La Nouvelle Tribune

Burkina : pourquoi Compaoré s’entête

Espace membre

C’est bien ce jeudi que l’Assemblée nationale burkinabè examine le projet de loi portant révision de la constitution pour permettre à Blaise Compaoré de finir ses jours au pouvoir. L’issue sera sans doute favorable. 

Mais ce qui se passe au Burkina Faso ne devrait pas étonner. Si le président burkinabè fonce contre vents et marrées dans une direction dommageable à la paix et la stabilité dans son pays, il y a bien des raisons qui l’y contraignent.  Ces raisons ont noms, Thomas Sankara et Norbert Zongo. Ces deux hommes qui incarnent le qualificatif  « intègre » par lequel on désigne les Burkinabés, ont connu des fins tragiques qui accusent le président Compaoré. Avec ses sangs qui réclament justice, le chef d’Etat du Burkina Faso  en fin de mandat constitutionnel se retrouve dos au mur. Sans doute par peur de se voir interpeller pour la lumière sur ces crimes odieux jusque-là non élucidés et impunis. Il lui faut choisir entre rester au pouvoir à vie et quitter pour aller répondre courageusement devant les juridictions compétentes. Et comme il ne voudrait pas d’histoires qui viendraient troubler sa retraite, le Président Compaoré a choisi l’option qui asphyxie la démocratie.

Erreur

En soi, l’option de mise en berne de la démocratie qu’a faite Blaise Compaoré, pour échapper aux demandes d’explications faites,  est une erreur grave qui peut lui coûter plus. En plus des dossiers Thomas Sankara et Norbert Zongo, le président sera aussi poursuivi pour parjure. En  décidant de tordre le cou à la constitution pour ses propres fins, Blaise Compaoré viole ainsi le serment de l’obéissance  à cette  bible nationale. Et au pire des cas, il serait tenu responsable d’actes de crimes contre l’humanité qui pourraient subvenir avec la répression de mouvements d’opposition à son projet monarchique.

Retour sur les faits

Les faits qui obligent Blaise Compaoré à entreprendre son projet, à tout le moins, satanique, remontent aux 15 octobre 1987  aux environs de 16H, heure locale, pour l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et au 13 décembre 1998 pour le grand journaliste d’investigation Norbert Zongo. Le Capitaine, alors Président du pays des hommes intègres, était le frère d’arme et l’ami de Blaise Compaoré qui va prendre la tête du pays après son assassinat lors d’un putsch. Malgré les inlassables efforts du président Compaoré pour faire croire qu’il n’en est pour rien, beaucoup continuent de voir sa main tachetée du sang du pugnace panafricaniste Thomas Sankara. Pire, Prince Yormie Johnson, l’ancien mercenaire, seigneur de guerre libérien qui a pris part au putsch, a révélé à la face du monde, que Blaise Compaoré était derrière la mort  de Sankara. Le second, Norbert Zongo, a été crapuleusement assassiné pendant qu’il menait des investigations tendant à  prouver que le frère du Président Compaoré serait responsable de la mort de son chauffeur.