La Nouvelle Tribune

Tensions au Gabon

Espace membre

Le gouvernement envisage l'état de siège à Port-Gentil

Le gouvernement gabonais invoque cette menace "si la paix et l'harmonie ne sont pas de mise" dans la capitale économique du Gabon. Un calme relatif régnait dimanche après une nuit d'émeutes. Le gouvernement gabonais envisage de demander au parlement l'autorisation pour placer Port-Gentil en "état de siège", a déclaré le ministre de l'Intérieur et de la Défense dimanche 6 septembre.

"Pas encore à ce niveau"


"La présidente de la République intérimaire, Rose Francine Rogombé, "et le Premier ministre n'ont pas voulu mettre Port-Gentil en état de siège, nous n'en sommes pas encore à ce niveau. Mais si d'aventure l'ordre, la paix et l'harmonie ne sont pas de mise, nous allons solliciter cette autorisation au parlement" bicaméral, a déclaré le ministre Jean-François Ndongou.
Il s'adressait à des notables locaux après une visite effectuée à Port-Gentil, la capitale pétrolière du Gabon, au cours de laquelle, a-t-il dit, "on a pu constater l'ampleur des dégâts".
"L'état de siège, c'est grave, il y a une interdiction de se déplacer sans une autorisation spéciale", a expliqué Jean-François Ndongou. "Ne transformons pas Port-Gentil en champ de bataille", a-t-il lancé.
Selon la Constitution gabonaise, "le président de la République peut, lorsque les circonstances l'exigent, après délibération du Conseil des ministres et consultation des bureaux de l'Assemblée nationale et du Sénat, proclamer par décret l'état d'urgence ou l'état de siège, qui lui confèrent des pouvoirs spéciaux, dans les conditions déterminées par la loi".

Calme relatif dimanche matin


De nombreux habitants de Port-Gentil, dans l'ouest du Gabon, ont pourtant quitté dimanche au matin leur ville, où un calme relatif régnait après de nouvelles violences survenues dans la nuit malgré le couvre-feu.


"Je préfère quitter Port-Gentil pour sécuriser ma famille", a expliqué à l'AFP un homme qui n'a pas voulu s'identifier, rencontré à un débarcadère du sud de la ville où plusieurs centaines de personnes munies de légers bagages se pressaient pour prendre des pirogues.
Située sur la presqu'île de Mandji, à une centaine de kilomètres de Libreville, Port-Gentil n'est accessible que par bateau ou avion, aucune route ne la reliant au reste du territoire gabonais. Les compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers la ville en raison des violences.

Exode


Selon plusieurs témoignages, l'exode a commencé depuis le 3 septembre, au premier jour des violences ayant suivi l'annonce de l'élection à la présidence d'Ali Bongo, fils du défunt président Omar Bongo Ondimba. Au moins deux personnes ont trouvé la mort dans ces violences.
"Nous partons pour éviter de vivre ce que nous avons vécu en 1990", lorsque la ville a été théâtre de graves émeutes, pillages, incendies de bâtiments publics et privés après la mort suspecte d'un opposant originaire de Port-Gentil, a expliqué Virginie Koumba, une mère de famille.
En 1990, "nous avons connu les violences, la faim, le manque d'eau et d'électricité", a dit Virginie Koumba.
Plusieurs grosses pirogues à moteur, ayant chacune à bord des dizaines de personnes, ont quitté les embarcadères du Quai-Rivière et du port.
Dans le centre-ville et certains quartiers périphériques, des barricades étaient toujours visibles. La circulation était très fluide et quelques résidents se déplaçaient à pied faute de taxis.

Troisième nuit de violences


Pour la troisième nuit consécutive, des violences ont en effet éclaté samedi au soir, capitale pétrolière du Gabon, après l'appel au calme par Ali Bongo, dont l'élection à la présidence contestée par ses rivaux a été saluée par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Juste avant que n'éclatent les nouvelles émeutes, Ali Bongo avait déclaré qu'il souhaitait "absolument" que le calme revienne dans le pays.
"Il faut absolument que le calme revienne sur toute l'étendue du territoire", a déclaré Ali Bongo dans un entretien samedi à Radio France internationale (RFI).


Bandes de pillards


Placée sous couvre-feu après des violences post-électorales qui ont fait au moins deux morts depuis jeudi, Port-Gentil, est devenue à nouveau le théâtre d'émeutes, selon une source militaire.
"Nous sommes en train de disperser des pillards en utilisant des gaz lacrymogènes à Matanda", un quartier populaire situé au sud de Port-Gentil, a affirmé cette source en début de soirée.
D'autres pillards, selon la même source, ont été signalés peu après à Salsa, un quartier à l'est de la ville.
Ces groupes très mobiles ont installé des barricades sur les principales voies de Port-Gentil pour empêcher les véhicules des forces de l'ordre de circuler. Un nombre important de militaires s'est également déployé au carrefour du Château où avaient éclaté les violences de jeudi et vendredi, selon la même source.
Au moins deux personnes sont mortes depuis l'annonce jeudi de l'élection d'Ali Bongo à la présidence. L'AFP a pu voir le corps d'une victime et parler avec la famille d'une autre personne tuée.
La société pétrolière Total a organisé un "repli temporaire" de ses salariés basés à Port Gentil, dans l'ouest du Gabon, a déclaré à l'AFP une porte-parole du groupe.

Des institutions pour les recours


"Nous sommes un pays de droit et il y a donc des institutions qui sont là pour tous ceux qui ont des recours" à présenter, a dit Ali Bongo, faisant référence sans les nommer à l'ex-ministre de l'Intérieur André Mba Obame (officiellement arrivé en deuxième position) et l'opposant historique Pierre Mamboundou (3e) qui s'affirment tous deux victorieux.
Les résultats de la présidentielle "sont faux", ont réaffirmé samedi à Libreville plusieurs candidats malheureux au scrutin, dont André Mba Obame.
"Nous savons que les résultats annoncés par le ministre de l'Intérieur sont faux", a également déclaré l'ancien Premier ministre Jean Eyéghé Ndong, qui s'était désisté en faveur de André Mba Obame.
Le gouvernement gabonais a fait savoir qu'une nouvelle mission de "diplomatie préventive" au Gabon du Sénégalais Moustapha Niasse, émissaire de l'Union africaine (UA) "ne se justifie pas", affirmant qu'un calme progressif s'installait dans le pays.

Pas de mission de l'UA


{mosgoogle}L'UA avait indiqué vendredi qu'elle prévoyait "de dépêcher" Moustapha Niasse à Libreville "dans la poursuite de ses démarches de diplomatie préventive", après une première mission effectuée du 24 au 29 août.
Président en exercice de l'UA, Mouammar Kadhafi, a été un des premiers à féliciter Ali Bongo, selon l'agence officielle Jana.
Des observateurs redoutaient de nouvelles violences au Gabon après la défaite à Libreville de l'équipe nationale de football (2-0) contre le Cameroun sous les yeux d'Ali Bongo. Mais la capitale gabonaise a été épargnée samedi soir par les violences et vers 20H00 GMT, le calme régnait sur les grands axes de la ville.
Le Bar Samuel Eto'o fils (du nom du joueur camerounais qui a signé un but et une passe décisive), un lieu de rendez-vous nocturne, était fermé.
"Des jeunes sont passés et voulaient casser. On a préféré fermer jusqu'à demain", a indiqué le propriétaire.

(Nouvelobs.com avec AFP)