La Nouvelle Tribune

Pourquoi y a-t-il "trop de nègres en France" ?

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Cette inscription, je l’ai trouvée derrière la porte des toilettes du restaurant universitaire de la rue Gauthier-de-Châtillon, à Lille, où je vais déjeuner tous les midis. « Il y a trop de nègres en France… Au bateau… » J’aurais bien voulu répondre à l’auteur de ces écritures, mais la difficulté c’est qu’il n’a pas signé, ni laissé d’adresse à laquelle on pourrait le joindre.J’entreprends donc de lui répondre ici, et par la même occasion à tous ceux qui se posent des questions sur la présence de gens comme moi en France.


Cette inscription, je l’ai trouvée derrière la porte des toilettes du restaurant universitaire de la rue Gauthier-de-Châtillon, à Lille, où je vais déjeuner tous les midis. « Il y a trop de nègres en France… Au bateau… » J’aurais bien voulu répondre à l’auteur de ces écritures, mais la difficulté c’est qu’il n’a pas signé, ni laissé d’adresse à laquelle on pourrait le joindre.

J’entreprends donc de lui répondre ici, et par la même occasion à tous ceux qui se posent des questions sur la présence de gens comme moi en France.

Je vais commencer par raconter une histoire. Elle est longue et complexe mais je vais essayer de l’écourter.
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Il y a plusieurs années, alors que mes aïeuls étaient tranquilles dans leurs huttes en Afrique, ils ont vu venir des visiteurs un peu bizarres. A l’époque, ils ignoraient tout de l’existence d’autres continents et d’autres peuples.

Pris de peur, croyant au départ qu’il s’agissait de leurs parents morts qui revenaient à la vie (vu la dépigmentation de leur peau, résultat d’un séjour prolongé sous terre), ils n’ont pas résisté et ont été obligés d’accueillir ces hôtes sans leur demander de visa. Et puis, comment résister en voyant bien que les visiteurs avaient des armes beaucoup plus puissantes? Ces convives, on les appellera plus tard « colons ».

Malgré quelques problèmes, la cohabitation s’est plutôt bien passée. Nos amis les colons ont dit à mes ancêtres qu’ils étaient ignorants et qu’ils devaient abandonner leurs habitudes pour apprendre de nouvelles choses. Il n’était plus question de se promener nu, mais il fallait s’habiller en chemise, pantalon et autres. Il fallait aussi apprendre à lire et écrire, manger avec des couverts sur une table…

Mes aïeuls ont dû abandonner leurs huttes pour construire des villas en matériaux durables. Ils ont aussi adopté le Dieu des colons, abandonnant les prières adressées aux ancêtres.

A cette époque, l’Africain qui s’habillait, qui marchait et qui mangeait comme le colon était appelé « civilisé ». Celui qui résistait était appelé « sauvage » ou « indigène ».

Beaucoup plus tard, lors de l’Exposition universelle parisienne en 1889, les 400 indigènes du village nègre étaient l’attraction principale et furent visités par 28 millions de personnes. Futés, profitant de ces voyages, mes indigènes d’aïeuls ont retenu le chemin qui conduit au continent européen.

Depuis, le secret fut transmis de père en fils, dans un strict respect de la tradition orale. Bon nombre d’africains veulent eux aussi visiter le continent européen, y vivre et parfaire l’apprentissage débuté par leurs ancêtres.

Cette cohabitation a fait du colon et de l’indigène des amis aux destins indissociables. Même si le colon a changé les règles et introduit les visas et l’immigration choisie, l’indigène ne se décourage pas.

Ils sont nombreux, des frères et sœurs indigènes à traverser la mer en pirogue pour arriver en Europe, exactement comme le colon lorsqu’il est arrivé chez nous.
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En conclusion, pour répondre à la question de savoir pourquoi il y a trop de nègres en France, la réponse est: on vous aime les français et on aime votre pays. Malgré le durcissement des conditions et la fermeture des frontières, notre amour pour vous est tellement fort que nous trouvons toujours le moyen de contourner les obstacles et venir vous visiter.
Photo: au restaurant universitaire Gauthier-de-Châtillon, à Lille
(Cedric Kalonji).

en partenariat avec RUE89