La Nouvelle Tribune

La Côte d’Ivoire s’apprête à sortir de la zone Franc

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La crise ivoirienne a pris un tournant décisif avec l’annonce par le gouvernement Gbagbo de la réquisition des filiales ivoirienne de deux grandes banques françaises que sont la Société Générale et la Bnp Parisbas. L’ancien banquier et économiste Claude d’Almeida fait ici  la genèse de la stratégie d’étouffement  financier initiée par l’Uemoa, chronique de la création annoncée d’une nouvelle monnaie en Afrique de l’ouest. Une monnaie qui ne manquera pas d’avoir des conséquences sur l’ensemble de la zone franc

1. La Côte d’Ivoire est plongée dans une impasse politique depuis l’annonce en même temps des résultats pour le second tour de la présidentielle du 28 novembre dernier par la Commission électorale indépendante (CEI) et le Conseil constitutionnel. La première institution a déclaré le candidat de l’opposition Alassane Ouattara vainqueur du scrutin, tandis que le Conseil constitutionnel a donné la victoire au président sortant Laurent Gbagbo. La quasi-totalité de la communauté internationale reconnaît Alassane Ouattara comme le président légitime et accroît les sanctions diplomatiques et économiques contre le camp de Gbagbo pour qu’il quitte le pouvoir.

 

2. Le 24 décembre 2010, à la demande du président Alassane Dramane OUATTARA, le Conseil des ministres de l’UEMOA a pris la décision d’instruire le gouverneur de la BCEAO d’exclure la Côte d’Ivoire du président Laurent Koudou GBAGBO  des opérations financières faites via les institutions financières de l’UEMOA. Cette stratégie est connue sous l’appellation d’asphyxie financière du gouvernement ou du pouvoir de M. Laurent K. GBAGBO.

3. Le gouverneur de la BCEAO (Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest), depuis la décision des ministres des Finances du 24 décembre, a souhaité que la décision des ministres soit entérinée par les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’UEMOA. Pendant ce temps, il a laissé la BCEAO poursuivre ses opérations avec le pouvoir du président Gbagbo. Certaines sources avancent le montant de soixante milliards d’autorisation en faveur du gouvernement du président Gbagbo. D’autres estiment les sommes autorisées à environ 80,0 milliards de francs CFA.

4. Le samedi 22 janvier 2011 à Bamako, se tient la 15ème session du Sommet de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). A la fin de ce sommet, on apprend que le gouverneur de la BCEAO a remis sa démission aux chefs d’État réunis à Bamako. La conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine a pris note de la démission de M. Philippe-Henri Dacoury-Tabley.

5. Par lettre en date du 24 janvier 2011, le Ministre de l’Economie et des Finances nommé par le président Alassane Ouattara, M. Charles Koffi Diby demande à la BCEAO de suspendre la participation du Trésor public ivoirien aux échanges dans STAR-UEMOA et SICA-UEMOA. Cette demande est mise en exécution dès le 25 janvier 2011.

6. En janvier 2011, à Bamako, le gouverneur de la BCEAO, M. Philipe- Henri Dacoury-Tabley a été démissionné par les Chefs d’Etat, en liaison avec la manière dont il géré les opérations financières de l’Etat ivoirien avec la BCEAO. Le président Gbagbo a refusé d’accepter cette décision et dès le 26 janvier 2011, il a réquisitionné l’agence nationale de la BCEAO à Abidjan. Le gouvernement ivoirien a ensuite annoncé aux agents de la Commission Bancaire chargée du contrôle des banques des pays de l’UEMOA, de cesser toute action sur le territoire de Côte d’Ivoire.

7. Le mercredi 26 janvier 2011le gouverneur par intérim de la BCEAO a décidé de fermer toutes ses agences de la BCEAO sur le territoire de la Côte d’Ivoire. Il a prévenu que toute opération effectuée par un établissement de crédit avec les agences de l’institution en Côte d’Ivoire, qui sont provisoirement fermées, constitue une entrave aux règles régissant l’activité bancaire dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et est passible de sanctions. « La BCEAO rappelle aux établissements de crédit de l’UEMOA que ses agences sont fermées depuis le mercredi 26 janvier 2011 sur l’ensemble du territoire de la République de Côte d’Ivoire, jusqu’à nouvel ordre », a souligné le gouverneur par intérim de la BCEAO, faisant allusion à la mesure prise par l’institution financière suite à la réquisition par le gouvernement du président sortant ivoirien Laurent Gbagbo des agences nationales de la BCEAO, après que les chefs d’Etat de l’UEMOA ont décidé de ne reconnaître que la signature de Alassane Ouattara pour les transactions sur les comptes de la Côte d’Ivoire à la BCEAO. M. Compaoré a demandé par conséquent aux établissements de crédit de l’UEMOA, et en particulier ceux établis en Côte d’Ivoire, de s’abstenir ‘instamment’ de contribuer à la violation de la fermeture de ses agences en Côte d’Ivoire. ‘La BCEAO assurera par tous les moyens appropriés la continuité de ses services bancaires et de marchés offerts aux établissements de crédit établis en Côte d’Ivoire qui s’astreindront à un strict respect des mesures de fermeture de ses agences’, a-t-il poursuivi (Pana 13/02/2011).

8. La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a annoncé jeudi 3 février 2010, la fermeture jusqu’à nouvel ordre de ses bureaux à Abidjan, en liaison avec la prise de contrôle des lieux par les forces favorables au président Laurent Gbagbo. Dans un communiqué, la BCEAO estime que la prise de contrôle de ses installations en Côte d’Ivoire est une « violation flagrante des accords internationaux ».  Dès le mercredi 9 février, les bureaux de la Commission Bancaire de l’UMOA, chargée de la supervision des banques dans l’UEMOA ont été occupés par les forces de M. Gbagbo et le personnel mis en congé forcé le vendredi 11 février.

9. Dans la semaine du 7 au 13 février, les forces de l’ordre fidèles au gouvernement de M. Gbagbo ont réquisitionné les locaux de la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan (BRVM), qui a donc cessé de fonctionner selon un des responsables de la Bourse. Rappelons que la BRVM cote 39 valeurs dont 33 entreprises ivoiriennes et six sociétés des autres pays de l’UEMOA : Bénin (1), Burkina (2), Niger (1), Sénégal (1), Togo (1). Les valeurs des autres pays de l’UEMOA représentent près des deux tiers (65,3%) de la capitalisation totale de la BRVM. La seule valeur sénégalaise, la SONATEL, pèse environ 44,3% de la capitalisation totale de la BRVM. Le gouvernement ivoirien de M. Gbagbo avait tenté d’émettre des obligations sur le marché financier régional pour environ 140 milliards de francs CFA courant décembre 2010. Face aux difficultés du Trésor, la BCEAO avait garanti cette opération, permettant ainsi aux banques de la zone de ne pas enregistrer des défauts de paiement sur les échéances des emprunts précédents.

10. Au niveau des banques, les distributeurs de billets ne fonctionnent plus dans les grandes banques. On apprend que les Directeurs des grandes banques françaises avaient quitté le pays. Sur RFI, celui de la BICICI a expliqué, le 14 février, que les intimidations étaient telles qu’il devenait impossible de travailler sereinement. La BICICI et la CITIBANK ont décidé de fermer leurs guichets. Le 16 février, la clientèle des banques se précipite dans les guichets pour essayer de récupérer leurs avoirs. Les distributeurs automatiques de billets ont été asséchés. Les commerces commencent à tourner au ralenti.

11. En définitive, les actes posés par le gouvernement du président Gbagbo montrent clairement son intention de se soustraire à l’Union économique et monétaire Ouest Africaine qui a pris à son encontre des décisions asphyxiant son économie et empêchant le bon fonctionnement du système des paiements, clé de la vie économique de toute nation.

12. Que peut faire le gouvernement Gbagbo pour limiter les conséquences catastrophiques de la stratégie d’asphyxie mise en oeuvre par son challenger, M. Alassane D. Ouattara? Une solution de sortie s’offre à M. Gbagbo : la création d’une monnaie autonome ivoirienne. Bien sûr, il ne s’agit pas du canular de la monnaie ivoirienne de la résistance (MIR) qu’un dessinateur habile diffuse sur le net. Cette hypothèse avait été avancée début décembre 2010 sur RFI. Elle se précise encore plus aujourd’hui. Pour la mettre en oeuvre concrètement, le gouvernement de M. Gbagbo aura besoin du réseau de guichets et du personnel des deux grandes banques ivoiriennes que sont la SGBCI et la BICICI. Ces deux banques seront donc probablement réquisitionnées avant la mise en place de la future monnaie.

13. 17 février 2011 à 22 heures : la télévision France 24 confirme que le gouvernement ivoirien a décidé de réquisitionner les deux grandes banques ivoiriennes, filiales de BNP-Paribas et Société générale. Ces deux banques, ainsi que la Standard Bank et la CITIBANK, sont nationalisées le 18 février et le couvre-feu est décrété jusqu’à dimanche soir.

14. En nationalisant les deux plus grandes banques du pays (SGBCI et BICICI), le gouvernement Gbagbo contrôle plus de 55,6% de l’activité bancaire en Côte d’Ivoire, 57,0% des dépôts collectées par les banques et 54,4% des crédits octroyés. Le gouvernement contrôle en outre près de 60% du nombre de guichets bancaires et 60% du personnel des banques.

15. C’est le signal que le gouvernement ivoirien du président Gbagbo prépare la mise en circulation de sa nouvelle monnaie.

16. Les autres pays membres de l’UEMOA doivent maintenant réfléchir aux conséquences pour eux, du retrait de la Côte d’Ivoire, qui représente environ 39-40% du PIB de l’UEMOA.

Photo de Claude D'almeida