, Gbagbo a refusé les propositions, clamant à tous ses interlocuteurs qu’il est le président élu de la Côte d’Ivoire. Une à une, il s’est fermé les portes de sortie jusqu’au point de se retrouver avec une seule : la guerre. Sur dix ans de pouvoir, il l’a pratiqué pendant au moins sept ans et en sait quelque chose. Offusquée par la témérité et surtout l’arrogance de cet homme, la communauté internationale choisit l’option militaire pour le déloger du pouvoir. La Cédéao, l’Onu et surtout la France- contre laquelle il a de vrais griefs- vont prendre des décisions dans ce sens. Gbagbo joue à la diversion, ralentit les pourparlers, s’arme, recrute de mercenaires angolais, libériens et se prépare pour la guerre. Il fait usage de la force sur la population, l’Onuci et même l’hôtel du Golf, Qg du président élu Ouattara. Un monstre s’installe à Abidjan. Il fait régner la terreur. Mais le plus fort n’est pas toujours assez fort. Hier, vers 15 heures, aux termes d’un dernier assaut, Gbagbo abdique. Il est pris comme un vulgaire prisonnier avec sa femme Simone. C’est la fin d’une longue histoire. C’est aussi l’aboutissement d’un entêtement aveugle et d’une obsession de pouvoir pour ce Bété fougueux et pyromane.  Avis aux autres « Gbagbo » de l’Afrique. L’histoire contemporaine semble bien s’accommoder des répétitions.