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Sarkozy veut «sécuriser» l'uranium du Niger
Le président français a achevé hier sa tournée africaine par une étape à Niamey,où il était notamment accompagné par Anne Lauvergeon, PDG d'Areva.

La route de l'uranium est ouverte. Le 5 janvier dernier, Areva obtenait du Niger le droit d'exploiter la mine géante d'Imouraren, non loin d'Arlit. Un accord négocié durant des mois qui a rendu possible la courte étape de quatre heures que Nicolas Sarkozy a effectuée hier dans ce pays sahélien, l'un des plus pauvres de la planète, mais aussi le deuxième producteur d'uranium au monde derrière le Canada.

Dans l'entourage du chef de l'État, on ne cachait pas que cette « visite découle du contrat » signé de haute lutte avec Niamey par le numéro un mondial du nucléaire, au nez et à la barbe de la Chine. À partir de 2012, grâce à un investissement initial de 1,2 milliard d'euros, Imouraren devrait permettre d'extraire 5 000 tonnes d'uranium pendant 35 ans. Une manne indispensable pour les centrales nucléaires françaises dont la moitié des approvisionnements en uranium viendront alors du Niger (contre un tiers aujourd'hui).

On comprend mieux, dès lors, que Nicolas Sarkozy, devenu très conscient des enjeux économiques de l'Afrique, ait tenu à saluer le «partenariat stratégique» avec le Niger en rencontrant hier son président, Mamadou Tandja. Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, également présente à Niamey, s'est félicitée d'une semaine faste pour le numéro mondial du nucléaire : celui-ci a signé jeudi un accord de prospection avec la République démocratique du Congo (RDC) couvrant l'ensemble du pays. L'événement a coïncidé avec le passage de Nicolas Sarkozy à Kinshasa.

 

Menaces d'al-Qaida
Areva, qui est présente depuis quarante ans au Niger, «peut contribuer à régler les grands problèmes du pays, son enclavement et son manque d'électricité (qui provient à 80 % du Nigeria voisin, NDLR)», relève-t-on dans la délégation de Nicolas Sarkozy. Les deux pays travaillent à un «plan d'ensemble», projetant la construction de routes minières et d'un chemin de fer pour évacuer le minerai vers le port de Cotonou, au Bénin.

L'extraction de l'uranium s'effectue toutefois dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. La guérilla touareg, qui a repris les armes en 2007, réclame une répartition plus juste des revenus du secteur minier. Elle opère dans la région de production d'Areva qui a été la cible de plusieurs attaques. Cible judiciaire également, le groupe français est régulièrement poursuivi en justice par des associations touareg et des ONG qui l'accusent d'atteintes à l'environnement et aux conditions de vie des populations locales.

Les Occidentaux redoutent également une jonction entre la rébellion touareg et les islamistes d'al-Qaida au Maghreb, très actifs dans la région. Ces liens ne sont jusqu'à présent pas avérés, hormis via des trafics. C'est ainsi un groupuscule touareg entré en dissidence avec le pouvoir central qui aurait «revendu» aux islamistes algériens l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, le Canadien Robert Fowler, disparu à 50 kilomètres de Niamey en décembre dernier.
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Réfutant le procès en «prédation» du pays, Areva souligne qu'il va dépenser 30 millions d'euros entre 2009 et 2013 au bénéfice des Nigériens dans des secteurs comme la santé, l'éducation et l'accès à l'eau. Afin d'appuyer ces initiatives, Anne Lauvergeon a participé hier avec Nicolas Sarkozy à une réunion de la section nigérienne de l'Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie), un forum visant à rendre plus transparente l'utilisation des revenus liés aux ressources naturelles. «Les pays africains ont des matières, nous allons les payer au juste prix», a déclaré Nicolas Sarkozy, ajoutant que «l'exploitation se retourne toujours contre celui qui a exploité».
(le figaro)