La Nouvelle Tribune

France : Michèle Alliot-Marie du pinacle aux gémonies

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Michèle Alliot-Marie est sans doute politiquement finie. L’éblouissante carrière de « MAM » a toutes les chances de se briser ici. Sur les récifs de la tumultueuse révolution tunisienne. Dans le ‘‘crash’’ du jet privé d’un de ses amis tunisien, proche, très proche, trop proche du clan Ben Ali. Dans les méandres du parler politique qui dans cette France « puriste », ne pardonne pas.  Pour n’avoir pas vu venir, pour en avoir trop dit un jour et trop peu un autre, bref, pour n’avoir pas, quand il le fallait, parlé juste, la sémillante Ministre des Affaires étrangères devra reconsidérer dès maintenant ses ambitions politiques. On la voyait promise à un très bel avenir.  Certains voyaient en elle la première femme de droite susceptible d’emporter une élection présidentielle. Et son passé parle en la matière tout seul pour elle. Michèle Alliot-Marie est l’une de ces personnalités politiques dont le parcours peut être considéré à tous les points de vue comme un long fleuve tranquille. Charriant honneurs, distinctions et hautes responsabilités. C’est en 1986 que pour la première fois elle accède à des fonctions ministérielles après avoir été plusieurs fois déjà élue municipale et parlementaire. Depuis, elle n’a jamais quitté le sérail. Depuis 2002, MAM a occupé quatre fonctions ministérielles régaliennes : la Défense, l’Intérieur, la Justice et à l’occasion du remaniement ministériel du 14 novembre 2010, les Affaires étrangères. C’est donc en femme politique expérimentée que, suite au raté que fut le passage de Bernard Kouchner, elle était sensée redresser l’image écornée d’une diplomatie française à deux vitesses, l’une élyséenne et l’autre mouture Quai d’Orsay. Si ce n’était un mauvais choix, c’est tout comme.

Michèle Alliot-Marie au Ministère des Affaires étrangères, c’est comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est ce qu’elle démontre en tout cas. Sa première bourde concerne la Tunisie. En pleine révolte d’un peuple et d’une jeunesse qui réclament pain et liberté, MAM offre au régime en place « le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, des forces de sécurité françaises, pour permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Personne ne saura jamais en quoi aurait pu consister ce savoir-faire proposé à la Tunisie puisque quelques jours plus tard, le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali tombait. Et cela n’a pas dû faire plaisir à la chef de la diplomatie française. D’autres révélations attendaient. En effet, il aura suffi de quelques jours pour que la presse française dévoile les circonstances d’un récent voyage en Tunisie au cours duquel MAM a pu bénéficier des largesses d’un ami de vieille date qui avait le tort d’être un des apparatchiks du clan Ben Ali. Notes de voyage sans traces, excursions touristiques en jet privé, par-dessus la tête d’un peuple qui dans les rues s’immolait par le feu et criait son ras-le-bol.

Alors même que son incurie en termes de vision prospective sur la situation en Tunisie n’avait pas encore fini de faire débat, Michèle Alliot-Marie pour justifier les circonstances de son séjour en Tunisie en décembre 2010, ne cesse de multiplier les petites phrases auto-immolatrices. Des oublis préjudiciables que l’opposition ne peut qu’entendre comme des mensonges. Des dates et des itinéraires qui ne correspondent pas à la réalité, de petites omissions aux grandes conséquences et, cerise sur le gâteau, cette déclaration en date du 6 février dernier : « Quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre des affaires étrangères…». Rien que ça ! Comme si la qualité officielle des personnalités du rang du Ministre des Affaires étrangères, pouvait être aliénée lors de leurs séjours privés à l’étranger. Et comme si elle, Michèle Alliot-Marie, pouvait ignorer les dispositions du droit international en la matière.

Même si elle a été interprétée et reprise dans tous les sens pour en atténuer la portée, cette déclaration de MAM porte un coup grave à l’image racée qu’elle a mis tant et tant d’années à se construire. De même qu’à la haute fonction ministérielle qu’elle occupe. Du coup, l’opposition exige sa démission ou son limogeage. La Droite se trouve bien embarrassée de la défendre. Et même Nicolas Sarkozy se mure dans un silence contrit.

Michèle Alliot-Marie s’est grillée. Le Président Sarkozy n’aura pas d’autre choix que de la recadrer au minimum ou de se passer de ses services devenus incommodants. La chef de la diplomatie française devra faire profil bas, très bas ces derniers jours pour faire oublier ses boutades. Or, au poste qu’elle occupe, on ne peut faire profil bas. Au risque de ne pouvoir porter bien loin les valeurs qu’entend incarner la France au plan international. L’équation en devient alambiquée. Pour la Ministre qui n’entend pas démissionner et pour le Président de la République qui ne peut prendre le risque de fragiliser son gouvernement sans avoir pris un minimum de précautions.

Le sort de MAM est loin d’être enviable par ces temps derniers. Mal lui a pris d’être précisément ministre de la république dans une société polémiste comme la France. Ce n’est pas encore en Afrique que le sort des dirigeants politiques peut se jouer aussi facilement sur des écarts de conduite et de comportement. Et pour qu’on en  arrive là, ce n’est pas demain la veille.