La Nouvelle Tribune

Elections nigériennes : on prend les mêmes et on recommence !

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La démocratisation est au bout du fusil. Au bout du fusil et sous le béret des généraux bien inspirés. C’est une certitude au Niger. Pour la seconde fois en une vingtaine d’années, les casernes se sont déversées dans les coulisses du pouvoir politique pour y remettre de l’ordre. Avec des sanctions diverses pour les fossoyeurs déchus : la mort pour Ibrahim  Baré Maïnasara en 1999, dont l’expérience n’a pas édifié Mamadou Tandja désormais en prison. L’épilogue d’une nouvelle transition conduite par l’armée se joue ces derniers jours et rappelle étrangement celle de 1999. Les mêmes mouvements politiques et des acteurs identiques, à quelques exceptions près, se proposent de reprendre le processus là où les « redresseurs de tort » se décident à le laisser. Dans la situation politique qui est celle du Niger des derniers jours de transition, le bat blesse. Il règne comme une fâcheuse impression de déjà vu, de déjà vécu. Un déjà vu et un déjà vécu pas toujours très rassurants. Les populations nigériennes semblent avoir oublié que les mêmes causes produisent les mêmes effets. La mémoire courte ou la vision prospective étriquée. A moins qu’une sclérose de la classe politique empêche tout renouvellement décisif.

En effet, tout dans le Niger d’aujourd’hui rappelle le Niger d’hier. Le Niger porteur de crises politiques inextricables. Sauf sur intervention de l’armée. Le Niger des acteurs politiques perpétuellement régénérés. Mahamane Ousmane, Hama Amadou, Mamadou Tandja, Séini Oumarou, Mahamadou Issoufou. Il y a une interrogation permanente devant une telle longévité. Une interrogation qui a rapport au nombre d’échecs politiques que l’on peut imputer à ces hommes du sérail dont la plupart étaient déjà là avant même l’instauration du processus de démocratisation du début des années 1990. Ces hommes dont l’avidité politique a expliqué par trois fois déjà le retour de l’armée aux premières loges de gestion des affaires publiques. Et que le peuple nigérien semble n’avoir aucune envie de faire remplacer.

Ce qui parait plus surprenant, c’est la survie dans un paysage politique en recomposition certes limitée, du parti du président déchu Mamadou Tandja. Une survie qui va bien au-delà du mot. C’est une légitimation. le MNSD, en dépit de tout ce qui peut être reproché à sa direction centrale est en effet arrivé en deuxième position lors des élections municipales, législatives et même pour la présidentielle. Un paradoxe quand on sait que quelques mois seulement en arrière, le parti a soutenu envers et contre tout, la tentative d’accaparement du pouvoir de son ancien leader Mamadou Tandja. De fait, Séini Oumarou, candidat du parti, qualifié pour le second tour de la présidentielle, n’est autre que le dernier Premier Ministre du Président Tandja, en exercice lors de la prise du pouvoir par la junte de Salou Djibo. Il reste d’ailleurs inculpé pour des faits de malversations dont les anciens dirigeants du pays sont accusés. Quand on sait que, peu avant la tenue du premier tour de la présidentielle, l’ensemble de la classe politique s’est réunie au sein d’une Alliance pour la Rénovation nationale (ARN) en vue d’une association au second tour, comme pour barrer la route de la Présidence à l’opposant historique Mahamadou Issoufou, il y a de quoi se poser d’autres questions.

Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, c’est bien le lieu de le dire. Les observateurs étrangers et locaux s’étant unanimement prononcés sur les conditions de déroulement du scrutin, en les trouvant convenables, on ne peut raisonnablement soupçonner une puissance étrangère de tenter de confiner les nigériens dans leurs choix habituels. Si Séini Oumarou ou Mahamadou Issoufou se faisait élire, ce seront les nigériens qui en auront décidé ainsi. Au risque de voir les pratiques chrysogènes sempiternelles  refaire surface dès que les baïonnettes auront disparu des allées du pouvoir. L’un risquant de ressusciter les dérives dictatoriales qui ont perdu son ancien leader, et l’autre susceptible de se réfugier dans un repli politique préjudiciable, lui, l’éternel perdant, l’éternel mal-aimé.

Une certitude, ou plutôt deux pour en finir, l’armée a non seulement eu un énorme mérite à travers cette transition menée avec dextérité et célérité, mais en plus apparaît définitivement comme l’arbitre du jeu politique dont elle connait désormais aussi bien les acteurs que les rouages. Les mesures prises au cours de la transition devraient limiter les risques de nouveaux blocages et donc d’une nouvelle intervention de sa part. Seule ombre au tableau, la reddition de comptes de la part de ceux que la junte a identifié comme étant des fossoyeurs de l’économie nigérienne et dont le sort fera l’objet de tractations dans l’optique du report des voix au second tour. Le Niger a peut-être commencé à régler son problème politique, mais l’équation reste complète sur la question e l’impunité.