La Nouvelle Tribune

Portrait du nouveau pésident gabonais

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Ali « baby Zeus » Bongo est président
Les résultats sont tombés : Ali Bongo, 50 ans, a donc été élu avec 41,73% des suffrages, chiffres contestés par l'opposition. Portrait d'un héritier souvent sous-estimé par ses adversaires.

Un héritier que le destin n'a pas choisi

« Il n'a vraiment pas les qualités de son père. » Dans la bouche de cet ancien d'Elf, le jugement est sans appel. Ali Bongo est à ranger dans la catégorie des héritiers que le destin n'a pas choisis. Saura-t-il se construire grand avenir ? Les fins analystes du marigot gabonais n'y croient pas. Ou plutôt n'y croyaient pas jusqu'à maintenant.

Pendant vingt-quatre ans, le nouveau président gabonais s'est appelé Alain. Alain Bernard Bongo, fils aîné du second président du pays, porté au pouvoir par la France en 1967. Lorsqu'il islamise son patronyme en 1973 pour se rapprocher de l'Opep, El Hadj (le sage) Omar Bongo impose aussi à Alain le changement de nom. Ce sera donc Ali Ben (fils de) Bongo Ondimba.

Dans sa bio officielle, Alain, donc, a fait ses études en France, dans les meilleurs pensionnats : Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine, université Panthéon-Sorbonne… Après une bonne décennie de fêtes et d'excès en tout genre, le rejeton intègre le cabinet de son père et devient, en 1989 à 30 ans, ministre des Affaires étrangères. Mais l'époque n'est pas aux héritiers.

Mal élu dans le Haut-Ogooué, il ne parle pas le téké

Sous la vague des conférences nationales provoquées par le sommet de la Baule et l'appel de François Mitterrand à la démocratisation des régimes africains, l'émirat pétrolier vacille. En 1991, la nouvelle constitution interdit d'être ministre avant 35 ans. Ali en a 32. Un coup de ses ennemis du PDG (parti démocratique gabonais). Il quitte le gouvernement.

La traversée du désert commence. Seule compensation : un poste de député du Haut-Ogooué arraché aux forceps grâce au soutien de toute la famille. Problème, le jeune homme manque de sens politique. Dans la province natale des Bongo, il n'est pas bien accueilli car il ne parle pas le dialecte téké. C'est aussi un piètre orateur, impopulaire, parfois irascible.

{mosgoogle}En 1999, pour les quarante ans d'Ali, « papa » Bongo remet ce dernier en selle, à un poste stratégique, la Défense. Cette seconde chance, il la consacre à tisser une toile d'araignée dans l'appareil sécuritaire : service de renseignements, gendarmerie, garde présidentielle… Ali Bongo place habilement des hommes de confiance aux postes-clés.

Sa sœur Pascaline dirige le cabinet présidentiel, mais elle a surtout la main sur les finances du régime. Les circuits officiels et les autres, ceux des biens mal acquis et d'un train de vie pétromonarchique…

Ferrari et tournée de Mickaël Jackson…

L'enquête menée par des policiers français sur les avoirs de trois chefs d'Etat africains (Bongo, Sassou et Obiang) a fait apparaître le nom d'Ali Bongo, comme propriétaire d'un appartement et deux voitures de luxe, dont une Ferrari. Il en d'ailleurs assumé la propriété dans un entretien à France 24 :

« C'est un crime d'avoir une Ferrari ? Bien sûr, que ça s'est fait normalement l'acquisition… Et puis, je l'ai depuis tellement longtemps, je suis d'ailleurs étonné que l'on en parle que maintenant. »

Au Gabon, cela n'étonne pas ceux qui, en 1992, ont vu débarquer Mickaël Jackson « en tournée ». La star de la pop avait alors été jusqu'au fin fond du pays pour assister à des danses traditionnelles téké.

La première femme d'Ali, Inge, dont il est séparé, a multiplié frasques et boulettes depuis qu'elle s'est installée en Californie. Au point qu'un reality-show, Really Rich Real Estate (propriété pour les très riches), l'a suivie dans sa quête d'une superbe maison à Beverley Hills, pour la coquette somme de 25 millions de dollars.

Sa seconde épouse, Sylvia Valentin, est la fille d'Edouard Valentin, PDG d'Ogar, le plus gros assureur du pays. Ils ont trois enfants. De quoi assurer la descendance d'un régime qui, dans les années 80, a failli devenir une monarchie.

Le jour où le Gabon faillit devenir une monarchie

Comme le relate l'Express, ce projet un peu fou a germé dans l'esprit d'Omar Bongo fin 1986, après une élection à 99,97% des suffrages ! Pourquoi ne pas transformer la république en monarchie ? Omar Bongo sonde Jacques Chirac, alors à Matignon, en lui envoyant… son fils Ali. Chirac déconseille. Au bout de quelques semaines, le président gabonais renonce.

Interrogé par France 24 en juillet, sur le point de savoir si sa candidature à la présidentielle ne relevait pas du « réflexe monarchique », voici ce que répondait Ali Bongo :

« Il ne faut pas nous faire de mauvais procès. Nous nous sommes engagés dans un processus de sélection démocratique, au sein du PDG. C'est un processus de transition démocratique. »

Mais, plus habile qu'il ne le laisse supposer, Ali le candidat ne fermait pas la porte à une possible limitation du nombre de mandats présidentiels :

« C'est une question que nous pouvons regarder. »

{mosgoogle}« Baby Zeus » fera-t-il un bon président ? Il n'a pas besoin de se remplir les poches, dit la rue à Libreville, elles sont déjà pleines.

David Servenay

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