La Nouvelle Tribune

La solution africaine pour la Côte d’Ivoire: ces gens-là se foutent des Ivoiriens !

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Cent jours pour rien. Cent jours, c’est à peu près le délai qui s’est écoulé depuis que le scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire a donné son verdict. Cent jours presque que Laurent Koudou Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara se défient et se toisent. Cent jours que le fauteuil présidentiel reste coincé entre quatre fesses, une paire de trop, et que rien ne semble pouvoir dégager l’importun. Qu’il me soit permis d’ôter un doute, l’importun est connu. Il a perdu la présidentielle et refuse de l’admettre.

Il a trouvé des partisans pour proclamer sa victoire et une armée pour défendre sa cause. Laurent Gbagbo. Pour démêler l’écheveau et éviter à la Côte d’Ivoire un bain de sang qui n’arrangerait aucune des parties, l’Union africaine a offert ses services et proposé sa « solution africaine à une crise africaine ». A l’heure de la vulgarisation de cette innovante proposition, je suis resté sur ma faim et je suis persuadé que vous aussi.

 

Jean Ping, ci-devant Président de la Commission de l’Union africaine l’a défendu de sa meilleure rhétorique. Face aux sceptiques qui, comme moi, ont cru voir en cette intervention de l’Union africaine, un nouveau subterfuge du « syndicat africain des chefs d’Etat » pour voler au secours d’un des leurs menacé de déménagement forcé par ses pairs de la CEDEAO. L’Union africaine a demandé un mois pour permettre à ses experts et à son panel de travailler et de faire leurs propositions en toute sérénité. Des propositions qui devraient être « contraignantes » et intégrer la reconnaissance irréfragable de la victoire d’Alassane Ouattara en tout état de cause. Reste à savoir à quoi le travail des experts devait servir dans ces circonstances. Si ce n’est de distraire une opinion publique internationale curieuse de voir comment les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union africaine règlent un problème aussi délicat que celui de la Côte d’Ivoire.

Aussi longue que soit la diversion, elle finit bien toujours par prendre fin. Et cette fois, comme les autres, le délai imparti a échu. Le panel de l’Union africaine a donné son verdict. Il proposerait entre un gouvernement d’union nationale et un pouvoir de transition consensuel jusqu’à l’organisation de nouvelles élections. Alors je dis moi, que ces gens-là se foutent des Ivoiriens ! Ou alors nous ne sommes pas sur le même continent, ni sur la même planète. Auquel cas, il faudrait leur rafraîchir la mémoire. La Côte d’Ivoire de 2003, à la suite des accords de Marcoussis à 2010 a vécu sous la férule de gouvernements d’union tous aussi larges les uns que les autres. Même que Laurent Gbagbo a systématiquement consenti à y être minoritaire, pour peu que lui soient garantis la mainmise sur les fonctions régaliennes et la pérennisation de son pouvoir. Par ailleurs, le Panel ne l’a peut-être pas remarqué, mais c’est bien d’une élection présidentielle que sort la Côte d’Ivoire. A quoi rimerait l’organisation d’un nouveau scrutin ? Faudrait-il en organiser jusqu’à ce que Gbagbo gagne indubitablement et puisse légitimer son accaparement du pouvoir ? Combien en faudra-t-il alors organiser jusqu’à en arriver là. Et sous quelles conditions ?

La Côte d’Ivoire pensait sortir de sa longue crise en organisant la présidentielle d’octobre-novembre 2010. Les cinq années de pouvoir concédées à Laurent Gbagbo ont servi à tenter de réunir les conditions d’un scrutin acceptable par tous. Des partenaires extérieurs ont été appelés à collaborer à son organisation et à sa supervision. Par conséquent, les propositions de l’UA ne font que remettre en cause la reconnaissance précédemment assurée de la victoire d’Alassane Dramane Ouattara. On nage en plein délire. Et il est facile de comprendre pourquoi Blaise Compaoré n’a finalement pas fait le déplacement d’Abidjan, outre les évidentes raisons de sécurité.

Je ne suis que peu surpris tout de même. Il n’y a jamais eu de solution miracle à la crise ivoirienne. Soit l’UA, comme elle le fait, torpille la victoire d’Alassane Ouattara et engage le pays dans un nouveau processus électoral qui cette fois-ci sera interminable et semé d’embûches (les exigences seront des plus irréalistes : désarmement préalable des forces nouvelles, renouvellement du Conseil constitutionnel, retrait des forces « impartiales », changement de médiateur…), soit elle entérine une bonne fois pour toutes l’élection d’Ado et prend toutes les dispositions pour lui permettre d’accéder à ses fonctions. Mais de l’UA, j’avais sans doute raison de désespérer.

Reste que pour aucune raison, le sang ne devrait continuer de couler dans ce pays. Guillaume Soro doit arrêter d’envoyer les jeunes partisans du Président élu à l’affrontement avec les militaires loyalistes et à la mort. Et Laurent Gbagbo devrait retenir ses sbires va-t-en-guerre. Car, au-delà de tout, les propositions (« contraignantes ») de l’UA viennent encore de le prouver, la solution à la crise ivoirienne ne viendra pas de l’extérieur. Seules d’importantes concessions que les deux camps se refusent à faire vont permettre au pays de sortir de l’impasse. Et comme rien n’est gagné de ce point de vue, on restera encore là, en attendant... le pire.