La Nouvelle Tribune

Le Président Jacob Zuma se marie pour la cinquième fois

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Un président polygame est-il acceptable dans un Etat moderne ? Jacob Zuma, le Président de l'Afrique du Sud, ne se pose pas la question, et assume ouvertement son choix : il a épousé lundi sa troisième femme, un mariage haut en couleur dans les plus grandes traditions du pays zulu. Jacob Zuma, qui a été élu l'an dernier à la présidence de l'Afrique du Sud après l'éviction de Thabo Mbeki désavoué par le parti au pouvoir, le Congrès national africain, en est en fait à sa cinquième épouse, mais a divorcé de l'une d'elles qui n'est autre que la ministre sud-africaine de l'Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma, et l'autre s'est suicidée en 2000. Il a 18 enfants avec toutes ses épouses, dont trois avec la femme qu'il a épousée lundi…

Les deux autres épouses actuelles de Jacob Zuma étaient évidemment présentes à la cérémonie, la première, Sizakele Khumalo, qu'il avait épousée en 1973, et Nompumelelo MaNtuli-Zuma, devenue sa femme en 2007. Le même jour, l'Afrique du Sud célébrait son premier mariage gay légal, signe d'un grand écart sociétal.

Un chef d'Etat polygame ? Il suffit d'aller au royaume du Swaziland voisin pour trouver plus spectaculaire encore, avec un roi qui choisit chaque année une ou plusieurs nouvelles épouses parmi des milliers de jeunes vierges qui défilent devant lui les seins nus. Mais l'Afrique du Sud a une plus haute idée d'elle-même et de son exemplarité pour se jauger à l'aune d'un royaume féodal.

On objectera évidemment que dans nos pays dits développés, les funérailles de François Mitterrand ont donné l'exemple d'une bigamie assumée sinon légale, et que l'hypocrisie des unions multiples, soigneusement cachées, n'est pas préférable à une polygamie assumée.

D'autant qu'en Afrique du Sud, il s'agit d'unions traditionnelles, et pas de la loi dite moderne, mais qui ont autant sinon plus de valeur aux yeux des communautés concernées.

Contradictions sud-africaines

En fait, Jacob Zuma incarne à lui seul les contradictions dans lesquelles évolue l'Afrique du Sud, encore plongée dans les affres de l'après-apartheid, entre tensions sociales, criminalité galopante, modernité sociétale et populisme politique.

Le personnage sulfureux de Jacob Zuma avait de quoi inquiéter lorsque ses partisans avaient mis l'austère Thabo Mbeki en minorité en 2008. Cet homme traîne derrière lui quelques casseroles de pots de vins versés par des sociétés françaises de l'armement, une relaxe dans un procès pour viol au cours duquel il a admis avoir eu un rapport non protégé avec une jeune femme séropositive, et enfin cette polygamie sans fard dans un pays qui se veut le plus développé d'Afrique.

Mais après quelques mois au pouvoir, Jacob Zuma, solidement enraciné dans ses origines zulu, est certes toujours tourné en dérision par les humoristes (voir l'équivalent des Guignols sud-africains), mais il a assurément réussi ses premiers tests de crédibilité.

{mosgoogle}Même ce mariage haut en couleur, qui soulève d'importantes questions de société, passe sans trop de vagues. Signe des temps, le petit-fils de Nelson Mandela a assisté au mariage polygame lundi.

La société sud-africaine, il est vrai, a d'autres préoccupations et, peut-être surtout, se prépare à accueillir la Coupe du monde de foot cet été.

Pierre Haski

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