La Nouvelle Tribune

Les Africains s’exilent, les Européens se barricadent

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Le monde compte de plus en plus de migrants. Dans son dernier rapport*, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) note que, ces dix dernières années, leur nombre est passé de 150 à 240 millions et pourrait atteindre… 405 millions en 2050. Dans une étude publiée fin 2010**, l’Institut national d’études démographiques (INED) observe de son côté que les migrants se répartissent essentiellement en trois groupes d’importance numérique à peu près égale : les migrants nés au Sud et vivant au Nord (33 %), les migrants Sud-Sud (32 %) et les migrants Nord-Nord (28 %). Principal pays d’accueil, les États-Unis avec 43 millions de personnes nées à l’étranger, loin devant la Russie et l’Allemagne (12 et 11 millions environ). Principaux pays d’origine : le Mexique (10 millions d’émigrés), l’Inde (9 millions) et le Bangladesh (6,6 millions). En Afrique, les principaux pays d’origine sont l’Algérie, le Burkina, le Mali, le Maroc et le Nigeria et les principaux pays de destination l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, qui comptaient en 2009 chacun près d’un million de non-nationaux sur leur territoire.

Au total, selon l’OIM, le continent noir compte aujourd’hui plus de 20 millions de migrants, soit 1,5 million de plus qu’en 2005. L’Organisation explique ainsi cette relative progression : «Les conflits, les écarts de revenu et les changements environnementaux nuisent grandement à la sécurité des personnes, poussant les Africains à quitter leur pays d’origine.» Près de 40 % de l’ensemble des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays à travers le monde se trouvent en Afrique de l’Est et en Afrique centrale… Et environ la moitié de tous les migrants d’origine africaine se rend ou réside dans un autre pays subsaharien.

L’imprenable forteresse Europe

Les pays riches sont effet de plus en plus inaccessibles. Dans une étude parue en 2010***, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) observe que l’immigration légale à caractère permanent de ressortissants étrangers a chuté de 6 % en 2008, première baisse après cinq années d’augmentation : «Le repli des flux migratoires s’est poursuivi en 2009 dans la plupart des pays de l’OCDE, suite à la crise économique.»

Plusieurs de ces pays imposent des critères plus restrictifs aux politiques de regroupement familial et examinent désormais à la loupe les canaux de migrations de travail. Certains d’entre eux ont réduit les «plafonds numériques», mis en place des aides au retour et ne renouvellent plus les permis temporaires des étrangers sans travail. «Les immigrés nés en Afrique semblent appartenir au groupe le plus vulnérable sur le marché de l’emploi pour la présente récession. En ce qui les concerne, le taux de chômage se situe à 12 % aux États-Unis et atteint 45 % en Espagne», note l’OCDE.

Dans la quasi-impossibilité de venir ou de rester légalement, certains migrants cherchent à venir clandestinement. Selon des estimations du PNUD de 2009, un tiers environ de tous ceux en provenance des pays en développement s’établiraient à l’étranger sans y être autorisés. Le nombre de clandestins arrêtés aux frontières de l’Union européenne aurait cependant baissé de 16 % en 2009. Des résultats dus notamment au durcissement de la législation contre les sans-papiers en Europe. Des accords ont par ailleurs été passés entre l’UE et des pays de transit comme la Libye ou la Turquie pour démanteler les filières en amont. Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, en particulier maritimes, a enfin aujourd’hui plus de moyens.

Dernière mauvaise nouvelle en date pour les Africains, nombreux à chercher à atteindre clandestinement l’Europe par la Grèce via la Turquie, Athènes a annoncé, début 2011, son intention de clôturer un tronçon de 12,5 km de sa frontière avec la Turquie pour bloquer l’immigration irrégulière. Un mur de plus érigé devant l’imprenable forteresse Europe...