La Nouvelle Tribune

Empoignade pour l'héritage Houphouët-Boigny

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F. Houphouet BoignyHélène, fille naturelle de l'ancien président ivoirien, réclame un sixième de la fortune de son père.
«C'était en 1962, j'avais 7 ans. Mon père, qui venait d'être nommé président de la République de Côte d'Ivoire, voulait que je sois à ses côtés pour sa première visite officielle à Paris. » Dans le salon de son appartement parisien, Hélène Houphouët-Boigny commente avec nostalgie des photos de famille qu'elle sort d'une grande boîte en carton. « A la fin des années 80, mon père a voulu m'offrir un appartement à Paris, il m'a dit "tu choisis entre la vue et la superficie".

 
J'ai choisi la vue  , insiste cette femme élancée à l'allure distinguée en désignant la fenêtre qui ouvre sur le Champ-de-Mars. Il voulait à tout prix m'en faire la donation de son vivant. Avait-il un mauvais pressentiment ? »

Quinze ans après le décès de son père, celle qu'on présentait comme la préférée des sept enfants d'Houphouët-Boigny se bat pour toucher sa part d'héritage, soit un sixième d'une colossale fortune. Son avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre, vient de mandater des huissiers pour récupérer en Côte d'Ivoire et en France l'inventaire des biens et les actes notariés rédigés dans le cadre de la succession. L'étape suivante, ce sera une plainte pour « faux et usage de faux ». Hélène Houphouët-Boigny est la fille naturelle d'une princesse Baoulé et de l'ancien président qui, avant l'indépendance, fut sept fois ministre. A l'époque, Houphouët-Boigny est marié avec Marie-Thérèse N'Goran Brou. Hélène a 3 ans quand elle perd sa mère, et part aussitôt vivre chez son père malgré les réticences de sa belle-mère. Cette dernière a posé une condition à la présence de cette enfant illégitime sous son toit : faire croire qu'il s'agit d'une fille adoptée. Mais, deux ans plus tard, le 26 août 1960, à l'insu de son épouse, Houphouët-Boigny reconnaît officiellement Hélène. Une décision que ses quatre demi-frères et demi-soeurs, nés d'un premier mariage coutumier non légalisé, n'accepteront jamais.

En 1995, moins de deux ans après la mort du « Vieux », comme on l'appelait en Afrique, ils intentent une action en justice pour se faire reconnaître seuls héritiers. Au détriment d'Hélène, d'un garçon adopté en Angola et d'une autre soeur naturelle. Le 27 juillet 2000, le tribunal de Bouaké écarte cette dernière de la succession mais confirme Hélène et son frère adoptif comme cohéritiers Un notaire d'Abidjan doit régler dans les six mois la succession. « Depuis, aucune nouvelle, j'ai touché 133 146 euros qui m'ont été présentés comme ma quote-part sur les avoirs bancaires de mon père. »

« Pur fantasme, rétorque Me Cheickna Sylla, le notaire qui s'est occupé du dossier jusqu'en 2000. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le défunt avait réglé sa succession bien avant son décès. Le peu d'actifs connus ont été traités conformément à la loi. » Impossible de chiffrer la fortune d'Houphouët . C'est par le fisc français, qui lorgnait sur les droits de succession, qu'Hélène découvre en octobre 2000 l'étendue du patrimoine paternel dans l'Hexagone.
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Bizarrement, parmi les biens listés par le Trésor public (leur valeur avoisinerait 20 millions d'euros), deux pavillons et six appartements ont été vendus dans les quatre mois précédant la mort d'Houphouët-Boigny. « Pour le compte de qui ? s'interroge sa fille. A la fin de sa vie, mon père, après avoir été opéré à Cochin, à Paris, a été transféré dans des conditions obscures vers une clinique suisse. Soi-disant il n'a jamais fait de testament. Ce qui ne colle pas avec sa personnalité. »

Toujours est-il qu'en l'absence de testament il a été décidé que Félix Houphouët-Boigny avait effectué un legs verbal en faveur de l'Etat ivoirien, qui, dès lors, pouvait s'accaparer 25 % de l'héritage. « La Côte d'Ivoire en a profité pour mettre la main sur un magnifique hôtel particulier au coeur de Paris » , s'énerve Hélène Houphouët-Boigny. 3 000 mètres carrés au milieu d'un parc arboré de 8 500 mètres carrés, rue Masseran, dans le 7e arrondissement, acheté au baron Rothschild. En juin 2008, l'Etat ivoirien en a vendu le mobilier aux enchères à Fontainebleau pour 7,5 millions d'euros. En tout, une centaine d'objets d'art parmi lesquels un Renoir cédé pour 1,5 million d'euros, six fauteuils et un canapé Louis XVI pour 450 000 euros, une tenture ayant appartenu à Marie-Antoinette et des béliers en or massif aux yeux d'émeraude. Contacté par Le Point, l'ambassadeur de Côte d'Ivoire à Paris affirme que Félix Houphouët-Boigny a fait don à son pays de l'hôtel Masseran avant de mourir. Avec cette précision : « L'argent de la vente va servir à rénover cette propriété qui sera la résidence du président Gbagbo à Paris. » Ironie du sort, l'ex-mari d'Hélène Houphouët-Boigny, avec qui elle a eu trois enfants avant de divorcer en 1992, est une figure politique de l'Etat ivoirien.
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Diplômée de sciences politiques aux Etats-Unis, Hélène Houphouët-Boigny a dû se contenter jusqu'en 2006 d'un permis de séjour à renouveler tous les trois mois, sans autorisation de travailler. « Je suis cassée par cette histoire », souffle l'héritière, qui vit désormais recluse dans son appartement, rideaux tirés
(Jean-Michel Decugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens- Le point)