La Nouvelle Tribune

Affaire Florence Cassez : Mexico n’est pas N’djamena

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Une scabreuse affaire d’enlèvements. Des demandes de rançon. Un meurtre. Un amant sulfureux chef de gang. Une arrestation rocambolesque. Des procès qui aboutissent à des verdicts presque unanimes. Une jeune française qui croupit dans les geôles du Mexique. Et voilà le Président Nicolas Sarkozy qui nous ressort sa rengaine sur les français détenus à l’étranger. Et de promettre de ramener Florence Cassez en France par tous les moyens. Mais c’est oublier que le Mexique n’est pas le Tchad et que l’affaire Cassez n’est pas celle de l’Arche de Zoé.

Rappel des faits, acte 1 : Affaire Cassez

Florence Cassez est une jeune française ayant vécu au Mexique entre 2003 et son arrestation en décembre 2005 dans une affaire de kidnappings multiples et de demandes de rançons organisés par son petit-ami, Israël Vallarta. Lors de leur arrestation, tous deux étaient en possession d’armes illégales et trois des personnes enlevées ont été retrouvées dans le ranch où ils vivaient. Au surplus, ces personnes ont témoigné lors du procès de Florence Cassez, disant reconnaitre la française par sa voix, son accent et ses cheveux. Par contre, le chef de bande Israël Vallarta la disculpe, soutenant sa ligne de défense selon laquelle elle ignorait tout de l’ignoble trafic qui se déroulait dans la résidence où elle vivait. Florence Cassez a été condamnée à 60 ans de prison en appel et en dernière instance. Le Mexique se refuse à la transférer en France devant le risque de remise de peine que n’admet pas la justice mexicaine dans les cas de crime d’enlèvement. La Chef de la diplomatie française, Michèle Alliot-Marie en conclut à un « déni de justice » et le Président Nicolas Sarkozy a cru bon devoir placer les manifestations officielles de « l’année du Mexique en France » sous le sceau de l’Affaire Cassez. Incendie, que dis-je, incident diplomatique inévitable !

Rappel des faits, acte 2 : Affaire Arche de Zoé

25 octobre 2007, aéroport d’Abéché, Tchad. Neuf bénévoles français de l’Association « Arche de Zoé » essaient d’embarquer 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour. Certains sont couverts de bandages. Intriguée, la police procède à des vérifications. La réalité est scandaleuse. Les enfants se portent tous très bien, ne sont pas orphelins et font en réalité l’objet d’une tentative d’enlèvement à des fins inavouées. L’affaire prend très vite des proportions inédites. Les neuf français sont arrêtés, jugés et condamnés par la justice tchadienne à 8ans de travaux forcés. Du fait de l’activisme du Président français, les condamnés obtiennent leur transfèrement puis leur grâce par le président français Idriss Deby Itno qui doit au moins à l’armée française, en cette année 2007, d’avoir aidé à sauver son régime suite à l’entrée de colonnes de rebelles dans la capitale N’djamena.

Les deux affaires ont quelques points communs. Elles impliquent des ressortissants français dans des affaires d’enlèvement sur le territoire d’Etats « amis ». Il existe entre la France et le Tchad d’une part et le Mexique d’autre part des accords d’extradition. Les auteurs présumés d’enlèvement ont été jugés et condamnés selon la justice de chacun des Etats concernés. Par ailleurs, les situations internes des deux Etats sont marquées par des violences et une instabilité politiques d’un côté et de l’autre par une guerre des cartels de la rogue qui fait des milliers de morts chaque année. Mais là, vraiment là, s’arrêtent les similitudes. Mal en prend à Nicolas Sarkozy de ne pas le savoir.

En effet, premièrement, le Mexique n’a jamais été une colonie française, même si de 1861 à 1865, Napoléon III y a tenté d’établir un éphémère empire latin. De cette histoire, c’est le Mexique qui a s’est offert le rôle du vainqueur. Tandis que le Tchad n’a dû son indépendance qu’à un concours de circonstances post-deuxième guerre mondiale et à une magnanimité non feinte du Général De Gaulle. Deuxièmement, même s’ils sont tous les deux catalogués comme pays en développement, le Mexique et le Tchad n’ont pas le même poids économique, politique et militaire, ni la même emprise sur les relations internationales. Troisièmement, il y a d’un côté une république bananière à qui la France peut dicter plus ou moins ostensiblement la conduite à tenir et de l’autre, une nation jalouse de sa souveraineté et de ses choix extérieurs libres. Je n’ose pas m’aventurer sur le terrain de l’indépendance de la justice pour ne pas avoir à prendre parti aux yeux de ceux qui voient dans la condamnation de Florence Cassez un verdict couru d’avance.

C’est ce faisceau d’indices que l’hyper-président Sarkozy et sa MAM, bien mal lotie dans le rôle de chef de la diplomatie, ont ignoré. L’année du Mexique en France, le Mexique n’en a cure. L’honneur et la dignité des kidnappés du « Gang du Zodiaque » passent avant. L’image d’homme d’Etat et d’homme de poigne du Président Felipe Calderon aussi. Et si Idriss Deby Itno et les autres dirigeants africains peuvent encore s’inspirer de cet exemple, c’est tant mieux.