La Nouvelle Tribune

Côte d’Ivoire : la guerre!

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La Cote d’Ivoire est en guerre. Plus rien ne permet d’en douter, le pays aux éléphants a de nouveau plongé dans la conflagration militaire. Affrontements sanglants, échauffourées, pilonnages systématiques. D’Ouest en Est du pays, en passant par Abobo en plein cœur d’Abidjan, la sinistre veillée d’âmes est achevée. Et laisse place à un macabre décompte des victimes de combats. Dans les deux camps. Sans que l’on ne sache vraiment pourquoi la Côte d‘Ivoire n’a pas pu s’épargner ou être épargnée de cette nouvelle catastrophe. Pour que la Côte d’Ivoire fût épargnée de la guerre civile dans laquelle ses propres fils viennent de la replonger, il eût fallu qu’un certain nombre de conditions fussent réunies. Au premier rang de celles-ci, la plus importante de toutes, c’était la reconnaissance de sa défaite par le perdant du scrutin présidentiel de novembre 2010. Il n’est un secret pour personne que l’enjeu de la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis la fin des années 1990 est une lutte acharnée de pouvoir entre Ivoiriens dont certains se considèrent plus légitimes que d’autres pour la gestion des affaires publiques. Un seul homme aurait pu éviter que les choses ne dégénèrent, c’est celui des deux candidats qui avait été battu au terme du scrutin que la communauté internationale a investi autant de moyens à organiser. Ce dernier, qu’il fût alors Alassane Dramane Ouattara ou Laurent Koudou Gbagbo aurait écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de son pays. Mais perdre une élection présidentielle, quelles qu’aient été les circonstances, et consentir sur l’autel de la paix à sacrifier son ego et reconnaître sa défaite est peut-être une attitude trop élégante pour qu’on ait pu l’attendre des deux protagonistes de la crise postélectorale ivoirienne. Le guinéen Célou Dalein Diallo n’a pas fait des émules.

Eviter la guerre à la Côte d‘Ivoire était effectivement l’affaire des Ivoiriens, mais pas seulement. Le dicton africain ne dit-il pas que quand brûle la case du voisin, il faut se dépêcher de lui apporter assistance pour ne pas avoir à devoir tout seul éteindre le feu chez soi ?! Le cas ivoirien ne s’est pas dérobé à l’adage. Peut-être même s’y est-il trop prêté. De tous les coins d’Afrique sont venues des solutions pour sauver la Côte d’Ivoire du pire. Et même d’ailleurs, hors d’Afrique. Le monde n’est plus qu’un village planétaire… Pourtant les solutions n’ont pas suffi. Elles ont péché par leur diversité et leurs dissonances. Celles de la CEDEAO, celles de l’Union européenne, celles de l’Union africaine, celles des Nations Unie et celles des Etats à titre individuel. Elles ont conforté Alassane Dramane Ouattara et Laurent Gbagbo dans leurs postures respectives. Même si au décompte final, c’est le Président Ouattara qui, pour l’avoir emporté dans les urnes, récolte le plus de soutien au plan international.

Et c’est peut-être tout naturel de voir que c’est en son nom qu’a été lancée l’offensive généralisée de ces derniers jours. Sauf que dans la légitime aspiration à jouir de ses prérogatives de Chef d’Etat élu, Alassane Dramane Ouattara a un devoir de retenue et de responsabilité vis-à-vis du peuple qu’il s’en va bientôt diriger. Je l’ai déjà laissé entendre, il n’est pas dans les intérêts d’ADO d’arriver au palais présidentiel d’Abidjan Cocody dans les fourgons d’une armée, qu’elle soit d’intervention internationale ou issue des rangs de l’ex-rébellion des Forces nouvelles. La légitimité qu’il sied au Président élu des Ivoiriens d’asseoir a plus à gagner d’un patient et lent essoufflement économique, notamment, du régime du Président Gbagbo, que d’un renversement de celui-ci par la force. Il ne faut pas qu’Alassane Ouattara pense que la capacité de nuisance de son adversaire s’évanouira avec le départ de celui-ci du pouvoir, surtout si ce départ se fait par la force brute. Le syndrome de l’ivoirité, socle de tous les maux de la république depuis la mort du patriarche Félix Houphouët-Boigny, est loin de pouvoir être balayé de quelques coups de kalachnikov. A moins pour ADO de vouloir instaurer un régime paranoïaque et constamment à l’affut du complot ennemi.

L’offensive des forces favorables à Alassane Dramane Ouattara pose tout de même quelques questions sur l’existence des lignes de front en principe cristallisées depuis 2003 par la présence des forces d’interposition de l’opération française Licorne et celles de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Comment expliquer les percées des forces rebelles dans ces circonstances ? Faut-il soupçonner une complicité ou même un soutien tel que le dénoncent les partisans de Laurent Gbagbo ? Faudra encore enquêter pour être fixés sur la question. Pour l’instant, ce sont des ivoiriens qui payent de leur vie, de leur quiétude et de leur gîte l’obstination d’un homme qui, battu à la régulière, poussé dans ses derniers retranchements, isolé de toutes parts, continue de s’accrocher au pouvoir.

La guerre resurgit en terre ivoirienne et des milliers de jeunes de tous les camps se disent prêts au martyr. Quand je disais moi, que la résolution de la crise se ferait entre ivoiriens, ce n’est pas ainsi, dans le sang et les larmes, que je l’entrevoyais.