La Nouvelle Tribune

Charlie Hebdo : la face cachée de Niamey

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Finies les compassions pour l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo. Sa toute première publication poste-attentat du 07 janvier a tôt fait de braquer à nouveau la communauté musulmane contre l’hebdomadaire décimé par de fanatiques islamistes téléguidés par Al-Qaïda. 

A Niamey, les manifestations contre le journal satirique français ont été marquées par une violence inouïe qui révèle une face jamais connue de la capitale nigérienne.  Dans cette ville nigérienne caractérisée par une hospitalité et une tolérance légendaires, cinq personnes ont perdu la vie dans les violentes manifestations. Partis furieux de la grande mosquée du centre-ville de la capitale nigérienne, armés de gourdins, de projectiles,  de cocktails Molotov, les manifestants anti-charlie hebdo qui ont  passé leur colère sur tout ce qui se trouvait sur leur chemin et portant quelque insigne de la France, n’ont pas épargné les lieux de cultes chrétiens. Dans leur monstrueux déchaînement, les musulmans nigériens ont brûlé une vingtaine d’églises chrétiennes. En dehors des lieux de cultes chrétiens, les bistrots, les hôtels, restaurants… ont également essuyé la colère des protestataires décidés à envoyer  un message fort à Charlie- Hebdo. Mais plus qu’un message à Charlie Hebdo, c’est l’image d’une capitale nigérienne couvant le fanatisme religieux que ces manifestants anti-charlie ont envoyé au monde entier.

Aussi justifiée que paraisse la colère des islamistes nigériens, leur déchaînement contre les églises chrétiennes à Niamey témoigne cruellement d’une absence d’usage de la raison. Et le président nigérien Mahamadou Issoufou qui a pris part à la grande mobilisation anti-terrorisme de Paris,  semble bien le reconnaître. « Ces églises qui sont brûlées, pouvons-nous, accepter qu’elles le soient au nom de notre religion ? De quels torts sont coupables les églises et les chrétiens du Niger ? » a demandé samedi soir, dans son message à la nation, le chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou, déçu par ses compatriotes et coreligionnaires musulmans avec l’ampleur des dégâts à Zinder et à Niamey. Une réaction violente particulièrement paradoxale et stupide quand on sait que Charlie Hebdo n’épargne aucune obédience religieuse dans sa satire. Bien que les Imams, les prédicateurs s’échinent à défendre l’idée selon laquelle l’Islam est contre tout acte de violence, les fidèles musulmans s’illustrent davantage par des protestations violentes qui se soldent souvent par mort d’homme. Que ce soit l’attentat du 07 janvier contre Charlie-Hebdo ou les manifestations contre la dernière Une de l’hebdomadaire qui a encore commis le péché de caricaturer le prophète Mahomet, c’est la même remarque qui est tristement faite. «L’usage de la violence pour défendre sa religion, ses convictions religieuses».

Victimes de Charlie

Ces églises, ces lieux de cultes chrétiens, les restaurants, les hôtels et bien évidemment les cinq personnes décédées dans les violentes manifestations ne sont pas uniquement victimes du fanatisme religieux qui couvait à Niamey. Ils sont aussi des victimes de Charlie Hebdo. L’hebdomadaire satirique français qui n’est pas sans savoir l’ampleur des réactions violentes que chacune de ses publications de caricatures du prophète Mahomet provoque partout dans le monde, est aussi comptable des pertes en vies humaines d’innocents, et des dégâts enregistrés à Niamey comme dans d’autres pays musulmans. Bien qu’étant chose non négociable, la liberté d’expression doit pouvoir rimer avec le respect des croyances des autres, d’autant qu’il ne saurait y avoir de liberté absolue nulle part au monde.