La Nouvelle Tribune

Présidence de l’Ua : Mugabe, le choix qui passe ou qui casse

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Choisi pour conduire la destinée de l’Union africaine pendant un an, Robert Mugabe le nonagénaire président zimbabwéen, occupe les débats sur le continent noir. Deux thèses reviennent. Mugabe, un choix qui passe ou Mugabe, un choix qui casse. 

Pour ceux qui estiment que Les présidents africains ont bien fait de désigner monsieur Robert Mugabe pour diriger leur organisation commune, son choix est une cinglante réponse à l’impérialisme occidental. L’Afrique n’a plus à synchroniser ses choix, ses désirs, ses politiques avec la volonté des occidentaux, soutiennent, les panafricanistes radicaux.

Par ce choix, et pour une fois, les présidents africains unis, s’imposent à leurs homologues occidentaux qui les regardent à travers les prismes d’éternels colonisateurs. Mugabe faut-il le rappeler, est depuis 2002, interdit de voyage sur le vieux continent. Persona non grata de l’Europe et des Etats-Unis. Depuis lors l’imperturbable chef d’Etat zimbabwéen, ne fait aucun cadeau à tout chef d’Etat occidental qui s’avise de le contrarier, en critiquant sa gestion du Zimbabwe.

La réponse qu’il a servie à Obama pour marquer son antipathie à la pratique de l’homosexualité n’est plus à rappeler. Toni Blair l’ancien premier ministre britannique se souvient toujours des clachs de Mugabe opposé à ses tentatives d’ingérence dans les affaires zimbabwéennes. Bon gré mal gré donc, pendant un an les occidentaux devront se résigner à accueillir l’«indésirable » président Mugabe sur leur sol, échanger avec lui, lever des verres avec lui au nom des prochains probables accords Afrique-Occident.

Président de la ruine ?

A l’opposé de ceux qui jugent salutaire la désignation de Mugabe à la tête de l’Ua, les progressistes africains. En matière de démocratie Mugabe est sommes toutes le démon que toutes les oppositions politiques africaines ne voudraient pas avoir à affronter. Il dirige son pays depuis 1980 soit 35 ans déjà. Beaucoup de Zimbabwéens et leurs fils n’ont connu que lui comme président de la République. De son vivant, aurait-il dit, « personne ne va gouverner le Zimbabwe ». Lui à qui la constitution de son pays donne théoriquement le visa de se maintenir au pouvoir jusqu’à 99 ans avait aussi laconiquement déclaré, « Je ne sais pas comment j’ai vécu aussi longtemps. C’est la volonté de Dieu ». Chose inadmissible pour des démocrates progressistes. C’est donc l’exemple du règne à vie que promeuvent les chefs d’Etats africains dont certains font face actuellement à de grands soulèvements populaires pour les contraindre à renoncer à la révision opportunistes des constitutions de leurs pays. Il faut ajouter à cela le reproche sur sa politique ruineuse à la tête du pays. Sa présidence craint-on, pourrait être l’ère de l’alignement de l’Afrique à la Chine, étant donné que Mugabe, après s’être mis à dos les occidentaux par ses hargneuses réformes agraires, s’est allié à Pékin, son principal partenaire.