La Nouvelle Tribune

5 adolescents de 15 à 17 ans tiennent depuis quelques jours la France en haleine

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Qu’ont-ils fait ? Eh bien ! Ils ont profané des tombes ! Tchégué ! Hélou ! Hélou ! s’exclamerait ma sainte mère si elle était encore de ce monde. Sacrilège des sacrilèges !  Ces enfants ont profané un cimetière, et pas n’importe lequel !

Un cimetière juif. Quoi! Un cimetière juif ! Bon sang de bon sang ! répondrait en écho mon feu père qui a participé en ce temps-là à la guerre d’Algérie et qui connaît ce que veut dire être juif en Occident. Tout ce qui est juif est traité avec beaucoup de précautions. Raison pour laquelle les enfants, tout enfants qu’ils sont n’avaient pas le droit d’aller exprimer leur trop plein d’énergie dans un cimetière, juif par surcroît.

Tout le monde est coupable !

De quoi s’agit-il ? Sous la direction d’un meneur, les cinq adolescents se sont rendus dans un cimetière qui, à travers ce que j’ai vu sur les télévisions occidentales, avait l’air  vraiment l’air abandonné. Du moins, d’après ce qu’on en a montré. Lorsque je visite les cimetières en Occident, j’ai toujours envie d’étaler une natte sur une tombe pour m’y reposer, tellement c’est propre et beau, c’est bien entretenu, très bien entretenu. Ce sont des endroits de pèlerinage, m’a-t-on confié. En tout cas, les morts sont l’objet d’attention dans ces pays. Les mairies y veillent. Ce n’est pas ce que nous subissons ici chez nous, où la brousse envahit tout, et nous empêche de rendre visite à nos morts, tant que l’heure de la Toussaint n’a pas sonné. Si les vivants sont logés à mauvaise enseigne, est –ce des morts qu’on s’occuperait ? Mais quoi qu’on dise, un cimetière, partout dans le monde est un lieu respecté, car c’est l’endroit où reposent les restes des parents morts. Ce sont des lieux vénérés par tout le monde, sous tous les cieux. Comment ces enfants n’ont-ils pas reçu ce respect des morts ?

Tout le monde est coupable ! Eh oui ! Toute la société française qui, durant toutes ces années n’a fait qu’exacerber les différences entre les diverses couches de la société, confiner les Arabes et les Noirs dans des bas quartiers – le 1er ministre n’a pas hésité à parler d’apartheid -  ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Certes les enfants se sont mal conduits, mais au lieu de regarder l’endroit où ils sont tombés, allez-y voir l’endroit  où ils se sont cognés le pied. Les adultes qui vivent dans leur environnement n’ont de cesse de maudire les Blancs, les Juifs, les Beurs, les Nègres et de leur souhaiter le pire, car c’est telle communauté qui empêche telle autre de mieux vivre. Telle religion est mauvaise parce qu’elle conduit au fanatisme et induit la violence, le meurtre. Telle race est fainéante et ne sait que voler pour vivre. Il faut les fuir car,… Et patati, et patata.  Comment dans cette haine ambiante vous ne voulez pas que vos enfants deviennent les bras armés de vos propos racistes, antisémites et  anti musulmans. Les comportements répréhensibles de ces pauvres enfants ne sont que les conséquences d’une éducation familiale sans repères, d’une instruction scolaire civique où leurs origines ne sont guère prises en compte ; bref ils sont citoyens d’un pays dont ils ne sont guère les enfants.

Au-delà d’une éducation familiale permissive où l’enfant est roi et se permet d’insulter son père et sa mère sans bégayer – chez moi tu seras maudit par les ancêtres, même si tes géniteurs ne réagissent pas – l’Etat a le devoir d’apprendre à tous ses fils le respect et l’amour de la patrie et leur inculquer des valeurs citoyennes. Par exemple, apprendre à respecter la vie et la différence. Qu’on ne tue pas quelqu’un, parce qu’on n’est pas d’accord avec lui. Apprendre aux jeunes enfants que certes, le pays garantit leur liberté d’expression, mais ils ont aussi le devoir de respecter ce qui participe aux différences culturelles des autres compatriotes et qui relève de leur personnalité : coutumes, fêtes, religions. A condition que la laïcité ne soit pas remise en cause. On ne peut rire de tout sans blesser l’autre. L’école devrait amener les enfants à prendre en compte toute cette diversité du peuple français. Ne pas considérer les autres comme des citoyens de seconde zone qui doivent assimiler notre belle histoire, notre beau pays sur tous les plans, car c’est notre pays et eux sont venus nous envahir. Respecter le drapeau, et tous les lieux qui renferment l’histoire de la grande France, tel ce cimetière juif d’Alsace. Qui a parlé à ces enfants de ce cimetière depuis qu’ils sont nés ? Quel instituteur, quel éducateur de quartier les a amenés en sortie pédagogique sur ces lieux chargés d’histoire de leur commune? Alors, un jour de repos, ils n’ont rien trouvé de mieux que d’aller se défouler sur les tombes séculaires de ce lieu. Ils étaient en villégiature où ils se croyaient tout permis. Sans mesurer les  conséquences de leurs gestes ...

Pitié ! Pitié pour ces enfants !

Ne fabriquez pas de nouveaux Kouachi – Coulibaly ! Tendez-leur la main ! Punissez  les enfants, en leur faisant participer à des travaux d’intérêt national, comme remettre en place les pierres tombales sous la direction des ouvriers ; et encadrés par des éducateurs. Mais de grâce, ne les condamnez pas à aller en prison, je vous en supplie. Ce ne sont que des enfants !  Ils ont peut-être tenu dans une vie antérieure des propos racistes, antisémites. Ils ont dessiné des croix gammées, que sais-je encore ! Ils ont fait des bêtises que font tous les jeunes chez vous. Mais, c’est la mode là-bas, en Occident. On raconte que chaque enfant doit goûter à la drogue pour savoir ce que c’est. Vrai ou faux, j’en sais rien. Ce que je sais en tant qu’enseignante, et en tant que mère, c’est que les jeunes en général aiment suivre la mode, et lorsqu’ils sont en groupe, imiter les têtes fortes.

Je me souviens qu’à douze ans, mon benjamin avait failli perdre la vue, parce que les enfants du voisinage l’avaient amené à dérober une boîte d’allumettes dans notre cuisine pour jouer au pétard. Imaginez l’état d’une mère qu’on vient  informer que son fils s’est bousillé les yeux en jouant à « gba, gba » avec les amis du quartier. Quand je pense aux parents de ces enfants, je me revois m’éjectant de ma salle de séjour, terrasse et portail compris en une seconde, pour voler et atterrir au pied de mon rejeton dont le visage était criblé de grains de souffre. Je me suis réveillée de ce cauchemar, lorsque j’ai constaté qu’à travers les multiples grains de souffre, ses yeux étaient intacts. Combien ont eu cette chance ? Je ne remercierai jamais assez le Seigneur pour avoir épargné mon garçon. Les enfants ne réfléchissent pas quand ils sont en bande. Il y a un meneur qui veut toujours en faire plus pour affermir son autorité et son ascendance sur la troupe. Et les autres suivent, comme des moutons de panurge.

Pitié pour les mères et les pères !

Ayez pitié pour leurs mères, leurs pères qui ne comprennent pas pourquoi ils ont fait ça. Ne fabriquez pas de nouveaux monstres, malgré toutes les charges du procureur qui est dans son rôle : à savoir retenir le maximun pour mériter ses galons. Tendez-leur la main, le les laissez pas s’enfermer dans un gouffre. Afin qu’ils ne se retrouvent pas du mauvais côté de la société. Parce que l’Etat de leur pays les y aura poussés. Ils ont fauté, mais ce ne sont que des enfants. Pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils ont fait. Ne fabriquez pas de nouveaux Kouachi – Coulibaly. La France a déjà trop souffert ; et nous avec elle. Tant de larmes versées pour les morts de Charly Hebdo … Arrêtez de stigmatiser de pauvres petits qui se sont certes mal conduits, mais ne les poussez pas à l’extrémisme. Car tout ce qui relève de l’extraordinaire donne des idées à d’autres jeunes marginalisés. Le cas du Danemark est là, avec ce jeune homme de 22 ans qui a organisé une action d’éclat et a mis tout un pays en émoi. Il voulait mourir en martyr. Il a réussi son coup. Et pour quelle cause ? me suis-je demandé une fois encore. On recherche toujours une explication rationnelle à tout. Mais certains événements resteront toujours mystérieux à nos yeux. Qu’arrive-t-il à nos enfants ? Pourquoi sont-ils si mal dans leur peau ? Je revois le petit Français noir qui demandait à la mère du soldat arabe tué par Mérah : « Que deviendrai-je dans ce pays avec le nom Coulibaly ? ». Qu’as-tu fait de nos chers petits immigrés, douce France? Saint Exupéry a écrit : «  La terre ne nous appartient pas. Nous l’empruntons à nos enfants ». Laissons-les alors vivre demain dans un monde où l’inégalité, l’injustice, la guerre des religions et ses extrémismes n’auront plus de droit de cité. Car la religion ne doit pas diviser nos peuples. Mais plutôt rapprocher nos cœurs vers Dieu. Puisque nous sommes tous enfants de Dieu.

Adélaïde FASSINOU ALLAGBADA, écrivain