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Le pape, le préservatif et la connerie…
Il présente bien, l’ancien cardinal Joseph Ratzinger : chaste dans sa toge blanche, sage dans sa posture solennelle, ange dans ses sourires aseptisés. Ses bras, qu’il déploie à chaque fois que son phrasé se fait douceâtre, ponctuent ses gestes qu’il rationne courts et nerveux.


Tout le contraire de Carol Woyitila, le bienheureux Jean Paul II, son prédécesseur, plus à l’aise dans son exubérance avec la foule que dans les rhétoriques feutrées qui agacent. Si l’ancien souverain pontife, avait eu, durant son règne, le souci d’être toujours consensuel, Benoit XVI, quant à lui, a emprunté la ligne pure et dure du conservatisme vatican.

Dans l’avion qui l’emmenait vers Yaoundé et devant la forêt de micros qui lui ceinturait le menton, le Cardinal Joseph Ratzinger  a risqué une déclaration pour le moins benoite : « le préservatif ne guérit pas, au contraire, il aggrave le Sida, seules la foi et la spiritualité permettront de maîtriser la sexualité ».
« Irresponsable ! » se sont écriés, de par le monde, les animateurs des associations de lutte contre le VIH. Comment se fait-il, Dieu des mystères, que le pape, inspiré on ne sait par quel saint, ait jeté un si gros pavé dans l’eau bénite ? Pourquoi s’est-il laissé aller à des assertions incontrôlées au moment où, après des quintaux d’efforts et des années de patience, scientifiques et travailleurs sociaux ont réussi à convaincre les populations africaines de l’usage du préservatif dans la lutte contre le Sida ?
Pour qui connaît Benoit XVI, cette attitude est loin d’être surprenante.
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Car, avant d’être l’ « homme infaillible » que le Vatican a installé sur le trône, l’ancien cardinal Joseph Ratzinger  a toujours incarné l’aile dure des conservateurs de l’église catholique romaine. Et pour cette frange, le retour aux enseignements essentiels constitue la pierre angulaire des pratiques sociales, « valeurs essentielles » signifiant, dans le cadre du mariage et de la famille, virginité, abstinence, fidélité et tutti quanti. Un enseignement qui date en réalité des premiers dogmes, mais qui n’a rien de véritablement choquant. D’ailleurs, toutes les religions professent les mêmes enseignements, recommandent les mêmes comportements sociaux. Mêmes sur nos terres béninoises, nos prêtres vodun ne disent pas autre chose.
Mais d’où vient alors le tollé suscité par les déclarations du premier prélat de l’église ? Les Occidentaux sont-ils de mœurs si libérales au point de ne plus considérer, ni accepter les valeurs transversales de l’abstinence et de la fidélité ?

En fait, il semble que les intégristes du Saint siège ont raté deux épisodes : d’abord, ils ont, dans leurs analyses, complètement élagué le contexte africain. Ensuite, ils font montre d’une incapacité notoire à renouveler la doctrine sociale de l’église, à intégrer dans leurs approches, une vision plus adaptée aux problèmes de l’heure.

Concernant le contexte africain : Benoit XVI sait-il que les voies de transmission du virus du Sida restent essentiellement tributaires du sexe ? Sait-il que la polygamie officielle ou la polygamie de fait rythme la vie de millions d’hommes et de femmes en Afrique ? Que proposent-ils, les seigneurs du Vatican, pour les couples vivant avec le VIH ? Que font-ils des jeunes gens victimes du SIDA qui ont une vie sexuelle ou qui la revendiquent comme une part entière de leur identité ? Si la morale chrétienne telle que énoncée devrait commander aux faits et aux gestes des hommes, ceux qui la professent, c’est-à-dire les prêtres, les évêques et autres en Afrique sont-ils, eux-mêmes, d’une exemplarité…papale ?

Car, on sait que les serviteurs de l’église, sur le continent noir, pratiquent à l’élasticité  la morale et la spiritualité dont ils sont pourtant les garants : les activités sexuelles en dehors du mariage. C’est un lieu commun que de dire que nos honorables prélats mordent goulument dans le fruit. Ils mordent avec tant de passion que des anges en naissent. Bien sûr, personne n’en est choqué, bien au contraire. Ces enfants hors mariage, hors morale chrétienne, sont considérés comme normaux, même si leurs pères font l’objet d’histoires au ras du bitume.

Benoît XVI ne connait peut être pas les subtilités de ces réalités africaines.  Hors temps, hors monde, accroché à sa tour vaticane comme le dernier rempart contre la « morale liberticide » de ces contemporains africains contre le VIH, il est entré dans l’Histoire à reculons. De fait, il crée le sentiment que l’église a gâché l’occasion d’être plus réaliste, et donc forcément, d’être encore crédible.
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Florent Couao-Zotti