La Nouvelle Tribune

Elections en Côte d'Ivoire

Espace membre

L. GbagboLe scepticisme demeure toujours

Le choix du Conseil de sécurité pour lâcher enfin une échéance pour la prochaine élection présidentielle ivoirienne n’est pas fortuit. En chargeant son représentant permanent aux Nations unies, Alcide Djédjé, d’annoncer que le scrutin aura lieu entre le 11 octobre et le 6 décembre 2009, le président Laurent Gbagbo veut frapper l’esprit de la communauté internationale.
Il s’agit, pour les autorités ivoiriennes, de montrer qu’elles ont entendu les appels incessants des pays développés et de l’ONU pour la tenue effective de la présidentielle cette année. C’est donc pratiquement sous la contrainte que cette échéance, qui demeure pour le moment un créneau en raison de son imprécision, a été fixée.

Il reste donc à en donner un calendrier précis, comme l’avait récemment demandé Ban Ki-Moon. Cette tâche sera assurée par le président Gbagbo lui-même, promet-on à Abidjan, incessamment. Mais l’on devra encore attendre car Gbagbo n’a pas donné lui aussi de date précise. Dans son message à la nation tant attendue du 30 avril, il s’est contenté de dire que "les élections auront bien lieu cette année" et qu’il signera, en mai ou juin, un décret fixant la date du scrutin. Comme pour en rajouter au scepticisme, il a conditionné la tenue du scrutin au désarmement des Forces nouvelles. S’il faut saluer ce nouveau développement en ce sens qu’il permet désormais de se fixer un horizon, on reste toujours sceptique quant à la tenue, enfin, de cette élection moult fois reportée. Combien de fois en effet des engagements de ce type ont-ils été pris par le pouvoir ivoirien sans être concrétisés ? La volonté politique qui a toujours fait défaut est-elle enfin de mise ?

Car les tergiversations du régime sont aussi constitutives des facteurs de blocage du processus électoral. Si cet obstacle est levé et que les partisans du président Gbagbo reviennent à de meilleurs sentiments, les derniers éléments techniques de l’organisation du scrutin peuvent être facilement réglés. Alassane Dramane Ouattara, le président du RDR (Rassemblement des républicains), est ainsi convaincu que le plus difficile a été fait avec l’enrôlement de 6 millions d’Ivoiriens sur la liste électorale. Le reste, c’est-à-dire la constitution des registres d’état civil, l’enrôlement des Ivoiriens de l’étranger, la sécurisation du processus électoral, est une question de volonté politique, selon ADO (Voir "Le Pays" n° 4354 du mardi 28 avril 2009).

Une fois cet obstacle passé, il va falloir s’attendre à un autre, celui du désarmement et du redéploiement de l’Administration dans les zones des Forces nouvelles. C’est une autre paire de manches qui engage les signataires de l’Accord politique de Ouagadougou (APO). Si le camp Gbagbo continue d’en faire un préalable à toute tenue d’une élection, il faudra s’attendre à d’âpres tractations dont l’issue est incertaine. Les Forces nouvelles traînent à restituer le contrôle administratif et militaire de leurs "territoires" pour des raisons de désaccords internes certes, mais aussi en raison du peu de confiance que leur inspire le co-signataire de l’APO. Voilà pourquoi tout en réclamant elles aussi la tenue rapide de la présidentielle, elles font de la résistance dans la mise en oeuvre du quatrième accord complémentaire de l’APO.

{mosgoogle}La position des FN peut apparaître contradictoire. Mais la question de la confiance demeure un noeud gordien dans les relations FN-FPI. D’ici octobre, il est indispensable que soit tranchée cette problématique de l’organisation du scrutin : avec ou sans désarmement ? Le régime ivoirien a une technique bien huilée pour botter en touche et faire diversion. Dans ce théâtre d’ombres, les rôles sont ainsi répartis qu’il appartient au FPI d’attaquer les FN et de poser la question du désarmement comme une condition sine qua non à toute élection. Le président Gbagbo, lui, se réserve le rôle d’arbitre quand la passe d’armes atteint son paroxysme. Mais toujours est-il qu’une complicité existe entre le parti et l’exécutif, pour que le processus, in fine, ne leur échappe pas. Les autres acteurs du processus de sortie de crise ont compris ces manoeuvres.

Le dernier coup de colère des Forces nouvelles, consistant à demander la démission de Guillaume Soro du premier ministère, participe de l’exaspération générale en Côte d’Ivoire. Mais les ex-rebelles ne peuvent pour autant s’absoudre. Il est mentionné dans l’APO qu’ils doivent désarmer et donner la clef des localités qu’ils occupent aux préfets. Il leur appartient de respecter cet engagement, pour enlever tout argument aux tenants de la thèse du "Rien sans le désarmement". Octobre, c’est déjà demain. Et le FPI ne manquera pas d’invoquer la réunification entière et pleine du pays comme préalable à l’élection. La responsabilité du respect du nouvel agenda électoral est donc partagée entre les FN et le régime de Laurent Gbagbo. On attend de les voir à l’oeuvre.
(Le Pays)