La Nouvelle Tribune

Refus de la fatalite : comment le peuple Burkinabè a montré la voie

Espace membre

Ce qui s’est produit au pays des hommes integres ces trois dernieres semaines est riche de lecons. Meme si aucun autre pay Africain ne ressemblera au Burkina Faso, tant ce peuple a sa maniere de faire les choses, l’exemple Burkinabe ne manquera pas d’avoir des repercussions sur la gouvernance de nombreux pays Africains de l’Ouest, du moins dans les rapports des dirigeants au pouvoir politique et dans la conception qu'ils se font de leur peuple.

Un pays ou les valeurs traditionelles sont encore vivaces

Il n’est pas exact de penser que là ou les Burkinabè ont réussi a mettre un Président, son parti et ses complices en déroute, aucun autre peuple ne le réussirait jamais. Le Bénin, notre pays l’a fait par le passé, même si ce n’était pas dans les mêmes régistres. Souvenons-nous des manifestations de rue qui entre 1988 et 1989 ont poussé le Général Mathieu Kérékou et le PRPB, a convoquer la Conférence des forces vives de la nation. En outre, ils ne sont pas nombreux les pays Africains avant nous, qui ont réussi cette transition pacifique sans heurts et donc sans bain de sang, dont les contours ont été discutes dans les quatre murs d’un hôtel, même si on se désole aujourd’hui de constater que ce haut lieu qui devrait servir de "temple de la démocratie" est aujourd’hui laissé à la conquête de la ruine. Mais ceci relêve de la gabegie de ceux qui après les vaillants conférenciers de Février 1990, ont pris le pouvoir, notamment à partir de Mars 2006 pour conduire le Bénin dans la disillusion et la contre performance.

Au Burkina-Faso, les valeurs traditionnelles ont la peau dure et constituent le ciment de l’unité du pays. Il suffit de faire un tour dans ce pays ou règne la discipline dans les rues et les feux tricolors pour se rendre compte de ce que les Burkinabè n’ont pas laissé beaucoup de plumes dans leur rencontre avec l’occident. Très peu adeptes du mimétisme, ils travaillent à maintenir intactes leurs valeurs traditionnelles dont le Moro Naba est le symbole le plus vivant. Et comntrairement à notre pays ou les Rois et autres dignitaries ont vendu leur “pouvoir”au Chef de la réfondation et à ses complices, là-bas, c'est le Chef de l’Etat qui se rend chez le Moro Naba. Le Lieutenant Colonel Zida l’a récemment démontre en se rendant chez le garant de la tradition Burkinabè. Combien de fois n’a-t-on pas croisé tel ou tel roi d’Abomey ou d'autres localités de notre pays au sortir du palais de la Marina? Et que dire du voyage par avion organisé à Tchaourou il y a quelques années à l’intention de Rois d’Abomey par le Chef des Refondateurs pour soit disant régler des conflits qui les opposaient?  Tous ces faits de corruption qui sapent les valeurs traditionnelles de notre pays ne sont ni en faveur de ceux qui s’y adonnent, ni de ceux qui en bénéficient temporarirement, ni encore moins de l’affermissement des valeurs morales dans notre pays.

Quelles leçons pour le Bénin?

Il ressort de l’expérience du Burkina-Faso que le peuple Béninois doit prendre conscience de son avenir et y travailler inlassablement. Les nombreuses et répétitives rencontres entre le Chef de l’Etat et la jeunesse qui se tiennent au Palais de la Marina constituent autant d’entraves a la liberté d’épanouissement de notre jeunesse. L’idée derrière ces rencontres et le discours incongru, pauvre et parfois vide de contenu que tient le Maître des lieux devant ces jeunes sont autant de mal que ce Monsieur fait à notre pays. Il se développe ainsi un deal de corruption déguisé où le Chef de l’Etat fait appel à des jeunes qu’il utilise comme souffre-douleurs, lorsqu’il est confronté à l’opposition d’une partie de la classe politique ou des acteurs sociaux qui exigent un débat contradictoire sur les grands problèmes de notre pays. La jeunesse de notre pays doit au plutôt se ressaisir et prendre son destin en main. Il est heureux de constater qu’il ya déjà une amorce de cette prise de conscience lorsqu’on écoute certains jeunes jadis embrigadés dans le cocon propagandiste des chapelles politiques qui s’expriment aujourd’hui comme jamais on aurait imaginé. Le meilleur reste à venir pour eux! 

Quel message pour les prétendants a la Magistrature suprême de notre pays?

Il ne servirait à rien de s’engager dans une polémique avec un régime finissant et qui a de surcroit complètement echoué au plan de sa vision, de sa conception du développement du pays et de sa gouvernance tout court. Mais cette realpolitik ne devrait pas empêcher nos éminents prétendants au fauteuil présidential de faire un diagnostic sans complaisance des maux qui minent notre pays et qui creusent le fossé entre le peuple et sa classe politique. L’attitude de certains qui rasent les murs des lieux de culte ou qui parcourent les cérémonies d’inhumation s’apparente à de la vacuité, au plan de la stratégie de conquête du pouvoir d’Etat. Au Burkina-Faso, l’opposition et tous ceux qui sont préoccupés par l’alternance au sommet de l’Etat se sont investis dans la dénonciation des manoeuvres du pouvoir pour s’éterniser au pouvoir. Cette attitude a cristallisé les forces et contribué au résultat que nous connaissons et qui est aujourd’hui salué par la communaute Africaine et internationale  ainsi que les peuples épris de paix et de justice. Au Bénin, même si le contexte n’est pas celui du Burkina, il y a cependant des similitudes qu’on peut facilement appréhender, notamment en ce qui concerne les intentions mal dissimulées de se maintenir au pouvoir. Et il faut saluer un certain nombre de jeunes leaders qui font leur entrée en politique et qui font preuve de courage et d’abnégation face aux vélléités néfastes du pouvoir en place. Qu’il s’agisse de Maître Joseph Djogbénou qui a courageursement opera le glissement de la société civile à la politique ou encore de l’Honorable Eric Houndété qui ne rate aucune occasion pour interpeller le Gouvernement en utilisant ses prérogatives de Deputé de la nation, leur attitude est à saluer et à recommender à la jeunesse de notre pays. Il faut définitivement laisser derrière nous, les cadres peureux, jouisseurs des délices du pouvoir qui, après avoir été complices des dérives d’un pouvoir autoritaire qui a tout saccage sur son passage pourraient nourir l’espoir de gouverner les Béninois. C’est certainement leur droit constitutionnel, mais ils ne constituent nullement des exemples à suivre, encore moins ne méritent de gouverner ce peuple dont ils ont contribué à amplifier la souffrance, dans une complicité qui saute à l’oeil