La Nouvelle Tribune

Législatives centrafricaines et béninoises: le syndrome du boycott

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2011, année zéro ! Zéro pour la démocratie. Zéro pour la souveraineté du peuple. Zéro pour l’indépendance du juge constitutionnel. Zéro ! Ce n’est pas moi qui ai un avis aussi tranché. Je le tiens des principaux partis d’opposition en lice pour les élections présidentielles en Centrafrique en janvier dernier et des leaders de l’Union fait la Nation et de leurs alliés candidats à la présidentielle de mars 2011 au Bénin. Dans les deux cas, ce fut une bérézina. La victoire du Président sortant dès le premier tour. Dans des circonstances plus ou moins troubles, c’est bien le cas de le dire. Et à quelques semaines d’encablures, l’organisation du second tour des législatives d’un côté (Centrafrique) et de leur unique tour de l’autre (Bénin). Va donc savoir si les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et quels peuvent être les contrecoups de ces effets.

La Centrafrique a organisé ce dimanche 27 mars 2011 le second tour de ses élections législatives dans une ambiance pour le moins délétère. En raison de la remise en cause des résultats du vote du 1er tour couplé avec la présidentielle de janvier, l’opposition a jugé bon de boycotter purement et simplement le scrutin. Les principaux partis politiques ont donc appelé leurs électeurs à ne pas se rendre aux urnes. Dans l’optique de dénier au futur parlement autant qu’au président Bozizé toute légitimité populaire. La Centrafrique renoue ainsi avec une situation politique  à gros potentiel nocif à en juger par son histoire récente. Quand on sait que des régions entières du pays ne sont pas encore pacifiées depuis la prise du pouvoir du Général Bozizé en 2003. Quand on connait tout autant la propension de certains hommes politiques à recourir à la violence armée.  Et quand on ajoute la quantité d’armes qui, depuis la fin théorique de la guerre civile, continue de circuler dans le pays, il y a de quoi nourrir des inquiétudes. D’autant plus que le Président François Bozizé et ses partisans ne semblent pas jusque-là se projeter dans une perspective de réconciliation nationale par un discours apaisé et un partage éventuel du pouvoir.

Au Bénin dont la situation présente bien de similitudes, la question du boycott des législatives ne se pose pas. Du moins, pas encore. Pas en termes clairs. On attend sans trop se faire d’illusions, le verdict final de la Cour constitutionnelle. Elle qui doit se prononcer sur les recours introduits autant par le président sortant Boni Yayi qui estime avoir gagné avec un meilleur score la présidentielle, mais aussi bien entendu par les principaux candidats de l’opposition qui crient à la mascarade électorale et exigent l’annulation du vote. En tout état de cause, dès le verdict donné, il sera question pour l’opposition de prendre une décision. Retourner aux urnes dans quelques jours, avec le même fichier électoral tant décrié, selon la structure organisationnelle mise en place par la même Commission électorale nationale autonome (CENA) et sous la supervision de la Cour constitutionnelle accusée de partialité. Si ces circonstances ne venaient pas à changer pour une raison ou une autre, le bon sens recommanderait peut-être un boycott pur et simple du scrutin. Mais la problématique du boycott des élections législatives au Bénin en est une qui appelle différentes réflexions sur les perspectives qu’elle peut ouvrir. Au plan sociopolitique individuel, partisan et national.

Boycotter les élections législatives est une perspective difficilement envisageable pour un certain nombre de députés présents au Parlement sous l’étiquette de l’opposition. En effet, véritables « députés de carrière », certains parlementaires béninois ne se voient sans doute pas exister en dehors de  cette lucrative fonction. Surtout pas par ces temps-ci où le régime de Boni Yayi a fait en sorte de couper autant que possible les vivres à ceux de ses opposants qui exercent des activités à titre privé. En sus, c’est l’existence même et la consolidation des partis politiques d’opposition qui se trouvent menacées par la perspective du boycott. On connaît le lien entre l’élu du peuple et ses électeurs. Lien de dépendance, lien de « droit à l’assistance » qui fait du député l’obligé de ceux qui l’ont élu. Et aboutit à l’enracinement du parti dans le fief présumé de l’élu. Enfin, boycotter les législatives prochaines reviendrait pour l’opposition à ouvrir la voie à toutes sortes d’abus et de dérives de la part du gouvernement, dont le paroxystique serait la révision de la constitution à visée opportuniste. Des intentions allant dans ce sens n’ont pas été annoncées, mais une fois carte-blanche donnée, il sera extrêmement difficile de faire machine arrière. L’échec du projet de révision constitutionnelle en 2005-2006  doit quelque chose à la composition du parlement béninois à cette époque-là et à l’équilibre des forces qui y avait droit de cité.

L’opposition béninoise est face deux alternatives difficiles. Participer aux législatives et avaliser de fait la présidentielle du 13 mars et ses résultats, tout en prenant le risque d’une nouvelle défaite, ou se refuser à y prendre part et livrer plus sûrement le pays à une menace de dérive. C’est bien là ce qu’on appelle un dilemme cornélien.