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Omar Bongo hospitalisé dans un "état grave" à Barcelone

Hospitalisé depuis la semaine dernière près de Barcelone, le président gabonais Omar Bongo, doyen des chefs d'Etat africains, est dans un "état grave", a-t-on appris jeudi de source proche du ministère espagnol des Affaires étrangères.


Bongo, qui règne sans partage sur le pays depuis 1967, avait suspendu il y a une semaine ses activités officielles, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, et avait gagné l'Espagne en avion médicalisé.

Agé de 73 ans, Bongo "est ici à l'hôpital et, actuellement, son état est stationnaire mais grave", a-t-on déclaré de source autorisée. A la clinique Quiron de Barcelone, on confirme la présence du président gabonais, sans fournir d'autres précisions.

Les autorités gabonaises observent le mutisme au sujet de son état de santé mais ses divers séjours récents à l'hôpital ont soulevé des interrogations quant à sa succession dans un des rares pays de la région qui soit relativement stable.

Le gouvernement avait fait savoir qu'en cas d'absence prolongée du chef de l'Etat, la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombe, 66 ans, membre du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, assurerait l'intérim.

Le pays est dominé par une petite élite étroitement solidaire et les opposants redoutent que le fils du président, Ali ben Bongo, actuel ministre de la Défense, ne profite du vide du pouvoir pour en prendre la tête.

Alanguie sur les rives du Golfe de Guinée, Libreville, la capitale, était paisible en ce jeudi de l'Ascension mais un sentiment d'incertitude était palpable à l'annonce de l'état de santé du chef de l'Etat.

PARVENU AU POUVOIR PACIFIQUEMENT

"Nous avons commencé à faire des stocks, depuis que nous vivons avec des doutes sur la capacité du président Bongo à gouverner le pays", confie un instituteur de 41 ans, Sylvain Pounahas, en faisant ses courses.

D'autres habitants de la capitale font état de patrouilles militaires nocturnes sans pouvoir dire si ce dispositif de sécurité est lié ou non à l'absence de Bongo, un des trois présidents africains visés en France par une enquête pour détournement de fonds publics.

La croissance économique du Gabon a dépassé l'an dernier 5,0%, le plus fort taux en une décennie, avant d'être entamée par la chute des cours du pétrole, qui compte pour la moitié du revenu national.

Bongo a été réélu sans discontinuité lors d'élections jugées irrégulières par ses opposants mais l'ascendant de cette homme petit et trapu - et grand buveur - sur son petit pays d'un million et demi d'habitants est incontestable.

Albert-Bernard Bongo - son prénom avant sa conversion à l'islam en 1973 à l'instigation du colonel libyen Mouammar Kadhafi - est parvenu au pouvoir pacifiquement, une exception en Afrique.

Issue de l'ethnie Bateke, une tribu minoritaire vivant aux confins du Congo, dans l'Est, Bongo était en effet le vice-président de Léon Mba, premier président de l'ancienne colonie française, décédé en novembre 1967, sept ans après l'indépendance.

{mosgoogle}Bongo, qui a entamé sa carrière politique au ministère des Affaires étrangères en 1960 après des études à Brazzaville du temps de la présence française, a fait partie du cabinet de Mba avant d'être choisi comme son dauphin.

En 1968, Bongo a créé le PDG, qui restera 22 ans le parti unique, avant de céder aux pressions françaises en faveur d'un multipartisme qui reste largement de façade.
(Version française Marc Delteil- lepoint.fr)