La Nouvelle Tribune

Le forum social mondial… désenchanté !

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Le Forum social mondial ne fait plus recette. Il est bien loin désormais le temps où la grand’messe de l’altermondialisme braquait les caméras du monde entier et attirait les dirigeants les plus réputés de la planète. Ils semblent bien loin les sommets de Porto Alegre, Bombay ou Bamako. Ils semblent bien loin les sommets altermondialistes qui paraissaient pouvoir changer quelque chose au  cours de la conduite des grandes affaires du monde. Le 11e forum social mondial qui s’est ouvert ces derniers jours à Dakar ne semble pas intéresser grand monde. Non sans raison. Né en 2001 comme le creuset d’échanges et de lobbying de nombreuses organisations citoyennes du monde entier sensibles à la cause d’un nouvel ordre international, le forum a laissé un temps courir l’illusion que son action pouvait payer. « Un autre monde est possible », clamaient et clament encore les altermondialistes. Mais cet autre monde tarde, c’est le moins qu’on puisse dire au regard des résultats mitigés du forum social mondial, à voir le jour. La faute à une organisation singulière, la faute à des règles de fonctionnement inaccoutumées, la faute aussi à une idéologie anticapitaliste primaire.

Le combat de l’antimondialisation était perdu d’avance. En 2001, année de l’organisation du premier Forum social mondial à Porto Alegre au Brésil, comme en réponse au forum économique de Davos, le concept était biaisé dès la base. Il n’a pas fallu bien longtemps aux organisateurs pour se rendre à l’évidence que le monde n’était plus en phase de mondialisation économique sur le modèle capitaliste décrié, mais que ce processus était pratiquement achevé. Il ne restait tout au plus que l’espoir de le corriger afin d’alléger pour les Etats les moins intégrés au système économique mondial le coût d’une marche imposée vers un mondialisme à visage tout autre qu’humain. Le second sommet de Porto Alegre en 2002 en a tenu compte. Mais de l’antimondialisme au nouveau concept d’altermondialisme, il y a un pas que tous les participants aux Forums économiques mondiaux n’ont pas encore réussi à franchir.

Néanmoins, le FSM eût sans doute obtenu plus de succès si deux événements majeurs n’étaient venus altérer les rares points de convergence possibles entre altermondialistes et capitalistes occidentaux : les attentats du 11 septembre 2001 et la crise économique des années 2008 à 2010. Dans le premier cas, les antagonismes sont d’ordre sécuritaire. Nombreux certes, mais surmontables. L’économie mondiale n’est pas véritablement en cause. Du deuxième cas, le Forum social mondial pense pouvoir puiser les raisons essentielles de se méfier du système économique débridé qui gouverne le monde et qui est à l’origine de la crise. Du coup, les points de jonction entre le FSM et le monde capitaliste se sont encore distendus.

Mais si le forum social mondial ne fait plus rêver, il y a bien d’autres raisons que celles que les économistes du développement sont susceptibles de nous élaborer. Et je n’en suis pas un. Pour ce que je sais, le FSM ne me fait plus rêver pour les trois raisons suivantes : En premier lieu l’absence de déclaration finale. C’est vrai qu’il ne pouvait en être autrement. A un forum mondial où sont attendus chaque année plus de participants que l’année précédente, quelques dizaines de milliers à chaque fois, il y a de quoi ne pas pouvoir s’entendre sur l’essentiel à retenir. D’autant plus que rien n’oblige les dirigeants des grandes puissances économiques mondiales à mettre en œuvre des recommandations ou satisfaire des doléances en provenance des FSM. L’autre raison est le caractère désordonné et folklorique qui a souvent caractérisé les manifestations altermondialistes portées par des leaders d’opinion très écoutés. Il parait de plus en plus difficile de croire dans les capacités de ces fora à changer le cours des relations économiques internationales. Enfin, les présidents vénézuélien Hugo Chavez et Evo Morales de la Bolivie, avec leurs violentes diatribes anticapitalistes, sont devenus les vrais visages de l’altermondialisme, je dirai même de l’antimondialisme. Rien de bien rassurant pour ceux qui préfèrent un capitalisme à visage humain à un « autre monde » aux contours et aux formes incertains.

Le 11e Forum social mondial, devenu désormais une institution, en dépit de ses règles de fonctionnement singulières, connaitra son succès. Celui que l’Afrique sait offrir par ses couleurs bariolées, ses chants et ses danses aux grand-messes internationales. Mais lui non plus, je le crains, ne changera pas grand-chose à la restructuration de l’ordre économique mondial en convalescence. Davos, Washington, Paris, Bruxelles ont déjà décidé pour nous.

Altermondialistes, un autre monde est possible. Demain. Demain bien lointain.