La Nouvelle Tribune

Marchés africains : Ghana, un modèle de réussite économique

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Après avoir mis en œuvre au début des années 80 une politique de réforme sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI) (dévaluation, privatisations, baisse des dépenses publiques), le Ghana a retrouvé le chemin de la croissance économique, grâce également à une situation politique stable et l’instauration d’un climat favorable à l’investissement.

Considéré aujourd’hui comme un modèle de réussite en Afrique, ce pays d’Afrique de l’Ouest est devenu une place de choix pour les investisseurs qui veulent notamment exploiter ses abondantes ressources naturelles, profiter pleinement des débouchés commerciaux qu’offrent le marché ghanéen et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Pourtant, après son accession à la souveraineté internationale en 1957, le Ghana s’est distingué durant les deux premières décennies de son indépendance par un taux élevé de corruption, de mauvaise gouvernance et la multiplication des coups d’État. Le panafricaniste Kwame Nkrumah, premier chef d’État du pays, a été victime d’un putsh en 1966. C’est pourtant un putshiste, le général Jerry Rawlings qui, après son deuxième coup d’État en 1981, va ramener le pays sur le chemin de la stabilité politique et économique. Pour relever l’économie du Ghana, Jerry Rawlings n’hésite pas à s’attaquer aux corrupteurs et à s’adresser aux institutions de Bretton Woods. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) mettent le pays sous ajustement structurel. Dès 1983, des mesures draconiennes sont adoptées : désengagement de l’État des circuits de production, réduction du train de vie de l’État, privatisation des entreprises, dévaluation de la monnaie locale, réhabilitation du tissu industriel.

 

Bon élève du FMI

Les relations entre le Ghana et les institutions de Bretton Woods que sont le FMI et la BM étaient mauvaises durant les deux premières décennies de l’indépendance du pays. En raison notamment du fait que les régimes qui se sont succédé n’accordaient pas une attention particulière à la gestion. Ces relations se normalisent au début des années 80, plus précisément en 1983, quand le Ghana accepte de mettre en œuvre les prescriptions du FMI, à travers une série de programmes d’ajustement structurel. En 1994, le gouvernement d’Accra lance «La Vision 2020», guide de sa politique économique. Le programme 1998-2000 du Ghana avec le FMI portera les plus gros fruits. Il est appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). Ce qui permet de combattre l’inflation, d’accélérer le programme de privatisation, de mettre en œuvre les réformes structurelles, de diversifier l’économie, d’attirer des investisseurs et de créer de nombreux emplois.

Conscient du fait que la bonne santé économique d’un pays ne saurait suffire pour assurer le bien-être des populations, Jerry Rawlings a décidé de faire du Ghana un État démocratique. En avril 1992, il fait approuver par voie de référendum l’instauration du multipartisme, ouvrant de ce fait la voie à la démocratie. Aujourd’hui, les experts de tous bords s’accordent à reconnaître que le Ghana est non seulement un pays stable, mais aussi un modèle de démocratie et de gestion économique en Afrique. Au plan démocratique, le Ghana est considéré comme un exemple d’alternance politique.

Jerry Rawlings, John Kufuor et John Atta Mills se sont succédé au pouvoir sans problème depuis 1981. La bonne gouvernance s’est enracinée. Au plan économique, les réformes mises en œuvre avec les concours du FMI et de la Banque mondiale ont porté des fruits. Le taux de croissance du produit intérieur brut est de l’ordre de 5 % depuis plus de cinq ans. Le Ghana est le deuxième producteur mondial de cacao, son sous-sol regorge de diamants et de puits de pétrole non encore exploités; les investisseurs étrangers se bousculent aux portes de ce pays de l’Afrique de l’Ouest, le premier de la partie subsaharienne du continent qui a accueilli le 10 juillet dernier le président Barack Obama. Le fait que Barack Obama ait choisi le Ghana pour son premier retour dans le continent de son père, depuis qu’il est chef de l’exécutif américain, constitue de l’avis de nombreux observateurs un plébiscite pour ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest. Un pays qui constitue une exception sur le continent, en ce sens qu’il se situe aux antipodes de l’afropessimisme.

L’agriculture en bonne place

L’économie ghanéenne dont on salue aujourd’hui les performances est, il convient de le relever, essentiellement basée sur l’agriculture, avec une prédominance des plantations paysannes. L’agriculture représente 40 % du PIB et occupe 60 % de la main d’œuvre. Viennent ensuite les services et l’industrie avec respectivement 32 % et 25 % du PIB. Le cacao est la principale culture d’exportation du Ghana. Il représente 35 à 45 % des recettes d’exportation du pays. Le secteur du cacao a été reformé à plusieurs reprises pour accroître les rendements, et les résultats ont suivi. C’est ainsi que la production ghanéenne de cacao est passée de 450 000 t dans les années 60 à 700 000 t en 2009. Les autres produits agricoles du pays sont le café, l’huile de palme et le sucre. Le secteur minier occupe également une place de choix dans l’économie du Ghana (6 % du PIB) avec d’importantes mines de diamant, d’or et de manganèse.

Les succès économiques du Ghana tiennent aussi pour une bonne part de l’apport de capitaux privés étrangers, attirés par un cadre légal qui assure à la fois la sécurité juridique et judiciaire des affaires. C’est notamment le cas de l’Acte de promotion des investissements du Ghana (1994), qui garantit aux investisseurs étrangers la liberté d’établir des entreprises dans les secteurs potentiellement lucratifs tels que : le gaz naturel, l’hydro-électricité, l’agriculture, la transformation alimentaire, la conserverie de poisson, les industries agrochimiques, pharmaceutiques, et les technologies de l’information. L’initiative pour la privatisation d’entreprises gouvernementales a ouvert la possibilité pour l’établissement d’associations d’affaires et l’investissement dans divers secteurs : banques, pétrole, communication, tourisme. En plus de la mise sur pied d’une législation libérale pour l’investissement, des mesures rigoureuses ont été prises au Ghana pour réduire les taux et délais d’ouverture d’une entreprise, à la satisfaction des investisseurs nationaux et étrangers.