La Nouvelle Tribune

Référendum d’autodétermination : Les sud-soudanais auraient-ils perdu le nord ?

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L’Afrique compte désormais un Etat de plus. Le referendum d’autodétermination du sud-Soudan a donné son verdict. Ils sont 98,8% des trois millions d’inscrits sud-Soudanais à penser que leur terre mérite une indépendance réelle, pleine et entière. Une revanche sur l’histoire, un juste retour de manivelle. Pour qu’il en soit ainsi, il aura fallu deux guerres. Un demi-million de morts lors de la première et trois millions lors de la seconde. Et arriver aujourd’hui à hériter d’une « terre brûlée » où tout, absolument tout est à faire… ou à refaire. Lorsqu’en 2005, au sortir des accords de Naivasha, le charismatique leader sudiste John Garang a dit rêver d’un « new Soudan » uni dont il ambitionnait de devenir le président, il est évident que bien peu d’observateurs avaient donné du crédit à ses propos. Après la meurtrière guerre civile longue de 22 ans, après les profondes déchirures, après le mal pour le mal, le Soudan donnait déjà bien l’impression de ne jamais pouvoir cicatriser ses plaies. D’autant même plus que, par sa mort accidentelle dans un crash d’avion en juillet 2005, John Garang a laissé orphelin l’idéal qu’il avait nourri de rendre l’unité du pays attractive aux yeux des siens. Ses ambitions en la matière ne furent pas celles de ses successeurs. Six ans plus tard, le Sud a tourné le dos au Nord. Sans ambages. Les menaces de reprises de la guerre n’y ont rien fait. Les risques encourus par les sudistes du nord n’y ont rien changé. Les promesses les plus attrayantes n’en ont paru que plus démagogiques. Et la misère ambiante au sud n’a fait qu’accentuer le désir de séparation.

Il se pose alors la question de savoir comment les jours derniers ont bien pu se passer dans cette relative accalmie, sans que le président soudanais, Omar Hassan El-Béchir ne cherche à torpiller comme il a souvent tenté et réussi à le faire, le processus de l’autodétermination du Sud. En réalité, ce n’est pas l’envie qui a dû lui manquer de saboter l’inexorable marche du sud-Soudan vers l’indépendance. Mais le président soudanais avait lui-même un couteau sur la gorge. L’épée de Damoclès de la Cour pénale internationale menaçait déjà de s’abattre sur lui pour les agissements de ses troupes au Darfour. Au surplus, les Etats-Unis d’Amérique, alliés du sud, se sont impliqués de si près dans le processus qu’aucun acte de sabordage n’aurait pu passer inaperçu, ni rester impuni. Omar El Béchir a certes eu  envie de faire plaisir à la caste islamiste et nationaliste qui gouverne le pays à ses côtés, mais il avait tout autant besoin de voir lever les sanctions à son encontre, geler le mandat d’arrêt de la Coup pénale internationale et enfin pouvoir voyager l’esprit tranquille partout où il a envie de se rendre. Et pour cela, il a obtenu des gages.

Aujourd’hui, le sud-Soudan est libre. Libre et indépendant. Par la fermeté d’un peuple opiniâtre. Par la force de leaders résolus. Par la grâce d’une puissance occidentale constamment présente et engagée. Le 9 juillet 2011, le territoire devra, sous son nouveau nom, proclamer sa souveraineté internationale. Mais avant d’en arriver là, nombreux sont les défis qui restent à relever. Nombreux et colossaux. En premier lieu, le sud-Soudan devra ébaucher les structures de base d’un Etat véritable. Un petit tour dans Djouba, capitale probable du nouvel Etat, et l’on se rend bien compte de l’immensité du travail qui reste à abattre. Tout, absolument tout est à faire. Routes, écoles, hôpitaux, adduction d’eau, connexion au réseau électrique… Tout. Mais à entendre les sudistes, tout se fera. Lentement, mais tout se fera. Le sud devra également âprement négocier avec le nord le partage des richesses du sous-sol très pétrolifère. Les réserves se trouvant au sud pendant que les infrastructures pour leur exploitation étant toutes dans le nord. Même si au bout de trois ans, le sud est en mesure de mettre en place le matériel indispensable à l’exploitation pétrolière, il restera à concéder un quota au nord. Pour les besoins de la paix. Il faudra également entre les deux Etats définir le tracé des frontières et donc le partage de richesses minières présentes dans cette région. Sans compter la menace d’instauration de la loi islamique dans le nord où vivent encore plus de 50.000 sudistes dont on sait qu’ils sont majoritairement chrétiens et animistes. Problèmes religieux en perspective donc.

La naissance d’un nouvel Etat sur le continent africain, s’il promet finalement, après les millions de morts, de résoudre un problème séculaire, va peut-être en générer d’autres. Au Soudan et ailleurs. La question de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation sera sans doute posée. Par les territoires semi-autonomes qui sur le continent, rêvent d’indépendance totale et incontestée. Sahara occidental, Somaliland, Puntland…Dans une Afrique qui entame difficilement le sentier de l’intégration sous-régionale et régionale, ce n’est peut-être pas la voie royale pour y parvenir. Le sud-Soudan n’a pas perdu le nord, mais si on ne prend garde au signal qu’il vient de donner, c’est l’Afrique entière qui encourt le spectre de la sécession.