La Nouvelle Tribune

Pas de bonne gouvernance en Afrique cette année

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Le prix MO IBRAHIM est passé sous le nez de tous les chefs d'Etat africains encore vivants
Les membres du jury chargés d’attribuer le prix Mo Ibrahim en récompense d’une bonne gouvernance africaine ont décidé que personne ne méritait cet honneur cette année, ni même un John KUFUOR auréolé de ses prousses économiques et des élections tranparentes qu'il a organisées pour une transition en douceur dans son pays. Il s'agit d'un prix décerné à d'anciens chefs d'Etat ou de gouvernements de pays de l'Afrique subsaharienne qui ont été élus démocratiquement et qui ont quitté le pouvoir dans les conditons similaires*, sans emporter le coffre fort..

Ce prix a été lancé en octobre 2006, comme une initiative africaine pour promouvoir la bonne gouvernance, par le Dr Mo Ibrahim, un magnat britannique des télécommunications, ingénieur d'origine soudanaise, créateur de la firme de téléphonie mobile Celtel, revendue en 2005, 3,3 milliards de dollars à un opérateur koweitien.

Présenté comme "le prix annuel le plus richement doté au monde", il attribue au récipiendaire cinq millions de dollars sur dix ans (3,5 millions d'euros) et 200.000 dollars US par an (environ 134.000 euros), pour le restant de la vie du lauréat, tandis qu’un troisième fonds, de 200.000 dollars US, lui est attribué par an, sur 10 ans, pour financer ses activités d’intérêt public et des causes justes.

Le comité chargé de décerner le prix n'a, malheureusement, pu trouver un heureux élu cette année. La génération de la trempe des anciens dirigeants de l'Afrique australe demeure encore inégalable, notamment Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique qui fut le premier lauréat, en octobre 2007, Festus Mogae, ancien président du Botswana qui avait reçu le second prix en 2008 et Nelson Mandela, qui avait été distingué à titre honorifique.

Mo Ibrahim ne s'en désole pas, au contraire, il prétend que de la bonne gouvernance en Afrique a enregistré des progrès dans certains pays africains, tout en relevant, avec préoccupation, les graves reculs qui sont enregistrés par d'autres.

Les buts poursuivis par la fondation ne manquent tout de même pas de pertinence : il s'agit de Stimuler le débat sur une bonne gouvernance dans les pays d'Afrique sub-saharienne et dans le monde. Fournir des critères objectifs permettant aux citoyens de demander des comptes à leur gouvernement. Reconnaître les réalisations des dirigeants africains et fournir un moyen pratique permettant aux dirigeants africains de témoigner de leurs actions positives passées sur le continent, une fois qu'ils ont quitté leur poste.

N'a t-on donc vraiment pas trouvé cet homme en Afrique, capable, après son passage au pouvoir, de présenter un bilan qui aurait pu permettre à ses successeurs de surmonter les défis du développement de leur pays, d'améliorer le niveau de vie et le bien-être de leur peuple et de poser les fondations d’un développement durable?

S'il suffisait de gagner un tel prix sans effort, sans aucune clairvoyance et sans l'honnêteté qui est déjà une denrée assez rare en politique, les lauréats se bousculeraient au portillon et la sélection donnerait droit à des surenchères de toute nature..

Constat amer donc pour tous ces peuples pour lesquels l'évidence de cette carrence d'un éclairage des politiques actuelles sur le devenir de nos nations est bien la preuve que les échecs d'aujourd'hui sont, sans nul doute, le signe que nous nous apprêtons à vivre encore de nombreuses années d'errance sous de faux noms à la mode, comme alternance démocratique, régime du changement, élections libres et transparentes etc.

Le passage en revue des désordres, en tout genre, sur le continent semble être d'ailleurs un indice de plus, qui limite le nombre des nominés et montre l'incapacité de nos dirigeants actuels à franchir aisément la barre.

Coups d'Etat en Mauritanie, Madagascar, Guinée; processus électoraux embrouillés, désastreux ou inexistants au Gabon, Côte d'Ivoire, Kenya, Gambie, Niger, Congo, Rwanda, Nigéria, Angola, Cameroun, Ouganda ; guerre au Tchad, Soudan; tensions armées permanentes en République centrafricaine, Somalie, République démocratique du Congo; absence d'une politique pouvant ouvrir la voie à une véritable alternance au Togo, Burkina faso, Sénégal etc...

Seuls sortent de ce lot, Le Bénin, le Mali, l'Afrique du Sud, le Ghana qui n'ont pas pu produire cet homme et, naturellement, ces pays de l'Afrique australe dont certains de leurs fils ont déjà gouté aux bons plaisirs de cette récompense qui n'est pas à la portée du premier venu et continuent d'oeuvrer efficacement au progrès de leurs pays, dans la voie apaisée de la démocratie et du développment.

Notez que le premier lauréat du Prix, Joaquim Chissano avait été salué comme un homme qui a réconcilié une nation divisée et qui a érigé les fondations d’un avenir stable, démocratique et prospère pour son pays. qui fait partie, indubitablement, des rares chefs d'Etat africains à quitter la scène politique de son propre gré, mais aussi à avoir laissé un pays avec une économie dynamique. Ses actions en faveur de la paix, la réconciliation, une démocratie stable et le progrès économique de son pays ont impressionné, aussi bien que sa dernière décision de ne pas briguer un troisième mandat, pourtant autorisé par la Constitution,

Dans un continent où, trop souvent, la richesse des sous-sols s’est transformée en malédiction, le remarquable leadership du président Festus Gontebanye Mogae, du Botswana, a su démontrer qu’un pays doté de ressources naturelles pouvait, par une gouvernance de qualité, parvenir à un développement durable et permettre de garantir au peuple la poursuite de la stabilité et de la prospérité, dans un pays également confronté à une pandémie de SIDA dont l`ampleur menaçait gravement son avenir.

Moins d'une demi douzaine de dirigeants ayant quitté le pouvoir entre 2006 et 2008 auraient quand même pu prétendre au prix cette année, notamment le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obasanjo et John Kufuor, ancien président du Ghana, avec de réelles chances pour ce dernier, pour l'encourager à mettre son expérience et sa réussite au service du développement de son pays.

Mais on ne le répètera pas assez, le comité présidé par KOFFI ANAN ainsi que d'autres nobel de la paix et Mme Mary ROBINSON, ancienne présidente irlandaise reconnaît que les critères de sélection n'auraient pas fait forcément beaucoup de nominés, non plus, cette année, s'il avait fallu décerner un prix de la bonne gouvernance en Europe.

Ce sont les moeurs qui se dilluent dans le monde, à travers les générations et les bonnes leçons de gouvernanance et de transparence qui nous viennent de l'occident devraient commencer par être bien appliquées là-bas, aussi.

Tout n'aura donc pas été parfait concernant le règne du ghanéen John Kufuor, comme cela s'est dit, durant les derniers mois de son mandat. Mais, en fait, quel exemple voudrait on donner si l'ambition de cette distinction n'est pas d'encourager le mérite de certains chefs d'Etat d'avoir pu résister aux sirènes de la corruption durant tout leur madat et de se détacher du pouvoir, sans ces faux semblants, lorsque la fin du règne arrive. Une question de très grande honnêteté.

Il se chuchotte d'ailleurs déjà que le prix MO IBRAHIM pourrait ne pas exercer une véritable influence sur la bonne gouvernance en Afrique, car 5 millions de dollars pourraient constituer une somme dérisoire, comparée à celles dont peut disposer un chef d’Etat corrompu qui est assis sur un matelas de ces mêmes dollars. Il est alors fort improbable que l’argent soit la seule motivation pour les dirigeants corrompus.

{mosgoogle}La nouvelle génération de dirigeants africains a, de ce fait, un défi important à relever : sortir de la pauvreté des millions de personnes. Cet objectif ne peut pas être atteint sans une société réellement démocratique, sans une application réelle de la loi, sans équipements de santé et d'enseignement, sans une société civile responsable, et sans un cadre permettant une forte croissance économique. En d'autres termes, aucun de ces objectifs ne peut être atteint sans une bonne gouvernance.


*Art 6 point 1 - Les candidats éligibles seront d’anciens chefs d’État ou de gouvernement d’un pays d’Afrique subsaharienne qui ont été élus démocratiquement et qui ont quitté leurs fonctions depuis moins de trois ans, après avoir exercé leur mandat pendant la durée fixée par la constitution au moment de leur prise de fonctions.

*CAHIER DES CHARGES DU PRIX IBRAHIM : http://www.moibrahimfoundation.org/fr/termsofreference/the-ibrahim-prize/terms-of-reference.html