La Nouvelle Tribune

Guinée-Bissau

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Sanglants règlements de comptes politiques

Nuit sanglante à Bissau. Baciro Dabo, l'un des candidats à l'élection présidentielle du 28 juin, a été abattu dans la nuit de jeudi à vendredi par des soldats venus l'interpeller. Un autre leader politique du pays, Helder Proença, ancien ministre de la Défense a, lui aussi, été abattu.


Dans un premier temps, des médias locaux avaient fait état de la mort de l'ancien Premier ministre Faustino Imbali. Une information qui n'a pas été confirmée. En début de matinée, un communiqué officiel annonçait qu'une « tentative de coup d'Etat » avait été « déjouée », tentative attribuée par les autorités à Helder Proença. Au total, une dizaine de hauts responsables politiques du pays ont été arrêtés.

Ce que l'on sait, c'est que, au beau milieu de la nuit, des groupes de la police militaire se sont rendus aux domiciles de hauts responsables politiques pour les arrêter.

Au cours de ces arrestations, trois personnalités, au moins, ont été abattues. Baciro Dabo, le ministre de l'Administration territoriale, et, surtout, candidat à la prochaine présidentielle. Helder Proença, ancien ministre de la Défense, l'un des barons du Parti Africain de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), le parti majoritaire a l'Assemblée.

Un communiqué officiel reconnaît mais sans citer de nom que des personnes ont été tuées. Selon ce texte, les victimes auraient opposé une résistance et les militaires ont donc agi en état de légitime défense. En revanche, selon des proches de Baciro Dabo, celui-ci aurait été tué dans sa chambre à coucher, d'une balle dans la tête et de trois autres dans l'abdomen.

Ce que l'on sait aussi, c'est qu'au total une dizaine de hauts responsables politiques du pays sont désormais sous les verrous. Au petit matin, la radio nationale annonçait que ces personnes préparaient un coup d'Etat dont l'objectif était d'assassiner le premier ministre Carlos Gomes Junior qui est actuellement au Portugal, et le commandant Zamora Induta qui a pris les rênes de l'armée en mars dernier à la suite de l'assassinat du chef d'état major général, Tagmé Na Waie.  Selon le communiqué officiel, ces personnes voulaient installer au pouvoir un « Haut commandement des Forces républicaines pour la restauration de l'ordre constitutionnel et de la démocratie ».

Les autorités accusent Helder Proença d'avoir été le chef de ces comploteurs. Il venait juste de rentrer de Dakar et d'ailleurs les autorités affirment que des officiers proches de l'ancien président Nino Vieira assassiné en mars et qui sont actuellement réfugiés à Dakar, sont eux aussi impliqués dans ce complot. Parmi ceux-ci figurent notamment des officiers comme Joao Monteiro et Sanji Fati.

Les personnalités arrêtées

On peut identifier deux groupes de personnalités arrêtées ou abattues. Tout d'abord des proches de l'ancien président Nino Vieira, des hommes qui ont soit travaillé avec lui, ou se sont se sont ralliés à lui ces dernières années. C'est le cas de Baciro Dabo et du député Conduto de Pina.

L'autre groupe comprend des hommes plus proches de Malam Bacai Sanha qui est le candidat du PAIGC  pour la prochaine présidentielle. Parmi ses proches où ses partisans arrêtés, figurent Roberto Cacheu, Marciano Barbeiro et Daniel Gomes. Helder Proença qui a été tué s'était, lui aussi, rapproché de Malam Bacai Sanha.

Ce qui est à noter, c'est que toutes ces personnes ont un point commun. On les considère comme des adversaires déclarés de l'actuelle direction du pays. C’est à dire du Premier ministre Carlos Gomes Junior et du commandant Zamora Induta, le chef de l'armée bissau-guinéenne.

La présidentielle du 28 juin en question

Alors que doit s'ouvrir ce week-end la campagne électorale, il est très difficile d'imaginer que cette campagne puisse se dérouler dans un climat serein. Et l'on ne voit pas comment, dans ces conditions, il sera possible de voter tout aussi sereinement le 28 juin. Pour l'heure, le gouvernement est réuni en cellule de crise et l'Assemblée nationale est en session.

{mosgoogle}Des voix s'élèvent déjà à Bissau pour demander que le processus politique soit revu. Vendredi matin, Serifo Djalo, le chef du groupe parlementaire du Parti de rénovation sociale (PRS) a mis en doute la réalité du coup d'Etat et a estimé que les conditions n'étaient plus réunies pour que l'Assemblée nationale puisse continuer ses travaux. Trois mois après le sanglant assassinat de Nino Vieira, la Guinée-Bissau s'enfonce dans la crise politique.

(RFI)